‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 29 sur 519 · LES PANT1IKONISTES ET LA RELIGION NATURELLE · texte numérisé non relu

LES PANT1IKONISTES ET LA RELIGION NATURELLE

religion naturelle toute sèche ; le nouveau culle, capable de sauver la République, doit être un culte social.

« La religion naturelle ne faisait que défendre le mal envers nos semblables; la religion sociale (ou morale) alla plus loin ; elle prescrivit le bien ; elle est la base de celte égalité sociale, qui est le but de la Révolution, le perfectionnement des sociétés politiques. » En dernière analyse, la religion, rêvée par les Egaux, était une religion de la solidarité. Si leur conspiration avait abouti, ils auraient réalisé leur programme religieux en même temps que leur programme économique.

Buonarotti nous dit de quelle manière ils eussent procédé à l'application : « Toutes ces institutions (projetées par les Egaux et le comité insurrecteur) et les mœurs républicaines, qu’elles devaient créer et conserver, eussent trouvé un dernier et important appui dans les idées religieuses, dont ces lois et l’éducation allaient jeter les semences dans tous les esprits. La République française, ne reconnaissant aucune révélation, n’eût adopté aucun culte particulier, mais elle eût fait de l’égalité le seul dogme agréable à la divinité, dont les bienfaits eussent été proclamés par des solennités populaires, et elle eût fortement gravé dans le cœur des bons citoyens l’espérance d’une heureuse immortalité1... » 11 est donc très probable que si les Égaux avaient pris le pouvoir, on aurait eu une seconde édition du culte de l’Etre suprême; celle-ci n’aurait pas eu contre elle, comme la première, l’opposition des « philosophes2 ». Dans le comité insurrecteur figurait Sylvain Maréchal, l’athée le plus constant et le plus résolu île la Révolution; il n’y était probable-

i. « On pensait au comité, dit-il encore, que les dogmes de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme sont les seuls dont la société régénérée soit véritablement intéressée à maintenir la croyance, parce que, disait-on, il lui importe que les citoyens reconnaisse!! un juge infaillible dans leurs pensées et dans leurs actions secrètes, que les lois ne peuvent atteindre, et qu’ils tiennent pour certain qu'un bonheur éternel sera la suite nécessaire de leur dévouement à l’humanité et à la patrie... »; voir p. a54.

a. « Les Hébertistes et les Hobespierristes s’étaient ralliés sous les mêmes drapeaux »; voir p. 278.

LES PRÉLUDES DE LA. TIlÉOI’IllI. ANTHROPIE

mcnl. pas seul. Sylvain Maréchal s’élail rallié au déisme du projet des Egaux, comme il se ralliera plus tard à la théophilanlliropie, pour des considérations pratiques, afin de réaliser, dans le nouveau culte, l’union de tous les ennemis du catholicisme.

Le projet des Egaux et la théopiiilanthropie. — Par ses tendances jacobines et socialistes, le culte préconisé par les Egaux diffère sans doute profondément de la théophilanlliropie ; mais il lui ressemble par le côté métaphysique et moral.

L’un et l’autre sont, en effet, fondés sur la religion et sur la morale naturelles. L’un et l’autre aussi, mais par des moyens différents, se proposent pour objet commun de consolider la République.

Daurermesml et le eu. te des Adorateurs. — Au moment même où les Jacobins s’efforçaient de se constituer en secte religieuse, un de leurs adversaires, républicain modéré, le député Daubermesnil jetait à son tour les bases d’un nouveau culte.

Ame rêveuse. et douce, « caractère romantique et enthousiaste», dit Grégoire.1, la Révolution, qu’il aimait passionnément, l’avait effrayé par ses violences. Pendant le procès du roi. prétextant une maladie, il ne prit pas part au vote. Après le 3i mai, il donna sa démission et traversa la Terreur caché en province. Rappelé à la Convention, le 2/1 thermidor an III, par un décret spécial, il fut réélu au Conseil des Cinq-Cents.

Les progrès des royalistes et des catholiques, l’affaiblissement de la foi révolutionnaire, lui parurent mettre en péril les conquêtes de la Révolution, et son cœur un peu naïf, tout plein encore de l’enthousiasme de 89, fut profondément alarmé. Il mit dès lors toute son activité à

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