PARIS - ENQUÊTE SUR UE CULTE DÉCADAIRE
la création de ces agents ne nécessite pas des crédits nouveaux, comme ce serait le cas pour les chorèges qui organiseraient les cérémonies à leurs frais. Les chorèges sont indispensables, mais il faudrait aussi aménager les églises à leur nouvelle destination, « y former des espèces d’amphithéâtres, d’où l'on pût tout voir, tout entendre » . Une enquête sur l’état du culte décadaire à Paris fut ordonnée. Six employés dévoués de la 5"10 division se rendirent chacun dans un temple, le décadi 3o brumaire, et notèrent leurs impressions qui furent fondues dans un rapport général, qui proposait différents remèdes aux abus constatés *.
Rapport sur l’état du culte décadaire. — Le rapport reconnaît que le principal obstacle à vaincre, c’est l’indifférence de l’opinion. « Il ne faut pas se dissimuler ici qu’une grande partie des citoyens, ayant souffert des maux inévitables d’une grande Révolution, fatiguée soit des excès passés, soit de la suite des sacriüces nécessaires que leur imposent la guerre et la pénurie des finances, ne met point dans la balance tous les avantages de la Constitution libre, sous laquelle nous avons le bonheur de vivre, n’élève point sa pensée vers un avenir améliorateur et ne prend aucune part aux fêles décadaires. » — Comment secouer celte indifférence, cette apathie du public? Par une « instruction politique et morale », qui ferait sentir les bienfaits de la Révolution, démontrerait surtout cette vérité « que tous les maux ont leur racine dans l’ancien ordre des choses et sont dus aux ennemis de la Révolution, tandis que les biens viennent d’elle seule ». — Par la propagande habile des philosophes et des auteurs dramatiques? Mais l’auteur du rapport ne se fait pas trop d’illusions sur l’efficacité de ces moyens. — 11 conseille de donner plus de pompe aux cérémonies, de parler aux sens, à l’imagination du peuple, « il faudrait s’adresser à ses yeux pour parvenir à son cœur, et avant
i. Voir ce rapport, daté du i5 frimaire an VII, dans Aulard, V, p. 237.
Cl LTE DÉCADAIRE ET TllÉOPlIlEANTHROPlE
de le conduire par le sentiment, il faut l’attirer par la curiosité ». Et cela même ne lui semble pas devoir donner de grands résultats. » La guerre cl la pénurie des finances, conclut il mélancoliquement, sont au fond le plus grand obstacle qui s’oppose au succès de ces institutions. » Qu’est-ce à dire? Sinon que le meilleur moyen de faire aimer la République, c’est de lui donner la paix et de bonnes finances. Et le Directoire s’engageait dans la deuxième coalition, qui allait achever de ruiner le trésor !
Remèdes proposés. — Ces réflexions pessimistes n’empêchent pas l’auteur du rapport de proposer quelques remèdes pratiques.
Le temple républicain ne peut être disposé comme le temple de la superstition. Là, le peuple était mis à l’arrière-plan et séparé du sanctuaire par une démarcation tranchée. Ici, au contraire, le peuple doit tenir la première place, c’est pour lui que la fête est instituée. On doit avoir pour lui des égards, des attentions, qui lui prouvent qu’il est considéré. Il ne faut pas que les nouvelles solennités soient moins brillantes que les anciennes. La plupart des églises sont délabrées, « les vitraux, les roses gothiques n’existent plus », les tableaux qui couvraient les murs ont disparu. Il est urgent de procéder aux réparations indispensables, de rétablir les portes et les fenêtres, d’étendre des nattes sur le sol. A la place des tableaux catholiques, « qui ne présentaient que des scènes atroces ou ridicules », on accrochera aux murs des guirlandes de feuillage, des inscriptions touchantes; on y joindra les bustes des anciens philosophes et des citoyens qui auront illustré la commune dans laquelle est situé le temple. Pour prévenir les abus, le ministre de l’intérieur se réservera le droit d’approuver les inscriptions supendues aux murs et le choix des bustes d’hommes célèbres. — Ce n’est pas tout. On ouvrira un concours entre les architectes sur ce sujet: « Quels sont les moyens de faire servir la distribution intérieure des églises à la célébration des fêtes républicaines? » Le projet adopté, « le plus