‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 240 sur 519 · POITIERS · texte numérisé non relu

POITIERS

Considérant que ces rixes pourraient devenir nuisibles à la tranquillité publique, à raison du grand concours de citoyens île la ville et des campagnes qui se trouvent journellement sur la place du Marché ;

Considérant qu’il est de la sagesse et du devoir des corps administratifs d’employer tous leurs moyens pour entretenir la paix et la concorde parmi les citoyens, en prévenant jusqu a la moindre occasion, jusqu’au plus léger prétexte de trouble dans leur arrondissement.

Et attendu qu’il existe dans la commune de Poitiers quatre édifices publics, originairement destinés à la célébration des cultes, aujourd’hui libres et vacants, savoir : Sainte-Radégonde, Sain t-Hilaire, Moutiersneul et Saint-Porchaire ;

Attendu même que ce dernier édifice est beau, commode, central, et convient parfaitement à 1 exercice du culte theophilanthropique ;

Ouï le commissaire du Directoire exécutif, 1 administration délibère qu’il n’v a pas lieu d’accorder aux pétitionnaires pour l'exercice du culte théophilanthropique 1 usage de la ci-devant église Notre-Dame concurremment avec les sectaires du culte catholique ;

Au surplus arrête que, par l’administralion municipale de Poitiers, il sera sans délai mis à la disposition des sectaires théophilanthropes les édifices ou de Sainte-Radegonde, ou de Saint-Porchaire, ou de Saint-Hilaire, ou de Moutiersneul à leur choix, dans l’état où ils se trouvent, à la charge de les entretenir et réparer ainsi qu ils verront sans aucune contribution forcée, en exécution de 1 art. 11 de la loi du 1 1 prairial précitée, et de se conformer aux lois sur la police des cultes.

Signé : Tribut, président :

Butaud, Boncenne, Dardillac, Brassand, administrateurs ;

Bonnefont, commissaire du Directoire exécutif;

Genuet, secrétaire général... 1 »

Les théophil an fhropes protestèrent. S’ils n avaient pas demandé les autres églises, ce n’était pas dans le but de vexer les catholiques, mais parce qu ils y étaient lorcés par les circonstances. En effet, Saint-Paul ayant été vendu, ne pouvait leur être concédé qu’à titre de loyer ; or ils n’étaient pas assez riches pour faire un tel sacrifice. Saint-

i. Registre des délibérations de l'administration centrale. Arch. delà Vienne, L. 282, reg. 16.

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Porchairc était très dégradé et exigeait seize cents francs de réparations1, etc.

Pour couper court à ces protestations, les autorités organisèrent contre le cercle constitutionnel une sorte de petit coup d’Etat. Le 2/1 pluviôse, leurs partisans se rendirent en nombre à la séance du cercle et firent le procès de Bernazais lui reprochant sa conduite pendant la Terreur. Puis, quand les esprits furent suffisamment, échauffés, les municipaux en corps firent leur entrée dans la salle. Bernazais fut expulsé. Le citoyen Mignier fils prononça un long discours « contre l’anarchie et contre la royauté ». Les municipaux sortirent alors au milieu des cris : « À lias le tyran! U tyran s’était élevé parmi nous. 11 a été expulsé. Nous aussi nous avons fait notre 18 fructidor'2 3 * ! » Le lendemain, la municipalité supprimait le cercle constitutionnel par un arrêté que l’administration centrale approuvait sur-le-champ .

Mais les chu bis tes en appelèrent à Paris à Sotin, le ministre théophilanthrope de la police, et en attendant ils essayèrent de reconstituer leurs réunions patriotiques dans la chapelle Saint-Denis, à la ci-devant maison des jacobins'5. Dondeau qui avait succédé à Sotin au ministère prit en main la cause des théophilanthropes et .adressa à la municipalité la lettre suivante :

« Paris, 5 ventôse an Vide la République française.

Le ministre de la police générale à l’administration municipale de Poitiers.

Des habitants de votre commune se plaignent, citoyens, de ce que vous leur avez refusé l'édifice, connu sous le nom de Notre-Dame, pour y exercer le culte théoplnlanlhropique concurremment avec les catholiques. Les plaintes de ces citoyens

1. Grégoire a reproduit l’écho de leurs protestations ( Histoire des Sectes, I, p. 4a3).

2. Toute la scène est longuement racontée dans le Registre des délibérations de V administration municipale à la date du aS pluviôse. Le discours du citoyen Mignier est reproduit in-extenso dans le procès-verbal de la séance ( Arc h . de Poitiers).

3. Les déclarations exigées par la loi en furent faites à la munici¬

palité à la séance du 4 ventôse an \ I ( Registre di's délibérations de

l'administration municipale . Arcli. de Poitiers).

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