‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 312 sur 519 · PARIS — ENQUÊTE SUR LE CULTE DÉCADAIRE · texte numérisé non relu

PARIS — ENQUÊTE SUR LE CULTE DÉCADAIRE

ulile cl le plus économique », sera envoyé à chaque commune qui le fera exécuter. On pourra élever par exemple des amphithéâtres en charpente.

En attendant, il faut faire régner le bon ordre dans les cérémonies et faire appliquer les lois et arrêtés. Tous les signes du culte catholique doivent disparaître, tels que bénitiers et tabernacles qui, dans beaucoup de temples, « subsistent encore ». Il faut éloigner aussi les Suisses. « Ces soldats à hautes armes aflligent le regard et la pensée du citoyen qui se rappelle qu’on a banni sur le cri public les fusilliers tic l’enceinte des théâtres et qui doit les trouver plus déplacés encore dans milieu de fraternité et de paix. » Que d’autres abus encore à supprimer! Les enfants, les chiens vaguent de côté et d’autre. Les spectateurs vont et viennent et le bruit des conversations couvre la voix des lecteurs, « La garde qui accom pagne l’administration est composée de remplaçants, dont la misère hideuse et la mauvaise tenue achèvent de donner à celle représentation un air de parodie. » Tout cela disparaîtra avec l'institution des chorèges qui feront observer l’ordre et la décence. Mais les réformes ne devront pas s’arrêter là! Il faudra donner un costume imposant aux autorités constituées, les faire précéder de licteurs armés de baguettes blanches. Les lectures ne devront plus être psalmodiées, les cérémonies expédiées. La célébration des mariages, qui pourrait être si touchante, devra cesser de provoquer des scandales comme il s’en produit, par exemple, quand « un musicien impertinent fait entendre sur l’orgue des airs indécents ou grotesques: Pas de deux. Allez-vous en, (jens de la noce... «Les lectures morales devraient être confiées à des vieillards à cheveux blancs. On ferait réciter aux jeunes gens des poésies variées, on pourrait même leur faire jouer de petites scènes. Ouïes formerait ainsi à la diction, à l’habitude de parler en public, « art qui, chez un peuple libre, doit faire partie de l’éducation ». — La musique achèvera de donner de 1 intérêt à la cérémonie. Il suffira, à cet égard, d’appliquer les principes posés par Leclerc, l’ami de La

t\~'ï CULTE DÉCADAIRE ET THÊOPIULANTHROPIE

Révellière, dans son Essai sur la musique1. On bannira la musique purement instrumentale, parce que le chant, les paroles doivent être l'essentiel. Des refrains et des chœurs couperont les hymnes, afin que tous les spectateurs puissent y prendre part.

Il y aura un orgue dans chaque temple. Quand la chose sera possible, les autorités s’assureront le concours d’orchestres d’amateurs.

Réglementation des cérémonies. — Docile aux suggestions du pouvoir, le 18 nivôse an VII, l’administration centrale prit un arrêté, conforme dans ses grandes lignes aux dispositions principales du rapport précédent2 3. Dans chacun des temples décadaires, une estrade sera élevée au chevet de l’édifice. Sur l’estrade seront disposés pour les autorités des fauteuils [de forme antique. La nef sera remplie par un amphithéâtre. Sur les degrés de droite prendront place les militaires et les citoyens qui, en servant la patrie sous les armes ou dans les fonctions civiles, ont mérité cet honneur. A gauche et en face, des gradins seront réservés aux instituteurs et à leurs élèves. Entre les gradins et l’estrade, un espace vide sera ménagé avec trois rangs de sièges pour les mariés et les témoins. Un vestiaire sera mis à la disposition des magistrats, où ils pourront revêtir leurs costumes et déposer leurs accessoires. Dans les bas-côtés se tiendront l’orchestre et les chœurs. Au fond du temple la Déclaration des droits et des devoirs sera suspendue à un faisceau colossal. Des inscriptions choisies dans le Code se détacheront sur les murs. Un autel triangulaire sera élevé à la Loi. Les faces en seront ornées de peintures allégoriques représentant « les principales époques de la vie civile que constate la loi ». Des bustes d’hommes célèbres entoureront l’autel, « conformément à la lettre du ministre de l’intérieur du

i. Leclerc, qui avait fait paraître dès l’an IV un Essai sur la propagation de la musique en France, sa conservation et ses rapports avec

le gouvernement, proposa aux Cinq-Cents, le 7 frimaire an 'N II, l'établissement d’écoles spéciales de musique.

Page 1