D’après Grégoire, Histoire des Sectes, 1, p
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/| g6 CULTE DÉCADAIRE ET THÉOPHILANTHROPIE
régicide Vernerey, président du département, fit l’éloge du iS fructidor, le député Briot retraça les crimes des rois. Le i01' germinal an VII, jour de la lèle de la souveraineté du peuple, les patriotes, excités par l’approche des élections, vont briser les vitres el les meubles du café réactionnaire du 9 thermidor. A la fête des Époux (10 floréal), l’amour fut figuré par un enfant armé d’un flambeau, la Liberté et l’Egalité par deux jeunes filles. Ordinaire parla contre les célibataires égoïstes et contre les divorces trop fréquents. Le cortège se rendit au jardin public de Cbamars, où un autel de la patrie avait été dressé. L’Amour alluma son flambeau au moment où le président mariait deux jeunes couples. Puis des couronnes furent décernées à quelques époux qui élevaient des orphelins. Pendant l’été, la plupart des fêles nationales furent célébrées à Chamars en plein air.
A la fête de l’Agriculture, une jeune fille montée sur un char et précédée d’une grande pique, portant un bonnet rouge, symbolisait la Liberté1. Des prix d’agriculture furent décernés. Le président du département « au sondes fanfares, des hymnes et chants civiques et aidé du laboureur proposé pour exemple, enfonça le soc de la charrue dans la terre et traça un sillon ». Des courses, exercices militaires, jeux de toute nature, danses, entrecoupaient les cérémonies. Parfois même on donnait des représentations dramatiques. C’est ainsi que, le 21 janvier 1799, les comédiens jouèrent la Folie du Roi Georges et Guillaume Tell devant une énorme affluence.
Quelques cantons ruraux imitèrent le chef-lieu, ceux d’Esternez, de Recologne, de Vuillafans entre autres. Mai s ce fut l’exception. Dans les campagnes, le décadi fut généralement négligé. Souvent les municipaux et les nouveaux mariés seuls se rendaient au temple, et le Bulletin décadaire était lu devant des banquettes vides. Les
1. Ce spectacle indigna fort le commissaire du canton de Beurre, Mourey, cjui protesta, dans une lettre au ministre, le 21 messidor an VI, contre ceite renaissance des usages de la Terreur (voir sa lettre, Arcli. nat., F1 C^11 Doubs 11).
RÉGION DE I.’eST.
CÔte-d’or
prêtres refusaient en général de fêler la décade et les pasteurs protestants du pays de Montbéliard les imitaient. Le commissaire central Quirot reconnaissait lui-même que les prêtres seraient abandonnés par une partie de leurs fidèles, s'ils cessaient de célébrer les dimanches et que, si on les y forçait, on risquerait d’augmenter le nombre déjà trop grand des partisans des réfractaires. 11 avouait son impuissance à empêcher les paysans de tirer des coups de fusil, la veille du Ier janvier, ou d’allumer des feux de joie sur les hauteurs, la veille de la fête des Rois, coutumes qui continuaient d’être religieusement observées1. Il comptait plus sur le temps et sur l’éducation que sur les fêles pour républicaniser ses compatriotes. «On ne peut espérer, écrivait-il le 19 frimaire an VII, d’avoir un bon esprit public qu’au moyen de l’instruction qu’on donnera à la génération qui va nous succéder2. »
Côte-d'Or. — Beaune. — Loin d’obtenir le même succès que dans le Doubs, le culte décadaire fit maigre figure dans la Côte d’Or. La ville de Beaune, beaucoup plus patriote que celle de Dijon, le rétablit spontanément après le iS fructidor, et le Journal de la Côte-d'Or , feuille patriote, citait Beaune comme modèle aux autres communes du département3. Les décadis, disait le journal, y sont « des jours de fête et d’instruction. Le matin, l’administration municipale se rend en écharpe à un temple destiné à cet usage patriotique ; une musique républicaine rappelle nos airs triomphateurs ; des hymnes aussi bien faits pour inspirer l’amour de l’humanité que celui de la patrie, sont chantés tour à tour; ensuite, un administrateur municipal fait au peuple assemblé la lecture des lois arrivées dans la décade... Des discours qui apprennent à devenir meilleur, à chérir davantage son pays, terminent toujours celte réunion, où vient se retremper l’esprit pu-
1. Noir aux Arcli. nat. (F1 G111 Doubs G) son compte du mois de nivôse an N II adressé au ministre de l’intérieur.