‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 253 sur 519 · SI-NS · texte numérisé non relu

SI-NS

Tout en s’inspirant des conceptions de Chemin, il voulut faire œuvre personnelle, et le culte qu’il imagina était aussi près du catholicisme que de la théophilanthropie proprement dite.

En même temps qu’il recrutait des adeptes, il faisait paraître « L'Office divin à l'usacje des Ihéophilanthropes ou chrétiens fronçais, composé en grande partie des plus belles odes sacrées de J. -B. Rousseau1 ».

Comme le disait le sous titre, « avec ce livret on pouvait se passer de graduel, d’anliphonaire, de bréviaire, elc..., et, ce qui vaut mieux, de curé ». Alors que dans la théophilanthropie parisienne, il n’y avait qu’une seule cérémonie par jour consacré, dans le culte des chrétiens fran çais , comme dans le catholicisme, il y en avait deux, l’une le matin, l’autre le soir et le Rituel de Benoist- Lamothe se divisait en deux parties : l 'Office du matin correspondant à la messe catholique, Y Office du soir correspondant aux vêpres.

Calqué sur la messe, PolÏÏce du malin déroulait successivement : Introït, Gloria in excelsis, Credo, Préface , l doration , Pater, \(/nus Dci, 1 leluia. — L’introït était l’ode de .1. -B. Rousseau :

<( Seigneur dans la gloire adorable Quel mortel est digne d’entrer... »

qu'on chantait sur l’air de la Marseillaise.

Une autre ode de Rouss au entonnée sur l’air : Aussitôt que la lumière... tenait lieu de Gloria in excelsis :

« Les cicux instruisent la terre A révérer leur auteur... »

Après le Gloria, le « ministre célébrant » (et non le père de famille comine dans les livres de Chemin) lisait un chapitre de Y Évangile ou de Y Ancien Testament et prononçait ensuite un cc discours de morale ».

i. Annoncé dans V Observateur du 25 fructidor an V, se trouve la Bibliothèque d’Auxerre où je l’ai consulté.

3(v/> 1.1’. LENDEMAIN UK KIU’CTI HOU DANS LES l)Él* AUTEMENTS

Le discours terminé, le ministre el les assistants entonnaient, sur l’air du Chant du départ, le Credo, tout plein d'un souille chrétien :

« Je crois en un seul Dieu du ciel et de la terre. Créateur sage et tout-puissant.

Qui dans I immensité répandit la lumière.

Mil un frein au vaste Océan.

Nous croyons que Jésus lut envoyé sur terre Cour nous instruire et nous quitter,

Pour réformer la loi, celle loi salutaire Mais non, dit-il, pour la changer.

Je jure de rester fidèle I son Eoanqile sacre.

Où trouver doctrine plus belle?

De Dieu même il fut inspiré.

Le méchant, paré d'un faux zèle,

Profane un litre glorieux,

Le vrai chrétien, le vrai fidèle,

C’est l'homme juste cl vertueux... »

Ou distribuait alors le pain bénit, baptisé par Benoist- Lamothe, « pain de la fraternité ou de la charité. » — A tour île rôle, les fidèles présentaient le pain au célébrant qui le recevait en ces termes : « En retour de ces pains que vous présentez à vos frères et aux pauvres, daigne le le Ciel répandre tous ses biens sur vous et sur votre maison ! » Le peuple répondait: « Ainsi-soit-il ! » Les enfants de chœur, appelés ici enfants assistants, portaient le pain sur l’autel, où le célébrant le partageait en douze morceaux, dont une partie était immédiatement distribuée à l’assistance et une autre réservée pour les pauvres. Pendant ce temps, la personne, qui avait offert le pain, faisait la quête et le peuple, partagé eu deux chœurs, les femmes d’un côté, les hommes lie l'autre, chantait alternativement, en guise d 'Offertoire, une nouvelle ode de J. -B. Rousseau, arrangée sur l’air à la mode : Quels accents, quels transports :

« Qu’aux accents de ma voix la terre se réveille, Homme sois atlenlif, peuples ouvrez l’oreille... »

sf.ns

Puis venait, la Préface sur l’air d'une marche d’Alceste. Le ministre jetait de l’encens sur un brasier ardent près de l’autel pendant <pie les deux enfants de chœur chanlaienl I’ 1 doralion sur l’air : Je l’ai / liante :

« Grand Être, à nos yeux invisible.

Prête l’oreille à nos accents... »

Le ministre récitait alors Y Oraison dominicale, traduction libre du Pater :

« Notre Père et Seigneur, qui régne/ dans les cieux. Qu’à votre nom sacré tous les mortels fléchissent, etc. »

Enfin les enfants de chœur entonnaient, en guise d' \ f/nus Dei sur l’air : Monseigneur voyez nos larmes, des strophes pleurardes :

« Dieu de bonté, Dieu de clémence,

Retiens ton bras prêt à punir... etc. »

El l’office se terminait, par des stances sur le chant d O Filii.

« Que ce temple si révéré,

Où Dieu fut toujours adoré,

A Dieu soit toujours consacré.

Aleluia !

Nous viendrons toujours en ce lieu Adorer le seid et vrai Dieu,

Qui créa la terre et les cieux.

Aleluia ! etc.

En somme, I’ « office du matin » de Benoist Lamothe n’était qu’une réforme, qu’une parodie, dira plus sévèrement un membre de sa famille1, de la messe catholique.

L’office du soir, comme les vêpres, se composait d’hymnes (presque des psaumes), dont quelques unes étaient empruntées littéralement au Manuel de Chemin.

i. Dernière réponse de M*** on citoyen Benoist-Lamothe, son proche parent,.. Bib. d’Auxerre. Cette réponse parut en l’an IV

La cérémonie s’ouvrai I. par un hymne à l’Éternel sur l’air de la Marseillaise et se terminait par un cantique sur le chant, du Magnificat, entonné par le peuple partagé en deux chœurs; le cantique était tiré de la XIVe ode de J. -B. Ilousseau :

« Mon âme louez le Seigneur,

Célébrez sa puissance, adorez sa grandeur, etc... »

Le rituel de Benoist-Lamothe, comme le rituel de Chemin, comprenait encore l’exposé des « cérémonies relatives à la naissance des enfants, aux mariages, et aux décès ». Les unes et les autres sont également proches du catholicisme.

Baptêmes. — Les baptêmes avaient lieu après l’office du matin. Si le nouveau né était un garçon, il était orné d’un ruban tricolore, cl’un ruban rose si c’était une fille. Un enfant de chœur présentait au ministre « un vase plein d’eau, une coupe de miel et une fleur odorante ». Le ministre trempait son doigt dans l’eau et tout en disant: « Que cet enfant soit simple et pur comme l’eau de fontaine », il traçait sur le front de l’enfant les deux' lettres « C. T. qui signifient citoyen et lheophilanthrope», puis il lui mettait sur les lèvres un peu de miel en disant:

« Qu’il soit doux comme le miel de l’abeille. » Enfin, il donnait la fleur en prononçant ces mots : « Que le parfum de ses vertus soit plus suave que cette lleur, qu’elle fasse un jour (si c’est une fille) le bonheur d’un époux, la joie cl la consolation de ses parents ; (si c’est un garçon), la gloire de la patrie au lieu de: le bonheur d’un époux. » Dans ce dernier cas, à la fleur le ministre joignait un petit rameau de chêne ou de laurier. La cérémonie se terminait par une strophe de protestation contre le dogme du péché originel :

« Abaisse un regard paternel,

Sublime auteur de la nature,

Sur l’innocente créature Que l’on présente à ton autel.

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