Arch. nat., F
2. C’est ce qui est dit clans la minute d’un rapport au ministre sur le projet de Chapuis (même dossier).
SAINT- JACQUES DU HAUT PAS. - SAlftT Al KD A RD 4 1 *>
nèrent leur autel plutôt que de le partager et émigrèrent dans une autre partie de l’édifice1.
L’occupation de Saint-Médard suivit et ne coûta pas plus cher2.
Le 3o brumaire an VII, une colonie de théophilantliropes s’établit dans celte église, appelée désormais temple du Travail3.
1. D’après La Clef du cabinet du 2 <3 fructidor an \ I (Aulard, Esprit public), V, p. 76.
2. Chapuis récrivit au ministre, le i4 fructidor an \ I : « Citoyen ministre. 1) après la demande que je vous ai faite par ma lettre du 24 messidor dernier d’une somme de quatre cents francs pour l’établissement du culte théophilanthropique dans les églises Jacques du llaut-l’as et Médard, vousavez eu la bonté d’accorder provisoirement, par votre lettre du 2 thermidor dernier, la moitié de cette somme. Je n’ai pas cru devoir aller recevoir cette somme à la comptabilité de votre ministère avant que l’administration centrale eut autorisé l'exercice de ce culte dans le temple de Jacques du llaut-l’as. Cette autorisation est obtenue. La théophilanthropie sera prêchée dans le dit temple décadi prochain, mais le but politique et moral que je me suis proposé dans cette opération serait manqué, si le temple Médard n’était aussi théophilanlhropisé. Ce serait le seul des quinze édifices réservés pour les cultes où la théophilanthropie ne serait pas établie et à coup sur il deviendrait le rendez-vous de tous les fanatiques, intolérants, royalistes et contre-révolutionnaires, qui surabondaient à Jacques du llaut-l’as. Celte dernière opération faite, les catholiques ne qualifieront plus ces deux édifices d 'églises vierges.
Ils seront forcés è la tolérance. Leur influence sera modifiée et le royalisme comprimé. Car j’ai acquis la certitude que le catholicisme est plus que cousin germain du royalisme. Je vous prie donc, citoyen ministre, d’accorder le surplus de ma demande qui était de quatre cents francs.
Le culte théophilanthropique n’occasionne des dépenses que dans son établissement, les premiers frais faits, l’entretien ne coûte plus rien, et la demande que je vous ai faite de quatre cents francs pour ces deux objets est d’autant plus modérée que malgré la plus rigoureuse économie, elle 11c sera pas suffisante; mais j'ai vu la pénurie de nos linances, j’ai vu le zèle de nos bons théophilanthropes et j’ai dit : l’amour du bien public fora le reste. Je suis très convaincu, citoyen ministre, que cette dépense sera très utile, très profitable à la chose publique, et ce n’est que d’après cette intime conviction que je vous fait de semblables sollicitations. Salut et Respect. Chapuis ». Le ministre répondit, le a5 fructidor an \ I : « D’après les observations que vous me soumettez, citoyen’, sur les avantages que présente l’établissement du culte théophilanthropiqüc dans l’église Médard ainsi qu’il l’a été dans celle de Jacques du Ilaut-Las et qu’une somme de deux cents livres est nécessaire à cet effet, vous pouvez vous présenter à la comptabilité de mon ministère pour recevoir cette somme. S. et F. » Àrch. nat. , F" 74 19.
il. D’après la Correspondance des représentants du peuple du ier frimaire (dans Aulard, Esprit publie, V, p. 2 1 5).
\l\ Cl LTE DECADAIRE ET TllÉOl'im.ANTlIROPIË
Ce lui la dernière conquête delà théopbilanlbropie parisienne. Désormais le culte décadaire, qui s’organise, va lui l'aire une concurrence redoutable, arrêter ses progrès et provoquer à bref délai sa décadence.
Le Directoire et i.e culte décadaire. — En rompant avec les jacobins, le Directoire n’avait pas renoncé au programme religieux formulé par La Révellière avant le 18 fructidor, bien au contraire ! Au moment même où il préparait le coup d’Etat de floréal, il reprenait de plus belle la lutte contre le catholicisme et, plus que jamais, s’efforçait de remettre en vigueur ces « institutions républicaines », qui devaient régénérer la France, en purifiant les consciences des souillures de la superstition.
La Révellière et ses amis, nous l’avons vu, distinguaient soigneusement entre le culte, affaire privée, et les institutions, affaire publique, et, à l’aide de cette distinction subtile, ils espéraient faire place à la théophilanthropie dans le système politico-religieux qu’ils rêvaient d’établir. Mais la distinction, plus spécieuse que réelle, ne fut pas comprise ou ne fut pas acceptée par les autres directeurs. Car où commençaient les institutions et où finissait le culte? El quel besoin aurait-on d’un culte, après que la République serait pourvue de cérémonies civiques et de fêtes nationales, régulièrement célébrées, uniformément organisées? Déjà, dans la discussion qui avait eu lieu aux Cinq-Cents, en frimaire an YI, sur le projet de Duhot, on s’était assez peu soucié de distinguer le culte (la théophilantbropie) et les institutions (les fêtes décadaires). Mais le projet de Duhot n’avait pas abouti, probablement parce que l’urgence n’en apparaissait pas encore très clairement.
