‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 206 sur 519 · Histoire des Sectes, I, p. 3gG · texte numérisé non relu

Histoire des Sectes, I, p. 3gG

2. De l’aveu de Siauve lui-même, qui critique sa détermination dans L’Echo, n° 21.

3. Arch. nat., AD^'H46. — La Brochure est datée du Ier brumaire an VI.

SI Al VE ET LE COMITE CENTRAL

raient bientôt aux peuples la messe épurée et ornée de tout ce qui peut la rendre propre à des hommes libres et éclairés ». — Parce mot de messe, Sobry entend en effet les réunions périodiques, par lesquelles s'exprime à toutes les époques le besoin de sociabilité qui esl en tous les hommes. — Pour gouverner les familles, les prêtres ont dénaturé les premières réunions de ce genre : « Peu à peu, ils ajoutèrent à la messe des dogmes odieux, une doctrine de tyrannie, de persécutions, de supplices et de sang..., etc. » Voilà pourquoi les révolu lifonna ires. ont bien fait de supprimer la messe, puisque, loin île servir l’humanité, elle ne servait plus qu’aux prêtres, c’est à-dire aux charlatans et aux tyrans.

Mais, après avoir détruit, il faut rebâtir. Il faut rendre au peuple une messe en harmonie avec les institutions nouvelles, une messe épurée, dont aucun prêtre ne s’emparera plus.

Sobry avait cru que les ihéophilanthropes seraient les ouvriers de cette grande œuvre, et en conséquence il avait joint scs efforts aux leurs. Il reconnaît maintenant son erreur. Les tbéopbilanlhropes ne forment qu’une secte. Ils ont un clergé, quoiqu'ils s’en défendent. « Leurs chants sans cérémonies peuvent être un intermédiaire entre l'abolition d’un culte et sa reprise, mais ne sont point en effet un culte et ne peuvent en tenir lieu... » Le nouveau culte, la nouvelle messe reste à instituer. Sobry ne compte plus pour cela sur les individus, qui ne peuvent former que des coteries, mais sur l'Etat qui seul donnera à l’institution à fonder un caractère universel et obligatoire. « A la condition seulement d’être officiel, le nouveau culte rassemblera tous les brançais sans particulari tés, sans excommunication et sans secte. »

Quelques mois après, Sobry essaiera de mettre scs idées en pratique et établira à Saint-Thomas d’Aquin, sous le nom de «culte primitif », une espèce de ibéophilanthropie schismatique L

x. Voir plus loin, ch., vi, p. 407.

La reli ai le de Sobry fut t rès mal accueillie par Siauve, qui 11e voulait à aucun prix jeter la désunion clans le comité central : « Nous ne voulons pas, écrivait-il dans son 11" 21, nous engager dans une discussion, qui serait déplacée dans notre journal, mais nous imitons l’auteur de l’ouvrage sur la messe à examiner s’il ne serait pas infiniment plus avantageux pour l’esprit public de se réunir aux tbéophilanlhropcs déjà existants (et dont par parenthèse il était naguère le collègue le plus zélé), que de vouloir faire bande à part en les accusant d’être des sectaires. »

Réconoii.i vtion entre siauve iît le comité central. Le comité central dût savoir gré à Siauve de cette altitude-, car un accord intervint entre eux, ainsi qu’en témoigne cet « avis intéressant » publié en tète du n° a5 de L’Echo (fin frimaire) : « On m’a reproché d’avoir été jusqu’ici plutôt le frondeur que l’écho des théophilanthropes. Ce reproche est injuste. J’ai été constamment l’admirateur zélé de la ihéophilanthropie, mais tout en adoptant scs principes, je n’ai pas toujours été d’accord avec scs premiers fondateurs sur la manière de les exposer cl sur les moyens de propagation. Aujourd’hui que ce culte philosophique a pris de la consistance, et que les fondateurs de cette institution sublime paraissent disposés à faire des améliorations, indiquées par quelques hommes sages et commandées par l’expérience, il y aurait de la témérité et de la malveillance à marcher en sens inverse des théophilanthropes. Je préviens donc mes abonnés qu’à dater du 20 frimaire, mon journal sera entièrement consacré à la théophilanlhropie. . . »

Ainsi, le journal de Siauve devenait l’organe olTicicl de la secte1, mais le comité central s’engageait à exécuter des réformes, à apporter à la théophilanthropie des améliorations « philosophiques ».

1. Ce changement survenu dans la ligne du journal est encore mieux marqué dans cette note du n° 27 : « Notre journal iera connaître dorénavant tous les écrits qui émaneront du comité de direction morale des théophilaMÜropes. » Il publiait déjà auparavant les avis ollicicls du comité (par exemple dans le n° 26).

REFORMES I'HILOSOIMIIQI ES

Réformes philosophiques. — Le comité tint parole. Nous avons déjà vu 1 qu’il ordonna à ses adhérents la célébration des fêtes nationales. La lliéophilanlhropie semblait ainsi faire de plus en plus corps avec la République elle-même. Les ouvrages que Chemin lit alors paraître, notamment son Rituel, portent la marque d’un esprit non veau, plus démocratique, plus nettement . anlichrélicn.

Jusque là, la messe ihéophilanlhropique avait lieu à la fois le dimanche et le décadi. Le 9 pluviôse an VI, elle fut lixée au seul décadi, le quintidi étant réservé à l’instruction morale des enfants2. En rejetant aussi le calendrier catholique, le comité central indiquait assez qu’il ne von lait plus de la politique déménagements qu’il avait suivie jusque là à l’égard de la « superstition ».

Accentuant celte évolution dans le sens philosophique, certaines sociétés théophilanlhropiques adopteront bientôt pour leurs papiers officiels des symboles naturalistes, (pii auraient réjoui le cœur de Louché ou de Chaumetle. C’est ainsi que, sur le protocole des lettres de la société établie, au temple de l’Observatoire (Saint Jacques du Haut pas)3, se détache une gravure fort bien venue qui représente la Nature sous les espèces d’une forte paysanne assise sur un rocher dans la campagne. Le corps nu

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