‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 308 sur 519 · PARIS. - LE CULTE DECADAIRE · texte numérisé non relu

PARIS. - LE CULTE DECADAIRE

mises à la disposition des douze administrations municipales pour la durée des cérémonies civiques '. En prévision d’objections possibles contre cette prise de possession des églises, l’arrêté était précédé d’un long préambule juridique et politique dont voici le passage essentiel :

« Considérant que les cultes, quels qu’ils soient, doivent être ranges dans la classe des opinions particulières, indifférentes et nulles pour quiconque ne les adopte pas ; — que la République ne reconnaît ni ne salarie aucun de ces cultes, niais qu’elle ordonne de célébrer les décadis et fêtes nationales, enfin qu’on doit conclure de l’article GCCLI\ de 1 acte constitutionnel ainsi conçu : « Nul ne peut être empêché d’exercer, en se conformant aux lois, le culte qu’il a choisi », que ceux qui prétendraient se servir exclusivement pour leur culte des édifices dont il s’agit, perdraient à cela même la faculté d’en jouir, puisqu’ils auraient contrevenu aux lois qui instituent les décadis et fêtes nationales et qui veulent que ces jours soient célébrés dans les locaux destinés à la réunion des citoyens, lesquels ne peuvent être autres que les édifices désignés par la loi du 1 1 prairial an III... », etc.

Dans chaque église désignée, l’exercice des différents cultes devait être terminé le décadi à huit heures et demie précises, pour ne reprendre qu’après la fin de la cérémonie civique, à condition toutefois de ne pas dépasser six heures du soir en hiver et huit heures en été1 2. Il était enjoint aux sectateurs des différents cultes de faire enlever avant la fêle décadaire tous les signes quelconques de leur religion ou de les voiler quand ils ne pourraient être transportés, car « la loi devait seule être connue et entendue. » dans les temples républicains. Pour la même

1. Saint-Philippe du Roule (Ier arr.), Saint-Roch (11°), Saint- Eustache (Il R), Saint Germain l’Auxerrois (IVe), Saint-Laurent (Ve), Saint-Nicolas des Champs (VIe), Saint-Merry (VIIe), Sainte-Marguerite (VIII ), Notre-Dame (IXe), Saint-Thomas d’Aquin (Xe), Saint- Sulpice (XIe), Saint-Étienne du Mont (XIIe).

2. Les Annales de la religion, (t. VII, n° n) faisaient remarquer assez justement que celte disposition « aurait pour effet d’empêcher dans les communes où les temples serviraient à la célébration des fêles décadaires, l’exercice du culte catholique dans la plus grande partit; de la journée, surtout quand le décadi coïnciderait avec un dimanche. »

raison, il ôtai I interdit aux prêtres «de paraître dans les dits édifices pendant la célébration du décadi, avec les habits, ornements ou costumes alTectés à des cérémonies religieuses ou à un ministre des cultes. » L’arrêté prescrivait enfin l'affichage dans chaque temple d’un tableau de la Déclaration des droits et devoirs de l’homme et du Citoyen.

Nouveaux noms donnés aux églises parisiennes. — Le 22 vendémiaire an VII, l’administration centrale donnait de nouveaux noms aux églises 1 : Saint-Philippe du Roule serait consacré à la Concorde, parce que l’arrondissement où il était situé « renfermait les promenades des Tuileries et des Clmnlps-Elysées et tous ces jardins où depuis deux ans les citoyens se réunissent pour y jouir des fêtes qu'on y donne. Ces réunions supposaient nécessairement la Concorde » ; — Saint-Roch serait consacré au Génie, parce qu’il renfermait les cendres du grand Corneille, « le créateur du théâtre français», et de Deshoulières, « la plus célèbre des femmes qui ait cultivé la poésie française », — Saint-Eustache à l’ Agriculture, à cause de sa proximité de la halle aux grains — Saint-Germain l’Auxerrois à la Reconnaissance, « à cause de sa situation auprès du Palais national dédié aux sciences et aux arts, qui ont retiré le peuple de la barbarie et qui méritent par suite son éternelle reconnaissance» — Saint-Laurent à la Vieillesse, parce qu’il faisait vis-à-vis à l’hospice des vieillards ; — Saint-Nicolas des Champs à V Hymen, parce que le sixième arrondissement où il se trouvait était le plus peuplé et qu’il avait fourni beaucoup de défenseurs de la Patrie; — Saint-Merri au Commerce, parce qu’il était situé en face du tribunal de Commerce et dans un des quartiers les plus marchands de Paris ; — Sainte- Marguerite à la Liberté et à Y Egalité, parce qu’elle devait

i. L’arrêté est reproduit dans Àulard, t. V, p. ioo. — Grégoire dit à tort que le changement de noms des églises fut l’œuvre du Directoire : « Par ordre du Directoire exécutif au frontispice des diverses églises de Paris furcnL inscrites les nouvelles dédicaces ainsi qu'il suit... » (Histoire des Sectes, I, p. l5 9.)