Merlin et le culte décadaire. — Merlin, qui voyait des jacobins partout, n’était guère favorable à la théopliilantbropie et ne se souciait pas de la ménager. Il fut
MF.IU.1N ET LË CILTE DECADAIRE
vraisemblablement l’instigateur principal du culte décadaire et il faut avouer que les raisons ne lui manquèrent pas pour démontrer à ses collègues la nécessité de remplacer la théophilanthropie par une autre religion philosophique. Il lui sullisait de rappeler les soucis que les théophilanthropes avaient donnés au gouvernement en germinal, de montrer qu’ils étaient incapables à eux seuls de triompher du catholicisme, d’invoquer l’exemple des administrations locales, qui dans plus d’un endroit avaient rétabli de leur propre initiative les fêtes décadaires après le 18 fructidor1; il pouvait enfin présenter le rétablissement intégral du culte décadaire sur le pied où II était célébré en l’an 11, comme le vœu général de l’opinion républicaine. Les théophilanlhropes eux-mêmes n’avaientil pas demandé à plusieurs reprises la nationalisation de leur culte, Gulfroy2 après Siauve? Le Directoire, depuis plusieurs mois, n’avait il pas été sollicité maintes fois en ce sens et de divers côtés? Les Conseils n’avaient-ils pas voté les deux premiers articles du projet de Duliot sur les institutions républicaines?
Que tel dût être le langage tenu par Merlin, nous avons pour le soutenir des présomptions assez fortes. Il est remarquable que La Revellière reste muet dans ses Mémoires sur l’institution du culte décadaire, alors qu’il revendique hautement la part qu’il a prise dans la propagation de la théophilanthropie. Ce silence ne signifie-t-il pas que La Révellière entendait ne pas revendiquer la paternité de la nouvelle création, mais qu’il ne voulait pas paraître esquiver les responsabilités qu’il avait encourues en ne s’y opposant pas ou même en s’y montrant favorable ? Remarquons encore que Barras, dans ses Mémoires, attribue à Merlin un rôle prépondérant dans la crise de l’an A I. Sans doute, Barras ne parle pas spécia-
i . Sur cette renaissance spontanée du culte décadaire, voir plus loin.
a. Dans 1 ’A mi des théophilantkropes du io messidor an VI, Guilroy publia une lettre d’un abonné sur la nécessité de transformer la théophilanthropie en religion officielle.
/| T G CU1.TE DÉCADAIRE ÈT TllÉOl'l 11 EANTHROPIÉ
lemenl du culte décadaire, mais il dit nettement que Merlin avait gagné à ses idées La Révellière et Reubell et qu'il était devenu après germinal le véritable cbcl' du gouvernement.
D’ailleurs, nous avons sur Merlin le témoignage de Merlin lui-même. Le 2/1 fructidor an Y, Merlin, tout nouvellement nommé au Directoire, recevait une longue lettre d’un de ses compatriotes d’Arras, un ancien notaire du nom de Gamant qui, après l’avoir félicité de sa nouvelle élévation, lui exposait la nécessité de compléter la Révolution du 18 fructidor, en dotant la République d’un culte républicain officiel1 :
« Nos fêtes nationales, dit-il, ont par leur institution un double but : i° de rappeler au peuple les époques mémorables de notre Révolution ; 20 d’attacher plus fortement ce rime peuple au nouvel ordre de choses, en formant et échauffant l’esprit public... Ce qui est indispensable pour cela c'est une loi qui ordonne, sous telle peine qu'il appartiendra, ([ue chaque jour de fête nationale toutes les hou tiques seront fermées depuis liait ou neuf heures du matin jusqu'au lendemain, que les personnes, employées dans les manufactures, ateliers, bâtiments et autres endroits de travail, seront tenues de suspendre leurs travaux pendant le même temps, rendant responsables les chefs ou entrepreneurs des dites manufactures des contraventions, lesquels seront condamnés en leurs propres et privés noms aux peines encourues1. . . Les prêtres ont bien senti dans tous les temps l’importance de la mesure que je propose. Ils savaient bien que la cessation de tous travaux, des jours déterminés, était le seul moyen de rendre leurs cérémonies plus populeuses. Le désœuvrement et l’habitude conduisaient plus de monde dans leurs temples que le véritable esprit de la religion, mais ils savaient en même temps que l’esprit public (sa dépravation) (sic), qui devait faire toute leur force, y gagnait. Pourquoi les prêtres de la
1 . La lettre de Gamant est aux Archives nationales, F17 1297. 2. Souligné dans le texte par Merlin.
