SAINT-JACQUES DU IIAUT-PAS. - SAINT-MÉDARD 4 I I
même cathédrale, le 20 brumaire an 11, quand le département, la commune, la Convention en corps, tout ce que la France patriote comptait de plus illustre, était venu en grande pompe déclarer la guerre au catholicisme sur ses propres autels et proclamer l’avènement de la Raison. Aujourd’hui les autorités sont absentes, le Directoire, les Conseils, l’administration centrale restent indifférents, du moins en apparence, et c’est une poignée d’honnêtes bourgeois qui viennent, devant un auditoire de curieux, essayer de rivaliser avec les religions positives et jouer aux cultes avec des sermons bien sages et des chants bien moraux, du gazon et des fleurs!
Saint-Jacques du Haut-Pas. Saint-Médard. — Dans le compte rendu déjà cité, le commissaire central Dupin, après avoir critiqué la conduite politique des lliéophilan thropes, conseillait néanmoins au Directoire de ne pas leur retirer la protection qu’il leur avait accordée jusquelà. « Il faut surveiller les individus, disait il, mais protéger la morale. Je désirerais qu’il y eût des théophilanthropes dans toutes les églises de Paris. Il n’en est plus que deux où ils ne soient pas établis, faute de fonds, et ces deux églises sont le rendez-vous de tous les prêtres intolérants. Trois cents francs que le ministre prendrait sur scs fonds secrets suffiraient pour les dépenses du premier établissement ». Le conseil lut suivi et le Directoire consentit à faire les frais de l'inauguration du culte théophilanthropique à Saint-Jacques du Haut-Pas et à Saint- Médard.
Dupin n'était ici que le porte-parole de Chapuis, l'exlecteur théophilanthrope, devenu commissaire du Directoire près l’administration municipale du douzième arrondissement.
Dès le 12 prairial an VI, Chapuis avait exposé au ministre la nécessité de l'opération dans une lettre, dont certains détails ne manquent pas de piquant :
« Depuis la fermeture des églises autres (pie les quinze réservées, il se rend à celle Jacques du Haut-Pas, rue du fau-
\ I 2 GUI, TE DÉGA1U1B15 ET THÉOPUIEANTHUOPIE
bourg Jacques, une. si grande affluence de monde qu’un grand nombre est forcé de se tenir au dehors, dans la rue, cl que plusieurs personnes du sexe surtout, si* trouvent mal, étant étouffées de chaleur. On croirait que c’est la fermeture des églises supprimées qui est cause de ce désordre ; point du tout. On pourrait croire encore (pic ce quartier de Paris est plus catholique que tout autre. Ce n’est pas cela encore. Voici la véritable et la seule raison de cette affluence dans cette église. Les ihéophilanlhropes exercent leur culte dans toutes les églises réservées à cet usage, celles de Jacques du Haut-Pas et de Médard exceptées ; les sectateurs du culte catholique, intolérants par principes, par manie et par caractère, accourent de toute part dans ces deux temples, où ils ne croient pas se souiller connue dans ceux où le culte théophilanlhropique s’exerce. Les prêtres, qui étaient attachés à des églises supprimées et fixés dans les quartiers les plus éloignés de celui du faubourg Jacques, ont adoplé cette église et y amènent leur troupeau. Une preuve certaine que le non-exercice du culte théophilanlhropique dans les églises de Jacques du Haut-Pas et de Médard est la seule cause de l’affluence dont je parle, c’est que les autres églises où ce culte s’exerce sonl comme désertes.
Il y a deux moyens de parer à ce désordre naissant qui peut avoir des suites li es graves :
i° Obliger les prêtres à n’exercer leur culte que dans le quartier qu’ils habitent ;
2° Introduire le culte théophi lanthropique dans ces deux églises. Je trouverais facilement le moyen de faire cette heureuse inoculation, mais il y a quelques frais à faire pour l’inauguration de ce culte, et les théophilanthropes sont riches ch1 zèle, mais non en moyens pécuniaires. Le culte même est près de sa chute, faute d’argent. Je prie le ministre de la police générale de prendre en grande considération cette partie du présent rapport... Signé : Chapuis1. »
Des deux moyens proposés par Chapuis, le ministre ne retint que le second, le premier ayant été jugé contraire à la loi du 7 vendémiaire an IV2. Avec les deux cents francs qui leur furent versés, les théophilanthropes inaugurèrent leur culte à Saint-Jacques du Haut-Pas, le 20 fructidor an VI. Les catholiques qui fréquentaient I église abandon-