DIJON
lettre iln commissaire central, qui avertissait son collègue près l’administration municipale qu’il « avait été distribué une grande quantité de billets sans signatures, avec in\i lation à celui auquel il est adressé de se trouver demain dimanche (vieux style) à une grande réunion qui doit avoir lieu au temple de la théophilanthropie. » Sans doute, il ne se produisit aucun désordre ce jour là, mais le fait de la distribution des billets montre bien que les catholiques préparaient une démonstration.
Lors de l’institution du culte décadaire, en vendémiaire * an \ll, l’administration municipale s’empara de l’église Saint-Michel pour y célébrer les l’ètcs républicaines et en chassa les catholiques et les théopbilanlhropes, malgré les vives protestations de ces derniers '.
Paillet protesta auprès du ministre de l’intérieur par la lettre suivante :
« Dijon, 16 pluviôse an VII.
Citoyen ministre,
Les théophi lanLliropes avaient obtenu de célébrer dans le lieu qui sert aux assemblées décadaires, mais l'administration municipale en excluant les catholiques a aussi exclu les théophilanthropes, sous le prétexte qu’elle ne voulait pas plus favoriser un culte que l’autre. Je ne ferai pas usage des raisons qui nous distinguent si fortement des catholiques et militent en notre faveur, puisque nous ne faisons que prêcher l’atta-
i. L’administration municipale motiva sa décision par l’arrêté suivant en date du ip frimaire an VII: « Vu la pétition, signée de plusieurs citoyens théophilanthropes, qui demandent que le temple décadaire de Dijon leur soit commun pour y célébrer leurs exercices, ainsi qu’il sc pratique dans tous les temples décadaires à Paris.
L’administration municipale, considérant que si, après avoir exclu du temple décadaire les catholiques qui en étaient en possession, on y admettait les Ihéophilantliropes qui ont à leur disposition un édifice, ce serait montrer une prédilection pour un culte particulier qui (sic') serait contraire aux lois qui les tolèrent et protègent tous également ;
Considérant, d ailleurs, que les motifs énoncés dans la lettre du ministre de l’intérieur et sur lequel l’administration centrale de la Côte-d’Or a fondé son arrêté du 18 vendémiaire dernier pour l’exclusiou des catholiques du temple décadaire, sont communs à tous les cultes ;
Le commissaire du Directoire exécutif entendu, arrête qu’il n'y a lieu à délibérer sur la réclamation des pétitionnaires » (Arch. munie, de Dijon. Reg. des délib. de Vadm. munie.).
356 l.K LENDEMAIN DK FRt <’. TlDOlt DANS I.ES DÉPARTEMENTS!
chôment au gouvernement et aux lois, et que les catholiques font le contraire. — Mais il est vrai de dire que si les catholiques ont été exclus, c’est qu’il leur faut des tableaux, des tabernacles, des autels, des confessionaux, etc..., etc... ce qui ne peut que gêner l’administration dans ses fêles, au lieu que, telle forme que l’on donne à la salle décadaire, elle ne peut que nous convenir, puisque nos cérémonies ne sont autre chose que celles que vous avez ordonnées pour les réunions décadaires.
Si vous êtes disposé à faire droit à nos réclamations, nous sommes prêts à vous en faire .à ce sujet. Daignez m’honorer d’une réponse et me dire si nous pouvons vous les faire. Salut et respect.
Paillet, horloger1. »
Mais, à ce moment, la théoph il a n ih ropie cessait de plaire et François de Neufchâteau ne fit que cette réponse vague, le 20 ventôse an vil : « Si le local est un temple réservé par la loi pour les cultes, l’administration n’a que le droit de vous prescrire l’heure à laquelle vous pouvez vous y rendre et non celui de vous en éloigner. Au surplus, c’est au ministre de la police à recevoir vos réclamations à cet égard, en supposant que vous ayez à faire des plaintes bien fondées2. »
Les théophilanthropes dijonnais s’étaient installés provisoirement, en vendémiaire an VII, dans l’ancienne église des Bernardines qu’ils prirent à location. Ils étaient complètement chez eux, car l’église désaffectée appartenait au fisc3. Je ne sais pour quelle raison ils quittèrent les Bernardines, en germinal an VII, et demandèrent à partager soit avec les catholiques l’usage de l’église Notre-Dame, soit avec l’administration municipale l’usage du temple décadaire (Saint-Michel).
Persistant à refuser aux théophilanthropes le temple
r. Arch. nat., F17A 1243.