Merlin et le celte décadaire
Liberté n’emploieraient-ils pas, pour faire le bien, les mêmes moyens qu’ont employés les prêtres de la superstition et du fanatisme, pour faire le mal P Quel républicain peut contenir son indignation, lorsqu’il voit, le jour d’une fête nationale, les habitants de celte grande commune (Arras) occupés de toutes autres choses que de celle qui devrait les réunir tous ; elle est à son comble quand, jetant un regard sur le passé, il compare avec nos fêtes républicaines celles d’un despote que célébraient vingt-cinq millions de Français1... »
Cette lettre formulait, un an à l’avance, une partie du programme que remplira le culte décadaire. Merlin ne se bornait pas à en souligner les passages qui lui paraissaient particulièrement dignes d’attention, il chargeait le ministère de l’intérieur de répondre à son ami
i. La lettre de Gamant n’est pas la seule qui parvint au Directoire dans le même ordre d’idées : par exemple, le 1 1 frimaire an VI, le citoyen N. Mallat « substitut du commissaire du Directoire » à Conl'olens, adressait au ministre de l'intérieur des réflexions sur les fêtes décadaires, très analogues à celles présentées par Gamant. Après avoir rappelé que sous la Convention « dans toute la France on était déjà très familier avec ces institutions et que les cultivateurs, même les plus rustres, se rendaient alors exactement aux fêtes décadaires, que les administrations d’alors avaient soin de faire observer, même dans les plus petits bamcaux », Mallat conseillait de fixer les jours de marchés obligatoirement d’après le nouveau calendrier, de forcer les notaires et tous les fonctionnaires publics à s’y conformer dans leurs actes, de fermer les églises les dccadis et d’interdire ce jour là l’usage dos cloches... » La lettre de Mallat fut transmise au Comité d'instruction publique des Cinq-Cents (Arch. nat., F1 C1 80).
Le citoyen Le Vavasseur, professeur de langues anciennes à l’Ecole centrale de l’Aisne, avait fait valoir des considérations analogues dans une lettre au ministre de l’intérieur, datée de Soissons le 17 vendémiaire an VI. Il proposait: « i° de proscrire tout almanach, tout journal qui, en rapprochant l’ancien style du nouveau, rappellerait les anciens noms de la semaine, et de défendre d’en faire mention dans aucune annonce do spectacles, ventes, locations, etc. ;
« a11 l)c fixer dans toute la République sur le nouveau calendrier les jours de foires et marchés, les jours d’audience des juges de paix et tribunaux, les jours d’assemblées communales, enfin les jours de repos des fonctionnaires et employés de toute espèce ;
«3° Pour obvier à l’inconvénient de placer à de trop longues distances les jours de repos, de provoquer la fixation de toutes les fêles politiques, établies en mémoire des principales époques de la Révolution aux jours do quintidis ; tandis que les décadis seraient consacrés à des fêtes religieuses tendant à rappeler le peuple à ces principes de morale universelle qui dérivent de la loi naturelle ». Le ministre félicita Le \ avasseur de son zèle (Arcli nat., F1’ 1:197).
M Al H1EZ
/|l8 CULTE DÉCADAIRE ET TIIÉÔPIlILÀNTltROPjtÊ
Gamant, el voici ce qu’on lit dans celle réponse, inspirée certainement par Merlin :
« Jusqu’à présent, il n’a pas été possible de rendre obligatoires pour les citoyens les fêtes nationales. La résistance cependant vient moins, comme vous le dites fort bien, du peuple que des ministres d’un culte longtemps exclusif et qui cherche par tous les moyens possibles à le conserver tel, mais le temps et l’instruction, la constante sollicitude du gouvernement et les efforts réunis des bons citoyens peuvent seuls détruire les anciens préjugés et ramener le peuple à des sentiments conformes à l’esprit de la Constitution qui établit les fêtes nationales. Au reste, je ne perdrai pas de vue vos réflexions. Elles pourront entrer dans un travail nouveau, que je me propose de présenter au gouvernement, pour lui proposer enfin les mesures capables de faire célébrer les fêtes républicaines plus dignement et plus généralement qu’elles ne l’ont été jusqu’à ce jour dans la plus grande partie de la F rance . 1 »
Ce point paraît donc établi. Dès le lendemain du coup d’Etat de fructidor, Merlin faisait travailler le ministre de l’intérieur à un projet destiné à remettre en honneur les fêtes républicaines et notamment à faire observer le repos du décadi dans toute la France. Par suite, c’est à bon droit qu’on peut le considérer comme l’instigateur principal du nouveau culte.
L’arrêté du i4 germinal an VI. — La marque de Merlin se retrouve dans l’arrêté que prit le Directoire, au moment même de la période électorale, le i4 germinal an VI, pour la stricte exécution du calendrier républicain. La minute de l’arrêté, signée de Merlin, Reubell et La Révellière, est tout entière écrite de la main de Merlin 2. Elle est suivie « d’observations », qui paraissent son œuvre et dans lesquelles l’objet de l’arrêté est ainsi précisé :
« Tout ce qu’il y a à faire est de rendre le calendrier ré-