LE PROGRAMME DE SI U VE
superstition, étayée sur des cérémonies nombreuses, au culte pur et simple de la théophilanlhropie. Encore une fois, il ne faut pas donner au peuple une religion nouvelle, il faut lui apprendre à faire usage de sa raison, et c'est dans les sociétés théophilanthropiques, qui sont les croies primaires des hommes faits, qu’il faut s’occuper des développements des facultés morales1 2. » Apprendre au peuple à faire usage de sa raison, tout est là! Quand ce résultat sera atteint, la théophilanthropie n’aura plus qu’à disparaître. Siauve le fait suffisamment entendre. Il veut que les théophilanthropes consignent dans un livre élémentaire les principaux raisonnements contre la révélation cl les mystères, et que « celte espèce de catéchisme de la raison soit appris par cœur ». — « Quand les vieillards, qui président à la réunion, se seraient assurés que les éléments du culte de la raison sont inculqués dans toutes les tètes, ils brûleraient solennellement l’exemplaire manuscrit du catéchisme, parce qu’il ne faut point vie livre sur la croyance morale. »
Il regrette que les théophilanlhropes « n’aient pas annoncé solennellement au public qu’ils ne voulaient pas former une religion nouvelle » (n° 22). Le mot de théophilanthropes à son sens est encore trop religieux. « Je voudrais qu’au nom de tbéophilanthrope on substituât celui de moraliste. Voyez-vous, citoyens, le peuple qui pense souvent beaucoup mieux que ses instituteurs s’accommode difficilement des mots scientifiques dont la technologie ne lui est pas familière. Aussi les honnêtes citoyens, qui \ iennent à vos assemblées, disent tout simplement qu’ils vont à la morale i. Eh bien! appelez les sociétés théophilanthropiques sociétés de morale. »
Comme on le voit, si le culte, imaginé par Chemin, par
1. Ce passage se trouve reproduit mot pour mot dans une brochure signée Luques et intitulée Manifeste des catholiques contre les sociétés des lliéophilanthropes (Bib. nat., Ldis^ 11) Luques ne serait-il pas le même homme que Siauve .’
2. Les rapports du Bureau central emploient très souvent l'expres sion, « la morale des théophilanthropes », et presque jamais la religion des théophilanthropes.
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plus d’un côté, rappelait le culle de l’Etre suprême, celui que rêvait Siauve ressemblait davantage au culte de la Raison. Pour bien marquer ses tendances, il ajoutait à son journal, à partir du n° 19, ce sous-titre Feuille citadine et villageoise et se donnait ainsi comme le continuateur de cette célèbre Feuille villageoise, où il avait collaboré jadis et qui avait été l’instrument par excellence îles d éch ri s l ia nisa teurs .
Précisant ses critiques et ses desiderata, le rédacteur de L'Écho mettait en garde les orateurs tbéophilantbropes contre la métaphysique: « Il n’esl pas nécessaire de s’étendre trop sur Dieu et l’âme » (n° i5). Ce qui importe c’est la morale, l’éducation. A quoi bon aussi, pour prêcher la vérité, revêtir un costume spécial? «Chefs respectables des associations morales, ayez le courage de vous élever au-dessus des préjugés. Celte toge, que revêtent vos orateurs, m’a paru déceler des prétentions sacerdotales ; or, avez-vous bien calculé les dangers du sacerdoce?... » Siauve leur conseille aussi de fédérer entre elles leurs différentes sociétés et il semble bien ici qu’il ait eu en vue l’ancienne organisation des jacobins. « O vous, citoyens, qui connaissez sans doute les chefs des sociétés de théophilanthropës, invitez-les à former promptement un centre d'unité propre à prévenir les schismes ou scissions. 11 faut que la Société centrale de Paris soit la boussole de toutes les sociétés des départements. Il faut que tous les bons discours, prononcés à la réunion centrale, soient recueillis avec soin, transmis aux différentes sociétés, qui seraient tenues de n’y rien changer1. »
Siauve trouve que les orateurs théophilanthropes sont en généra] trop jeunes. 11 conseille au comité de n’en admettre aucun au-dessous de cinquante ans et de choisir de préférence des hommes exempts des taches révolutionnaires. Il s’élève contre la précipitation avec laquelle le comité s’empare des églises de Paris, et il prévoit que
i. Les mêmes idées sonl exposées dans les mêmes termes dans le pamphlet anonyme : Les Callmtujues et Philanthropes dévoilés, dont Fauteur est probablement Siauve. Bib. nat., Ld188 17, in-8.
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les nouvelles sociétés, hâtivement formées, ne dureront pas longtemps.
Mais Siauve ne se bornait pas à critiquer et à conseiller. Mettant lui-même la main à l’œuvre, il proposait aux 1 1 îéoj >1 1 ilan t h ropes un « projet île catéchisme1 » extrêmement bref, pour remplacer leur instruction élémentaire qu’il trouvait trop di Un se. Il leur suggère l’idée de graver son catéchisme sur deux tables qui seraient exposées au pied de leur autel .
Il défendait la théophilanlhropie à la fois contre les sarcasmes des catholiques et contre les dédains des philosophes. A\c c les premiers, il engageait une polémique des plus vives, qui eût bien étonné sous la plume d’un Ibéophilanlhrope avant fructidor, domine s’il oubliait ou cou damnait les protestations de tolérance absolue, dont la secte avait lait jusque-là profession, il écrivait que « l’arme la plus sûre, dont on peut faire usage pour terrasser le monstre hideux de la superstition, c’est le ridiculum acri d’IIorace2... » et il mettait largement sa maxime en pratique. — Quant aux « philosophes », il relevait assez vivement leurs ironies dans une réponse à La Décade3 4 5.
Il prouvait ainsi aux théophilanthropes qu’il n’était pas un détracteur systématique, mais au contraire un admirateur et même un « zélateur' » de leur culte. Il le prouvait mieux encore en sollicitant les pouvoirs publics de lui venir en aide d’une façon plus ellicace. « On est étonné, écrivait il", que les législateurs, que le gouvernement n’ait pas encore pris d’une manière plus spéciale ces associations morales sous leur protection. » En attendant, il s’adresse aux républicains ardents, aux membres de l’ancien cercle constitutionnel de la rue de Lille: « Pourquoi ceux îles sociétaires, qui ont des talents, ne se