NOTRE DAME
jours de fêtes indiqués par la loi seront réglés par les susdits administrateurs. Ils adopteront, s’ils le jugent convenable, les cérémonies et chants des autres temples, par imitation, et non par juridiction. Ils n’admettent d’autres juridictions et relations que celles des autorités constituées, et consentent à ce, (pic le culte, qui sera professé dans le temple, s’intitule co/te primitif.
Signé : Naraigille, Sobry, Desforges et Haignier l'ainé. »
Le schisme des ihéophilanlhrppes de Saint Thomas d’Aquin mérite d’être signalé — non pas tant pour l’importance qu'il eut dans l’histoire de la secte — que pour sa signification. Il nous révèle, en effet, de quel esprit d’obéissance au pouvoir étaient animés lion nombre de ihéophilanlhropes, en même temps qu’il nous explique pourquoi il s’en trouvera parmi eux qui feront une prompte adhésion au culte décadaire. Ce qui leur importait avant tout, c’était de dresser contre le catholicisme un culte nouveau, de quelque nature que ce soit. Ils avaient salué dans la théophilanlhropie ce culte nouveau, qui ferait pièce au catholicisme; la théophilanlhropie devenue suspecte, ils se tournèrent vers le culte décadaire parce qu’il leur parut un instrument plus cllicace pour ruiner l’ennemi.
Nouveaux temples. — La crise politique de germinal passée, les théophilanthropes installèrent leur culte dans les trois églises où il n’existait pas encore: Notre-Dame, Saint-Jacques du liant Pas, Saint-Médard.
Notre-Dame. — Depuis longtemps déjà, ils avaient sollicité et obtenu l'autorisation de partager Notre-Dame avec les catholiques, mais ils voulurent avant de s’en servir tout préparer pour le succès. Un échec subi à Notre- Dame aurait été beaucoup plus retentissant que dans toute autre église et leur aurait fait plus de tort. Ils consacrèrent donc sept cents francs, somme importante pour leur budget, à l’aménagement du chœur de la cathédrale
/| l O Ct ETE UÉGAD.V1UE ET TIIÉOPIIIEAXTIIROPIE
qui fut répare et séparé par une clôture du reste de la nef. Le jour de l’inauguration (10 floréal an VI), « un autel simple, mais provisoire était élevé sur un tertre couvert de gazon parsemé de fleurs, une décoration de verdure artistement placée formait un accord agréable avec l’autel el le pavé du chœur, entouré ou couvert de gazon1 ». Des places particulières étaient réservées aux enfants et aux vieillards. Le lecteur qui présidait donna connaissance des lois sur l’exercice des cultes et de l’arrêté qui avait mis les théophilanthropes en possession de Notre-Dame, puis il invita tous les citoyens présents à (( respecter les monuments des arts et tout ce qui était l’objet d'un culte étranger au leur ». Cette périphrase désignait les statues des saints, les tableaux pieux et tout le matériel du culte catholique. Le sermon roula sur la tolérance. A la fin de la cérémonie, le lecteur procéda à un baptême, autrement dit à la « présentation d’un enfant », et, prenant texte de ce que le nouveau-né était nourri par sa mère, il « démontra combien il importait aux mères de ne pas confier leurs enfants à des mains mercenaires ». L'Ami des Théophilanthropes rapporte que « les spectateurs furent émus jusqu’aux larmes par l’accent avec lequel le lecteur développa ces sentiments, base du bonheur des familles ». À l’en croire, l'assistance était très nombreuse2, « tant dans le chœur qu’aux galeries », et très recueillie. Au moment où le lecteur récita , l’Invocation pour la patrie, tout le monde se serait levé dans le plus profond silence.
A lire le compte rendu de cette fête modeste, on songe involontairement à la grande scène qui eut lieu dans la
1. L'Ami des Ihéophilanthropes, n° XII, 20 lloréal an VI. Les détails qui suivent sont empruntés au même journal.
2. La chose est très vraisemblable. Le rapport du Bureau central note en effet que, lors de la seconde séance (20 lloréal an VI), « l’affluence a été considérable au temple de la Cité ». Le rapport ajoute que ce jour-là on dut « réprimer 1 indécence de quelques jeunes gens qui se permettaient des rires injurieux et des sorties ironiques », ce qui montre qu’il y avait beaucoup de curieux parmi les spectateurs.