M. J. Chénier, iüp nivôse. Bib. nat., Lo:ss
LE CULTE national un l AN IV
l'exemple, rédigent eux-mêmes des catéchismes et des rituels1.
Affaiblissement du patriotisme. — On ne peut nier que ces divergences n’aient été pour quelque chose dans l’échec des institutions républicaines, d’autant plus que ces divergences reparaissent au moment même où la foi révolutionnaire, qui avait fait de si grandes choses, commence à faiblir et à se transformer. Très vive et très répandue dans les premiers temps, la foi révolutionnaire avait consisté essentiellement dans les espérances de bonheur suscitées par les institutions politiques. Cette attente mystique de la régénération promise, ce fanatisme de la liberté, ce « patriotisme », comme on disait plus brièvement, trouve surtout son expression extérieure dans le culte de la Raison, qui fut le plus vivant de tous les cultes révolutionnaires.
Mais avec la Terreur, les désillusions sont venues ; comme ils voyaient s’éloigner le bonheur au fur et à mesure qu’ils consentaient pour le conquérir plus de sacrifices, les patriotes se sont laissés peu à peu envahir par le doute et le découragement. Ils prononcent encore les mêmes formules, mais plus avec le même cœur. Quand il revient de captivité, Drouet2 hésite à reconnaître les concitoyens qu’il a quittés deux ans auparavant. « Cet enthousiasme sublime, qui faisait voler nos armées de victoires en victoires et faisait trembler tous les rois coalisés contre nous », écrit-il à Carnot, est anéanli. « Tout à coup, la nation française, naguère peuplée de patriotes énergiques, de philosophes, de héros, n’offre plus au spectateur étonné qu’une multitude d’agioteurs, d’égoïstes et d’hommes ivres du sang des plus chauds défenseurs de la liberté. Alors le peuple, qui se plaisait à croire que ses représentants ne pouvaient le tromper, s’apercevant que celte grande émission de signes de valeur (les assignats) n’est qu’un leurre, n’est qu’un emprunt frauduleux qu’il