RÉGION DU SUD. - BORDEAUX
sont fondées sur l’article IV de la loi du i i prairial an III, portant que lorsque les habitants d’une meme commune exerceront des cultes différents ou prétendus tels et qu'ils réclameront l’usage du même local, il leur sera commun.
Pénétrés des dispositions de cette loi, les autorités constituées des communes, où le culte théôphilanthropique s’est établi, ont assigné un seul cl même local à ses sectateurs et à ceux du catholicisme, en ayant soin de fixer pour chaque culte les heures et jours les plus convenables et de prendre tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour maintenir la décence et entretenir la paix et la concorde. Je vous engage à vous conformer également aux dispositions de celle loi. Salut et fraternité. Dondeau 1. »
La municipalité dut s’incliner. Par un arrêté en date du i3 ventôse, elle mil l’église Notre-Dame à la disposition des théophilanthropes, sous la réserve de l’approbation de l’administration centrale. Celle-ci ne se pressa pas de prendre une résolution et c’est seulement le 28 germinal qu’elle se décida à homologuer l’arrcté de l’administration municipale.
Mais, entre temps avaient eu lieu les élections de germinal qui provoquèrent un refroidissement marqué entre le Directoire et les théophilanthropes. Les jacobins de Poitiers luttèrent à l’assemblée électorale contre les direcloriens qui firent une scission. Après les élections, il est probable que personne ne reparla plus de théophilanihropie. En tout cas, les documents postérieurs sont muets à cet égard.
Région du Sud. — Je n’ai pas pu faire de recherches d’archives dans le Sud de la France. Aussi mes renseignements sur celte région seront ils forcément incomplets :
Bordeaux. — A Bordeaux, vers nivôse an VI, un ancien prêtre devenu, comme Guilbert, journaliste, Latapy, propriétaire du Courrier de la Gironde cl commissaire du
1. Archives de Poitiers. Rég. des délibér. de l ad. munie., séance du i3 ventôse an VI
Directoire près l'administration municipale de l’arrondissement du Sud *, essaya de former une société théophilanthropique. Le terrain semblait propice, car, après le 18 fructidor, les patriotes bordelais n’avaient pas fondé moins de quatre cercles constitutionnels, ceux de la Liberté, de la Grande-Treille, de l’Agriculture et du Niveau.1 Les trois derniers, au dire du commissaire central Lahary, étaient composés « d’artistes et d’ouvriers, vrais patriotes, mais peu instruits, ombrageux et faciles à s’enflammer2 3 4 ». C’est parmi eux, sans doute, que Latapy recruta le premier noyau de sa société. Mais, dans la ville illustrée en l’an II par les méfaits de Tallien, tout ce qui rappelait la Terreur était violemment suspect. La théophilanthropie parut à beaucoup une seconde édition revue et corrigée du culte de l’Etre suprême. Latapy obtint bien de la municipalité l’église Saint-Eloi ; mais malgré l’activité qu’il déploya, ses adhérents furent si peu nombreux qu’il crut devoir abandonner l’entreprise.
Sur les bords de la Garonne, où avaient fleuri les cultes révolutionnaires quatre ans auparavant, la théophilanthropie ne parait guère avoir été représentée qu’à Rabastens 1 et à Lesparre.
Lesparre b — -K Lesparre, le culte théophilanthropique fut inauguré, le 20 prairial an VI, par des « hommes simples et honnêtes », dont la plupart « artisans peu fortunés ». L’église était commune aux théophilanthropes et aux catholiques. L’autel théophilanthropique avait la forme d’un tombeau surmonté d’une colonne, le tout était recouvert de mousse, quatre guirlandes de fleurs formant un berceau descendaient de la colonne aux quatre coins de l’autel. Sur la colonne était placée une corbeille de fleurs.
1. Détails fournis par une lettre du commissaire central de la Gironde, Lahary au ministre de l’intérieur, en date du 5 germinal an VI (Arch. nat., F1 G111, Gironde 8).
2. Compte de Lahary au ministre de l’intérieur, le Ier thermidor an VI (Arch. nat., F1 C111 Gironde 5).