ITALIE
tous les livres contraires au bon sens. Peu à peu s’établirait la théophilantbropie, qui de toutes les religions est la seule qui convienne à une nation '.
Sans aller aussi loin que Morardo, plusieurs prêtres du Nord de l’Italie envoyaient leur adhésion aux conciles de l’église constitutionnelle, par exemple Degola.
La théophilanlhropie dépassa-t-elle l’Italie du Nord et se propagea-t-elle, ne fût-ce qu’un instant, dans la république romaine nouvellement fondée? — Nous sommes réduits aux conjectures. L'Echo du -aû ventôse an VI apprend à ses lecteurs qu’un Romain, « recommandable par ses talents et sa moralité, est venu exprès de Rome pour prendre des renseignements sur le culte des théophilanthropes, qu’il veut établir dans sa patrie sur les débris du trône pontifical. » Le citoyen Saint-Martin, « secrétaire de la commission du Directoire exécutif de la République française à Rome », lit bien paraître un appel au peuple romain ’, qui renfermait un chapitre sur le théisme, sur les quakers et sur Voltaire ; mais, Saint- Martin, tout en la désignant clairement, n’osait pas nommer la théophilantbropie.
Sa prudence dut être imitée et aucun temple philosophique ne fut probablement ouvert dans la ville sainte du fanatisme. — Il faut cependant remarquer que ces tentatives théophilanthropiques, si timides et si éphémères qu’elles eussent été, n’en produisirent pas moins dans le clergé catholique une impression durable. En i8o5 en core, alors que la théophilantbropie était depuis long-
i. Résumé de l’opuscule d’après Grégoire.
a. Voici le titre exact : « La l'oix d’un citoyen français au peuple romain, suivie d’extraits de l’Essai sur l'histoire générale et sur les mœurs et l'esprit des nulions, des pensées sur l’administration publique, de l'histoire des quakers, sur le théisme, et de la correspondance de Voltaire, par le citoyen Saint-Martin, secrétaire de la commission du Directoire exécutif de la République française à Rome, membre de la société polytechnique, de celle d’institution et du lycée des Arts à Paris, avec celte épigraphe.
Eripe turpi
Colla jugo. Liber sum, die, âge.
A Rome. An VI, chez Damaso Petrelli, texte italien en regard du texte français, in 8 (Bibl. nat., Lbli2 5 1 8).
Mathiez. a5
380 LE LENDEMAIN DE EUICTIDOH DANS LES DELA ILl'EM ENTS
temps oubliée, même en France, un prêtre de Turin, vicaire général de Saint-Bénigne et docteur en droit civil et canon, Jean-Baptiste Ferrero, éprouvait le besoin d’écrire une réfutation en règle des dogmes et de la morale des théophilanthropes1 2.
Hollande. — Société déiste internationale . — En Hollande, les théophilanthropes trouvèrent le terrain tout préparé. 11 s’était constitué dans ce pays, vers 179/1, une société déiste internationale, dont le but avoué était de réunir les efforts de tous les hommes éclairés pour faire disparaître la superstition de la face de la terre, la Société établie dans la république batave à dessein d'accélérer la vraie religion, de porter l’homme à la vertu et d'encourager les arts et les sciences. Dans un appel imprimé" et dans une circulaire explicative, la société avait nettement défini son but et ses moyens d’action. Le but c’était «d’arracher l’homme aux sophismes des ministres du fanatisme et des mains avides de ses oppresseurs ». Les moyens d’action: l’entente de toutes les âmes nobles et éclairées, de tous les « philosophes élevés au-dessus de la multitude », l’appui du peuple français, qui « doit délivrer le monde entier de ces anti-luminaires, de ces constellations ténébreuses qui obscurcissent le genre humain », et, sur les débris du culte superstitieux, b institution « du culte naturel, le seul qui doive être rendu à l’être suprême ». Ce culte naturel, cette vraie religion était naturellement le déisme.
Les membres de la société étaient rangés en quatre classes : i° les membres de mérite; 20 les membres instituteurs (ou fondateurs) ; 3° les membres actifs ; 4° les membi’es honoraires. On n’était admis dans la société
1. Disamina frfosofica de Dommi et delta morale religiosa de teofdan- Iropi scrilla dol sacerdote Gmnbattista Ferrero. . ., Torino, i8o5, in-8. Bit» nat., Ld,883(). L’exemplaire de la Bib. nat., porte sur la page de garde : « A. S. Excellence M. Champagni, ministre de l'intérieur, en humble hommage de l’auteur. »
2. Se trouve aux Arcli. nat., (AD XVIIIe 45g) ainsi qu’une circulaire de la même société adressée au citoyen Baudouin, imprimeur du Corps législatif, rédacteur du Journal des Savants.
PATS-BAS
comme membre honoraire qu’à la condilion de prouver qu’on avait « consacré une partie de son temps à la culture des arts ou des sciences, qu’on s’était adonné aux connaissances de la nature, qu’on avait chéri et défendu les droits des peuples... », comme membre actif, qu’après avoir envoyé au bureau « soit en latin, français, italien, anglais, allemand ou hollandais des ouvrages tendant au culte de l’Etre suprême, traitant des vertus... etc. » — Si on en croit la circulaire qu’un certain J. -J. Favauge adressa, le i3 mars 1797, au nom du comité de direction, au citoyen Baudouin imprimeur et rédacteur du Journal des Savants pour être insérée dans son journal, la société aurait déjà compté dans son sein « une quantité d’hommes d’un génie rare et reconnu». Marie-J. Chénier était son correspondant à Paris '. Sur la liste des adhérents figuraient plusieurs théophilanthropes de marque : Daubermesnil, Luminais, Sohry, les « associés au cidte des adorateurs1 2. »
La société avait deux maisons en Hollande, l’une à Grave, l’autre à Bois-le-Duc. Des assemblées déistes se tenaient aussi à Rotterdam et à Leyde.
Il 11’est donc pas étonnant que la théophilanthropie ait pénétré en Hollande et que Y Année religieuse fût réimprimée à Amsterdam chez Van Gulik. en 17983 4.
l)e Vos. — La même année, un ministre memnonite d’Amsterdam, de Vos, traduisait en hollandais la première partie de U Année religieuse'* et y ajoutait une dissertation de sa façon. De Vos, jugeant la théophilanthropie en protestant qu’il était, la louait d’avoir essayé de ramener les idées religieuses parmi le peuple, dégoûté de la religion par la corruption du clergé catholique. Il trouvait de belles choses dans leurs prières et leurs cantiques, mais regrettait qu’ils n’aient pas indiqué la source où ils avaient puisé,