‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 275 sur 519 · L’Echo du 20 nivôse an VI · texte numérisé non relu

L’Echo du 20 nivôse an VI

Angleterre 097

catholicisme qui retournerait peu à peu au christianisme primitif *.

Mais j’ignore si, dans quelqu’une de ces sociétés déistes, on essaya de pratiquer le culte imaginé par Chemin. En tout cas, de l’aveu même de leurs adversaires, la propagande déiste obtint en Angleterre le plus grand succès. Le clergé anglican s’alarma et l’évêque de Londres foudroya les impies dans un mandement. La police, les magistrats, le Landlord traquaient les réunions incrédules, qui étaient forcées de changer de local très souvent. Malgré les persécutions, les déistes persistaient dans leur propagande. « L’effet de leurs harangues, dit Reid, contre les ministres de la religion eut un effet malaisément imaginable. » Des hommes du peuple se proclamaient publiquement athées. Les pasteurs étaient poursuivis de quolibets et de railleries, comme les prêtres en France. Dès l’été de 1797, le parti ries incrédules était si bien organisé, « si formidable », qu'il pouvait se livrer à de grandes manifestations le dimanche près de City-Road. « A la fin, dit Reid, l’opposition des déistes et des athées en était venue à un point si extrême, qu’en 1798 les magistrats furent forcés de mettre obstacle à la prédication publique. »

Nouveau-Monde. — • L’influence de la théophilanlhropie se manifesta jusque dans le Nouveau-Monde. An commencement delà Révolution, plusieurs familles françaises, la plupart originaires de Paris, attirées par l’espoir de faire fortune, s’étaient établies dans l’Ohio et avaient fondé la ville de Gallipoli. Les événements de France eurent leur contre coup sur celte colonie lointaine. « On perdit toute idée de religion, dit le pieux catholique qui nous rapporte ces faits, les enfants 11e furent plus baptisés. Bien plus, le culte insensé de la Raison et les farces théophilanthropiques s’introduisirent chez ces hommes

I. John Evans, A Sketch of the dénominations of tlie Christian World accompanied witli a persuasive lo religions modération to which is prejixed an account ofAtheism, Dëism, Thèophilanlhropism, judaism. .. , tie édit , Londres, 1802, in 8, p. i5-2o(Bib. nàt., Invent. II. 1128g).

,‘i()8 LE LENDEMAIN DE FUI CTIDOR DANS IES DÉPARTEMENTS

aussi pou soigneux du salut de leur âme que négligents pour leurs affaires \ »

Grégoire nous apprend aussi qu’un « Français, qui avait porté en Amérique les écrits de la théophilanthropie, avait réuni à Philadelphie quelques adeptes pour aviser aux moyens d’établir un culte public2, » mais que la tentative n’eut aucun succès.

Ce que Grégoire ne dit pas, c’est qu’à son retour en Amérique Thomas Paine essaya de former à New- York une sorte de société th éopli il anthropique . 11 mourut avant d’avoir pu réaliser son projet, qui fut exécuté en partie après sa mort. Ses amis firent paraître un journal, le Théophilanthropist, et formèrent une société d’études religieuses3 4.

XIY

Le Directoire et la propagande tiiéopiiilantiiropique a l’étranger. — S’il fallait adopter les inductions de Grégoire, de même qu’il protégeait la secte à l’intérieur, le Directoire aurait essayé « de propager la lliéophilanthropie en pays étranger par l’entremise des agents diplomatiques'1' ». Mais la preuve qu’en donne Grégoire est assez faible. Dans le traité signé avec la cour de Naples en l’an Y, le ministre des relations extérieures, Ch. Delacroix, lit insérer un article IX, ainsi conçu : « Tout citoyen français et tous ceux qui composent la maison de l’ambassadeur ou ministre et celle des autres agents accrédités et reconnus de la République française jouiront dans les états de S. M. le roi des Deux-Siciles de la même liberté de culte que celle dont jouissent les individus des nations non catholiques les plus favorisées à cet égard. » La même clause figurait dans le traité que le Directoire né-

1. Mélanges de philosophie et d’histoire..., suite des Annales catholiques, t. IY, 1808, p. 3çi (Bib liai., Le2 889).

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