Arch. nat., F
4f)2 OÜLTE DÉCADAIRE ET TIIÉOPHILAÎVTHROPIE
le culte de la Raison avec gravité et conviction ‘, conservèrent le même sérieux aux réunions civiques de l’an VII. La première eut lieu dans la cathédrale, le 10 vendémiaire an 4 11. Elle fut « belle et touchante », dit M. Reuss1 2. Pour donner plus d’éclat encore aux suivantes, la municipalité imagina d’ouvrir une souscription publique dont le produit serait employé à l’aménagement du temple. Un orchestre municipal fut organisé; une publication périodique, en allemand, alimentée par des subventions municipales, mit chaque décadi à la disposition du peuple des chants et hymnes patriotiques3. Malgré leur caractère théâtral, les cérémonies n’attirèrent pas le grand public. Les citoyens qui y assistaient avaient leur siège fait à l’avance. Ils ne venaient pas pour instruire, mais pour manifester leur patriotisme. Les catholiques s’abstenaient. Beaucoup d’orateurs étaient protestants et cela seul aurait suffi pour les éloigner. Les discours d’ailleurs étaient d’inspiration ouvertement anticléricale. « On y demandait, dit M. Reuss, au ci-devant d’abjurer ses préjugés contre l’égalité, au prêtre de reconnaître l’absurdité de bon nombre de ses dogmes, au piétisle de renoncer à scs cérémonies enfantines, au juif de se soustraire au rituel vieilli de ses rabbins. On exhortait les électeurs à ne jamais donner leur voix à qui embrassait encore d’un bras débile le fantôme delà royauté, à qui, poussé parle fanatisme religieux, défend encore des superstitions houleuses. » Ce n’est pas à dire que l’éloquence décadaire s’en tint toujours à ces lieux communs de polémique. Elle prêchait, « avec une conviction absolue, la croyance en Dieu, en l’immortalité de l’âme, la tolérance religieuse et la charité, l’oubli des haines politiques cl la concorde entre tous les citoyens. La sainteté, l’indissolubilité du mariage n’onl jamais trouvé de plus sincères défenseurs. »