P. io/j- io5, t. I (1828), v. in 8. Bib. nat., Lb
2. Buonarotti fait allusion aux lois qui avaient restreint le droit d’association et placé les sociétés populaires sous une surveillance étroite.
LES PAÏNTHÉONISTES ET LA RELIGION N VTURÉLLE \ I
la plus rigoureuse des lois de la nature, il était aussi raisonnable que facile de la présenter comme le code de la divinité, c'est-à-dire comme l’objet de la religion naturelle.
On résolut donc de paraître dans les temples publics sous le titre de déistes prêchant pour tout dogme la morale naturelle.
Et comme il était utile d’accoutumer la multitude à remplacer les pratiques de l’Eglise catholique par d’autres pratiques, ce que le gouvernement même cherchait alors à accomplir par l’introduction des fêtes décadaires, il fut arrêté qu’on célébrerait publiquement ces fêtes 1 et qu’à cet effet un vaste temple serait demandé au Directoire exécutif8.
Celui-ci, pénétrant le but de cette demande, dont il redouta les suites, s’y refusa sous le prétexte qu’il allait s’occuper de la célébration proposée3.
1. Le récit de Buonarotli est confirmé point par point parles rapports de police. On lit en ellet dans les bulletins des indicateurs de l’Etat- Major général sur la société du Panthéon , à lu date du 28 pluviôse an IV : « Madelin (Madeling) a lu une adresse au Directoire à I ell'ct d’accélérer le travail sur les fêles décadaires ; elle doit paraître dans les journaux patriotes », — à ladale du 3o pluviôse an IV: >. Le citoyen Madellin (sic) a fait un rapport sur les fêles décadaires qui a été applaudi. On a nommé une commission pour aller au département demander un local.. » (Arcli. nat., F7 3o54)-
2. Un bulletin du Bureau central, signé Iloudeyer, en date du 2,3 nivôse, nous apprend que dès cette époque la société du Panthéon entendit « un rapport sur la demande qui a été faite au Directoire d’une fête décadaire, ou plutôt d’un emplacement pour la célébrer, ce que le Directoire a refusé... » (Arch. nat., F7 3o:V|).
3. Les motifs du relus invoqué par l'autorité furent les suivants, d’après un rapport d'un indicateur de l Etal-Major général signé Croizard, en date du 2 ventôse an IV : « Roussillon a fait un rapport sur un local pour célébrer les fêtés décadaires; la réponse du département a été qu’il n’en avait point à sa disposition et que le Convention avait décrété qu’il y aurait douze locaux pour l'exercice des cultes. Il a été décidé qu’on s’adresserait à la municipalité de l’arrondissement où se trouve placée la ci-devant église Saint Itoch pour demander ce local pour célébrer la prochaine décade... » (Arch. nat., F7 3o54.)
Après Sainl-Roch, les Panthéonistes demandèrent probablement Notre-Dame, comme semble l’indiquer le rapport du bureau central en date du 22 pluviôse an 1\ : « ... Le bruit se répand que les pa Iriotes se disposent à célébrer une fête, décadi prochain 3o pluviôse, à la ci-devant église Notre-Dame, et que dans les départements la même cérémonie doit avoir également lieu. L’agent de police, qui rapporte cette nouvelle vraie ou fausse, ne nous fait point connaître les motifs ni l’objet de celte fête... » (Arch. nat., AF1' 1472).
4a l.ES PRÉLUDES DE LA TIIÉOP1I I LAA’TII ROPIE
Il devint alors nécessaire de tenir à la société un langage plus clair cl de lui lairc entrevoir une partie des vues secrètes, qu’il eût été imprudent de lui taire connaître dans leur totalité. On voulait la déterminer à se couvrir des formes religieuses, afin de jouir de la publicité et des temples garantis par la loi aux sectaires de tous les cultes.
La discussion, qui s’engagea, fut très animée et se prolongea pendant plusieurs séances ; les auteurs du projet furent obligés de combattre les orateurs qui s’efforçaient d’en empêcher l’exécution, tantôt en conseillant de s’en rapporter prudemment au gouvernement, tantôt en faisant envisager toute forme religieuse comme la source d’une nouvelle superstition
Tous les obstacles furent enfin écartés, et la société arrêta « qu’elle emploierait les décadis à honorer en public la divinité par la prédication de la loi naturelle1 2 ».
Une commission fut chargée de louer un temple et de préparer le catéchisme et le règlement du nouveau culte. »
Exception faite de barrière-pensée politique de la tentative, ne croirait-on pas lire, quatre mois à l avance, le programme de la théophilanthropie 3 * * *? Le projet des Egaux n’eut pas de suites.
Félix Le Pelletier et le culte social. — Le 9 ventôse an 1Y, le Directoire, qui s’était définitivement brouillé avec eux ", ordonnait à Bonaparte de fermer le club du
1. On reconnaît ici les divergences habituelles des philosophes.
2. Celte décision lîil prise dès le 2 l\ pluviôse an IV, comme en fait foi le rapport suivant de l'indicateur de l’Etat-Major. « ... Les débats ont roulé sur les cultes. On y a désigné les représentants, Grégoire et Lanjuinais. — Ou y a fait la motion de demander le rapport de la loi sur la liberté des cultes et elle a été appuyée, mais plusieurs membres ont judicieusement observé que c'était agir contre la constitution. — On a déterminé de nommer une commission pour demander au gouvernement un règlement sur les fêtes décadaires et un local pour les y célébrer, a Signé, Croizard. (Arch. nat., F7 3o5.4.)
3. On litdans les Mémoires sur Carnot, par son (ils (II, p. 4i): « Les
Babouvistes eurent un moment, dit-on, le projet de chercher un
point d’appui dans la Théophilanlhropie. » Cette phrase obscure est
probablement une réminiscence du projet de culte civique, discuté à la société du Panthéon.
!\. Voir l'étude de M. Ch. Picquenard sur les rapports du Directoire avec les ligauv : La société du Panthéon et le parti patriote à Paris, La Révolution française, XXXIII, p. 3i8.