Nouveaux noms des églises parisiennes 465

servir de temple aux habitants du faubourg Antoine, aux vainqueurs delà Bastille; — Sain t-Gervais à la Jeunesse, parce que son portail, œuvre de Debrosses, date de la Renaissance, époque où l’architecture a rajeuni ; — Notre- Dame à T Etre suprême, parce qu’ «on a pensé que, pour imposer silence aux ennemis de la chose publique, qui affectent d’accuser d’athéisme et d’irréligion les autorités constituées, on devait consacrer l’édifice le plus vaste, le plus majestueux et le plus central du canton de Paris à l’Etre suprême »; — Saint-Thomas d’Aquin à la Paix, parce que Saint-Thomas d’Aquin est proche de Saint- Sulpice qu’on a dédié à la Victoire comme faisant partie de la division du Luxembourg où siège le Directoire, (la Paix ne doit-elle pas accompagner la Victoire?) — Saint- Jacques du Haut-Pas à la Bienfaisance, parce qu’il y a beaucoup d’hospices dans le quartier ; — Saint-Médard au Travail, parce que la plupart de ses paroissiens sont journaliers ; — Saint-Etienne du Mont enfin à la Piété filiale, à cause du voisinage du Panthéon, où la République, en fille reconnaissante, honore les grands hommes !

Deux jours plus tard, le u4 vendémiaire, « considérant que le respect pour les grands hommes est une des vertus d’un peuple libre et éclairé, et que les honneurs qu’on leur rend après leur mort sont le plus sur moyen d’exciter et d’entretenir une noble émulation1», l’administration centrale ordonnait de placer dans les temples de la Reconnaissance et du Génie des inscriptions rappelant que dans le premier Malherbe, dans le second Corneille et Deshoulières y étaient inhumés. Les cendres de Molière devaient être transférées à l’Ecole centrale du Panthéon, celles de La Fontaine à l’École centrale des Qualre-Nations, celles de Santeuil à l’École centrale de la rue Antoine. Quelques mois plus tard, le Directoire arrêta, sur le rapport de François de Neufchâteau, que les corps de Turenne, de Molière et de La Fontaine, seraient transportés au jardin des monuments français et placés dans un

i. \ uir l’arrêté dans Aulard, t. N , p. i/i<j-i5o M vrilliez.

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cénotaphe provisoire, en attendant leur entrée au Panthéon que ne manquerait pas de décréter le Corps législatif1.

Autres mesures. — Dans son zèle pour les institutions républicaines, l’administration centrale interdit à tous les instituteurs, même privés, d’exposer les signes d’un culte quelconque dans les locaux destinés à l’instruction de leurs élèves, en même temps qu’il entreprenait la confection d’un recueil de chants patriotiques, qui durent être appris aux élèves de toutes les écoles, même particulières2.

Elle lit proclamer avec grand appareil dans les rues et places publiques la loi du 17 thermidor sur le repos décadaire 3 et elle tint la main à ce que les contrevenants fussent poursuivis devant les tribunaux4.

Sépultures privées autorisées. — Le 28 frimaire, elle autorisa les particuliers à faire enterrer leurs parents dans des terrains leur appartenant, par un arrêté dont voici les considérants 5 :

« Considérant que les sépultures particulières sont de droit naturel, qu’elles sont en usage depuis une longue suite de siècles et qu’elles ne peuvent cesser de l’être chez un peuple sensible et régénéré par la liberté;

« Considérant que les dites sépultures contribuent puissamment à attacher l’homme à ses semblables, à ôter à la destruction ce qu’elle paraît offrir de hideux, et à entretenir dans les cœurs toutes les affections douces et vertueuses ;

1. L’arrêté du Directoire et le rapport préliminaire de François de Neufchâteau ont été publiés par Autard, V, p. !\~\ .

2. Journal du soir, des frères Cliaigneau, du 7 brumaire an VU; dans Autard, V, p. 186.

3. D’après La Clef du cabinet du 2 fructidor an VI dans Autard, V, p. 45.

4. Le seul décadi, 3o thermidor, les commaissaires de police dressèrent 66 contraventions (rapport du Bureau central du 21 au 3o thermidor an VI; dans Aulard, V, p. 46)

5. L’arrêté a été publié en entier dans les Annales de la religion, t. VIII, p. 22. Le Journal du soir, des frères Cliaigneau, dans son numéro du 18 nivôse, n’en donne qu’une analyse incomplète que M. Aulard a reproduite (V, p. 264). Déjà, le 22 lloréal an V, l'administration centrale de la Seine a\ ai l autorisé en principe les sépultures particulières, mais sans les réglementer. La Décade lit l’éloge de la mesure dans son numéro du 3o ni\ôse an \ II.

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