PARIS REG CEMENTA T ION DES CEREMONIES
20 fructidor an VI1 ». Les élèves du Conservatoire, des corps de musique militaire, formeront l’orchestre et les chœurs. Le ministre de l’intérieur, le commandant de la dix-septième division seront invités de donner des ordres pour assurer ce service musical. Un détachement de vingt-cinq gardes nationaux, choisis de préférence parmi les jeunes gens, assurera dans chaque temple le service d’ordre. Au lieu d’armes, ils porteront un bâton entouré d’une branche d’olivier, « symbole de la paix qui doit régner dans les assemblées ». Les officiers municipaux se réuniront chaque décadi à dix heures au vestiaire du temple. A on/e heures, ils feront leur entrée dans le temple au son des orgues. La cérémonie commencera par la lecture des lois qui sera faite par un lecteur spécial, si aucun des magistrats n’a la \oix assez puissante pour se faire entendre dans tout l’édifice. Après la lecture des lois, les élèves des écoles sei'ont interrogés par le président sur les articles de la Constitution et sur les lois nouvelles. Un hymne ou une symphonie suivront l’interrogatoire. On passera alors à la lecture du Bnl/elin décadaire qui se terminera par des chants et de la musique. Enfin on procédera à la lecture des actes de l’état-civil et à la célébration des mariages. Les noms des militaires, morts dans les combats pendant la dernière décade, seront proclamés au son de la trompette, ainsi que les noms de leurs pères et mères. Ces noms seront ensuite gravés dans la pierre ou le marbre et exposés à l’intérieur du temple. Les citoyens, qui se seront distingués en sauvant d’un grand péril un de leurs semblables, seront l’objet d’une proclamation analogue et recevront de la main du président une couronne civique au bruit des fanfares. Au début de la célébration des mariages, l’orgue ou l’orchestre « préluderont à la cérémonie par des accords doux et
1. Ils s’agit de la circulaire de François de Neufchàteau sur les réunions décadaires analysée jdus liant, p. 443.
L’arrêté de l’administration centrale a soin d’ajouter qu’un buste ne pourra être placé dans un temple, ni aucun hymne chanté, sans avoir au préalable reçu son approbation.
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harmonieux ». Les mariages terminés, le président « exhortera les époux à vivre dans la concorde et l'union, et il invitera tous les citoyens à no jamais oublier qu’ils soûl égaux cl frères. » La séance sera levée aux sons d'une symphonie « d’un mouvement vif cl rapide et propre à inspirer aux citoyens des sentiments généreux el fraternels ». Chaque municipalité sera tenue de rédiger un procès-verbal de la fête et d’en adresser copie à radin inis tra tion centrale .
Le CULTE DÉCADAIRE DANS QUELQUES ARRONDISSEMENTS.
— Comme bien on pense, l’arrêté précédent ne reçut pas dans tous les arrondissements une entière exécution. Faute do fonds, sans doute, les amphithéâtres prescrits ne furent élevés que dans certains temples privilégiés. C’est ainsi qu’à Saint-Sulpice (temple de la Victoire), que fréquentaient les plus hautes autorités de la République, fut construit, pour la fête du 21 janvier 1799, un immense amphithéâlre en bois1. A Notre-Dame, (temple de l’Etre suprême) l’administration municipale du IX" arrondissement se contenta de faire transporter dans le chœur « un très beau tapis », des fauteuils à bras et sans bras, une labié couverte d’un tapis vert pour les autorités, un grand nombre de chaises et banquettes pour les mariés et leurs témoins, les instituteurs cl leurs élèves2. A Saint-Thomas cl’Aquin (temple de la Paix), les installations ne furent pas moins sommaires.
Mobilier décadaire. — Nous savons par un inventaire dressé par le commissaire de police de l’arrondissement, le 23 nivôse an VIII3, que le mobilier servant au culte civique de ce temple se décomposait ainsi:
1. L’architecte du gouvernement, Peyre, craignait que le feu ne prit un jour à l’échafaudage et il en demanda la démolition au début de l’an VIII. Le ministre do l’intérieur fît droit à sa requête et les matériaux de l’amphithéâtre furent mis à la disposition de l’architecte Chalgrin, qui les utilisa pour la fête du i/| juillet 1800 (Voir aux Arch. nat., le dossier à ce sujet F13 8i 1).
2. Ces installations provoquèrent un conllit avec les théophilanthropes (Arch. nat., dossier F19 /170 d’où je lire ces détails).
3. Ce procès-verbal, qui faisait partie de la collection Etienne Charavay, a été acquis ensuite par la 15. de la V de P. (Catalogue de la vente, n° 23a).
