‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 228 sur 519 · ROUEN · texte numérisé non relu

ROUEN

Art. IV. — Ils pourront disposer exclusivement d'un petit local (la sacristie), qui se trouve dans ledit temple cl qui n’est pas occupé, pour y déposer les inscriptions, l’autel et les habillements servant à leur culte.

Art. V. — La garde et lesclefs dudit temple seront confiées à une personne qui sera désignée par les ministres et les citoyens qui exercent leur culte; le nom du dépositaire sera remis à l’administration.

Cettefois, l’administration centrale ratifia l’arrêté dcl’ad ministration municipale et les théophilanthropes purent s’établir enfin à Rouen même. Ils inaugurèrent leur culte à Saint-Patrice, le 10 brumaire an \ II. — Le père de famille, nous dit un témoin oculaire, E. de la Quérière1, « est monté dans la chaire à prêcher et y a discouru. On a chanté des hymnes patriotiques avec acccoinpagnement de l’orgue, qui était touché par le citoyen Delaporte, organiste aveugle, membre de la Société. 11 y avait des sen tences imprimées sur des cartons accrochés aux piliers de l’église. Tout l’exercice se fait dans la nef A Ensuite, le père de famille et ses associés sont allés dîner au cabaret du (iliêne vert en haut de la rue de la Dinanderie, où tout le monde indistinctement était bien reçu, en payant chacun son écot. »

Il ne paraît pas que l’établissement de la théophilanthropie à Rouen ait provoqué des troubles, tout au plus quelques incidents sans importance. C’est ainsi que, le 00 pluviôse an \ II, « quelques jeunes gens, dispersés dans le temple, s’avisèrent de plaisanter le nouveau culte. Les uns, par leurs démonstrations, semblaient critiquer ou quelquefois applaudir le père de famille, pendant qu’il instruisait ses auditeurs ou sectateurs dans la chaire à prêcher. D’autres faisaient des niches à la quêteuse. Enfin d’autres contrefaisaient dans les chapelles collatérales les

1. Dans son manuscrit déjà cité, conservé à la Bib. municip. de Rouen, p, 4i5.

a. Plus tolérants que leurs coreligionnaires parisiens, les théophilanthropes de Rouen, comme on le voit, avaient laissé le chœur aux catholiques.

3a8 LE LENDEMAIN DE FRUCTIDOR DANS LES DÉPARTEMENTS

hurlements du chien, les miaulements du chat et le propos ordinaire du perroquet en chantant jaco, jaco, par allusion aux jacobins qui assistaient, à cette instruction'. » Les perturbateurs furent emmenés au poste par le commissaire de police. Le tapage se renouvela en germinal, et un sieur Gambu fut emprisonné pour ce fait1 2.

Je n’ai pas pu savoir à quelle date exacte les théophilanthropes rouennais cessèrent de se réunir, mais il est probable que ce fut seulement après le 18 brumaire.

Leurs cérémonies étaient vraisemblablement calquées sur celles de leurs coreligionnaires parisiens ; en tout cas, le costume de leur lecteur, qu’ils appellent le père de famille, était identique. Suivant de la Quérière3 4 5, il comprenait un gilet bleu, sur lequel ils passaient une robe blanche que traversait une écharpe rouge nouée à la ceinture.

Le H avre. — Une tentative fut faite pour établir la théophilanthropie au Havre, où le culte de la Raison avait été célébré avec ferveur*. Un certain Duclerc, qui avait « daté d’une manière marquante » dans la Révolution havraise, ainsi qu’il le dit lui-même, essaya de fonder une société avec quelques autres anciens jacobins comme lui. Pour ne pas éveil lier les soupçons, ils évitèrent de se mettre en avant et passèrent la main à des personnages moins compromis. Avant de rien faire de définitif, Duclerc consulta le Comité de direction morale de Paris dans une curieuse lettre que Grégoire a publiée3 :

« A mon arrivée au Havre, et suivant nos intentions respectives, je inc suis occupé des moyens à prendre pour parvenir à établir en cette commune une société théopbilanlhropicjue à l’instar de celles qui existent à Paris. Je me suis, à cet efi’ct, consulté avec des républicains, mes amis. 11 est résulté de nos opinions que leur avis unanime était que nous ne pouvions nous mettre en avant, ainsi que je vous l’ai témoigné lorsque j’eus le plaisir de vous voir à Paris. Mais nous

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