LES PRÉLUDES DE LA THÉOPIIILANTHUOPIE
Son livre s’ouvre par la description des funérailles selon le rite des adorateurs. Dans son symbolisme naïf, si la scène prèle au ridicule, elle ne manque pas d’un certain charme : — Le jour tombe quand les parents et les amis se rendent à la maison mortuaire. Au fond d’un jardin, au pied d’un rocher, entre trois (lambeaux fichés en terre, le corps est déposé devant une grotte. L’officier public demande à haute Aroix si quelqu’un veut faire l’éloge du mort. Un ami s’approche et retrace très brièvement ses vertus. Deux chœurs entonnent alors une mélopée plaintive :
Hélas ! il n’est plus !
11 est dans le gouffre où tout tombe.
Hélas ! il n’est plus !
Il ne reste que ses vertus, etc.1.
Les parents, les amis jettent des Heurs sur le cercueil en disant : « Sa vie a passé comme une fleur... Comme les fleurs, nous ne passons tous qu’un instant sur le vaste champ de la vie. » Un proche verse de l’encens sur le brasier, placé auprès du cercueil, en récitant celle formule : « Puisse le mérite des vertus qu’il posséda monter vers son juge suprême comme la fumée de ces parfums s’élève dans les airs. »
Puis, un assistantprononce une sorte d’élévation morale sur l’égalité de tous les hommes devant la mort : « Où sont tous les grands hommes ? Tous ces astres de l’espèce humaine, qu’on voyail briller dans les routes diverses de la gloire et de la renommée, et dont l’éclat excitait notre émulation et notre jalousie ? N’ont-ils pas passé aussi rapidement que passent sur la plaine les ombres fugitives des nuages chassés par le vent du Nord ? »
Vient ensuite un chœur sur le souvenir que les vivants doivent aux morts ; les parents procèdent aux libations:
l'Inslitut, Jourdan dans le Moniteur donnèrent de beaux morceaux sur le respect dû aux morts {Décade du 3o messidor an IV — 18 juillet
i. Daubermesnil se rendait compte de la platitude de ces vers :
« Ah I si Chénier avait composé l’hymne de cette cérémonie ! » écrit-
il au bas d’un des hymnes de sa composition (p. 8).
daubermesnie et te ceete des adorateurs
ils versent à tour de rôle, autour du cercueil, du lait, « en mémoire de la candeur de son âme », du miel, « en mémoire de la douceur de son caractère et de son amour pour le travail », du vin, « en souvenir de la force de son âme et de sa vertu », de l’encens enfin : « puisse l’étendue de ses bonnes actions remplir le tableau de sa vie, comme la fumée de ces parfums remplit ces lieux, où nous déplorons sa perte ! »
Cette cérémonie, renouvelée de l’antique, étant achevée, un assistant exhorte ses frères à bien utiliser les trésors de leurs jours et à ne pas pousser de clameurs insensées contre la Providence, quand ils les ont dissipés. — « L’homme vertueux seul goûte le plaisir à toutes les heures et s’achemine vers l’éternité, accompagné de l’escorte consolante des bienfaits qu’il a répandus. » — Peu à peu, comme on le voit, les images tristes passent à l’arrière-plan, font place à des idées plus sereines. — L’homme ne meurt pas tout entier, c’est le sujet d’un nouveau chœur :
De ce feu sacré Il garda la vive étincelle.
De ce feu sacré Son cœur fut toujours dévoré.
Suit une scène symbolique inspirée en partie de la religion des Guèbres. Un parent, prenant du feu dans un vase, le verse vers le Midi en disant : « Elément du feu, vivificateur de la nature, emblème de la vertu, symbole matériel de l’âme immatérielle, reprends du corps inanimé de celui que nous regrettons, la portion de toi dont il eut l’usage... » — Un autre parent verse de l’eau vers l’Orient et accompagne le geste d’une invocation à l’élément de l’eau, « image de la rapidité de la vie ». — Un troisième en fait autant avec la terre, « qui renferme les principes féconds et générateurs ». — Un quatrième avec l’air,
« soutien de la vie ». — Un cinquième avec l’huile,
« symbole du calme, principe températeur, cause d’union ». — Un sixième enfin avec le sel, « ennemi de la corruption, symbole de la sagesse ».
La cérémonie se termine par de nouvelles élévations