PARIS
MOBL1ER DECADAIRE
« Une table couverte de son tapis de serge verte, garnie de franges rouge et blanc ;
Un fauteuil et quatre chaises couverts en tapisserie1;
Cinq braziers en fonte 2 3 ;
Une colonne désignée autel de la paix :1 ;
Deux colonnes, l’une blanche, l’autre noire; l’une surmontée d’un drapeau Irieolore el couronnée d’un chêne, et l’autre d’une chêne noir 4 5 ;
Six bustes de grands hommes ;
Treize drapeaux tricolores;
Des rideaux de serge bleue, avec glands de couleur tricolore ;
Six faisceaux d’armes ;
Un tapis de pied ;
Deux candélabres en bois doré appartenant au lycée des Arts “. »
Ce n’était pourtant pas faute de bonne volonté que les municipalités réduisaient à ces proportions modestes l'aménagement intérieur des temples décadaires. Dupin reconnut qu’ert général elles firent « tout ce qui dépendait d’elles el de leurs moyens6 ». La plupart s'efforcèrent d’exécuter le plus fidèlement possible les dispositions de l’arrêté de l’administration centrale.
Temple de l'Agriculture. — Entre toutes, la municipalité du 1 IL’ arrondissement paraît s’être distinguée par son zèle et ce ne fut pas en vain. Le commissaire Itivaud fait cette constatation, dans son compte de vendémiaire, an Vil : « Les dccadis sont si bien observés sur mon arrondissement qu’en voici deux qu’il n’y a eu d’audience
i. T,c fauteuil cl les quatre chaises étaient destinées probablement aux nlïiciers municipaux.
•x. Les braziers en fonte étaient en nombre égal à celui des officiers municipaux el du commissaire du Directoire cl servaient sans doute à leur usage.
3. L’autel de la paix était l’autel particulier du temple consacré à la Paix.
4. Des deux autres autels, le premier était sans doute l’autel de la Loi, le second ne servait probablement qu’aux fêtes funèbres.
5. Les deux candélabres furent laissés à l’église, lors du rétablissement du culte catholique en l’an \ III. Les autres accessoires furent transportés à la mairie du Xe arrondissement.
6. Compte mensuel du mois de nivôse an \ Il (dans Vulard, V, p. 3a6).
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de police, laule de délits. Les létes faites au temple Euslaclie (temple do l’Agriculture), attirent un grand concours de monde. Les lois, les Bulletins décadaires y sont entendus avec plaisir, mais surtout les jeunes enfants des écoles primaires et particulières, qui y récitent les Droits et les devoirs de l’homme, la Constitution, des préceptes de morale, etc., sont écoutés avec le plus grand intérêt et très applaudis1 ».
Ce succès continuera plusieurs mois, et le même commissaire note, dans son compte de pluviôse, cju’ « un grand concours de citoyens se porte aux fêtes décadaires ».
Ce n’est qu’en floréal que les fêtes déclinent, avec la nouvelle des défaites de la seconde coalition. Le commissaire Rivaud accuse alors de sou insuccès le manque de fonds, le peu d’intérêt du Bulletin décadaire , etc, etc.
Temple de l’être suprême. ■ — Comme celle du IIIe, la municipalité du IX. u arrondissement prit son rôle au sérieux. Les fêtes décadaires célébrées par ses soins à Notre-Dame (temple de l’Etre suprême) avaient « de la pompe et de la magnificence2 ». Selon le commissaire Taine, « c’est à qui des administrateurs fera les plus grands efforts pour les rendre brillantes ». La cérémonie commençait à dix heures précises et durait trois grandes heures. Au moment où la municipalité en grand costume faisait son entrée, l’orgue attaquait la strophe : Amour sacré de la patrie. La séance était levée sur l’air du Chant du départ. Il y avait toujours beaucoup de monde. Même en prairial an VII, en pleine crise, le commissaire Ledru, successeur de Taine, se montrait satisfait des résultats obtenus et écrivait: « Le concours étonnant des différents citoyens, qui se rendent au Temple de T Etre suprême, semble indiquer aux administrateurs du IXe arrondissement que le peuple est satisfait de la décence
1. Les comptes décadaires, ou plus exactement mensuels, du commissaire Rivaudsont conservés aux Arch. nat. (sous la cote F’ 7437) ainsi que les comptes de commissaires d'autres arrondissements.
2. Expressions du commissaire Taine dans son compte de germinal an Vit (Arch. nat., F” ’jli'à']').