‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 35 sur 519 · LES PRÉLUDES DE LA TIIÉOPHILANTIIROPTE · texte numérisé non relu

LES PRÉLUDES DE LA TIIÉOPHILANTIIROPTE

morales et par de nouveaux chants sur le bonheur promis aux justes et par de nouvelles libations symboliques. — Le corps est enfin enlevé et porté dans la grotte pendant que les assistants psalmodient :

D'un dernier adieu Homme chéri, reçois l’hommage.

D’un dernier adieu Reçois le tribut douloureux.

Tu vas à jamais

Vivre en nos cœurs, c’est ton partage,

Tu vas à jamais

Nous attendre au sein de la paix, etc.

Le reste du livre de Daubermesnil expose les dogmes, les préceptes, l’organisation de la religion des Adorateurs. Un premier extrait concerne les Institutions, un second les Observances, un troisième l'Instruction, un quatrième les Préceptes et un cinquième Y Adoration.

Les Institutions. — La religion des Adorateurs est une religion raisonnable, puisqu’elle repose seulement sur la croyance en Dieu et à l’immortalité de l’âme, deux vérités que toute raison éclairée ne refusera jamais d’admettre. Elle est morale, elle conduit à la vertu par des symboles simples et justes. Par dessus tout, elle est tolérante. Les Adorateurs s’interdisent toute attaque contre les autres cultes. Ce n’est pas par des discours ni des querelles qu’ils doivent prouver la bonté de leur cause, mais par la sagesse de leur conduite. «Adorateur, la religion t’ordonne de faire des prosélytes par tes vertus, de calmer les persécuteurs par la sagesse et de prêcher, par l’exemple seulement, au monde entier la religion qu’un jour il doit suivre. »

Comme l’année républicaine, l’année rituelle commence à l’équinoxe d’automne, par une grande fête d’actions de grâces à l’Eternel. Trois autres fêtes marquent les principaux moments de l’année : la fête du solstice d’hiver ou de Y alliance que le ciel fit avec la terre, afin qu’elle ne restât pas dans l’engourdissement où elle tomberait sans lui ; — - la fête de l’équinoxe du printemps ou de Yinitiation, ainsi appelée parce que les adultes qui ont mérité

DAUBERMESNIL ET LE CUITE DES VDORATEURS

cctlc faveur sont initiés au culte au lever de l’aurore 1 ; — la fête du solstice d’été, ou fête de la fraternité.

Ces quatre grandes fêtes sont communes à tous les Adorateurs. Elles sont célébrées par les soins d’un clergé démocratique, composé de pères de famille, élus chaque année et non immédiatement rééligibles. Le chef du culte (il y en a un par temple ou asile') doit avoir au moins 5o ans, ses cinq assistants au moins 4 o. Des enfants des deux sexes de 9 à i3 ans prennent également part à la cérémonie. Tous les membres de ce clergé sont vêtus d’un costume tricolore2, dont les détails seuls varient suivant les âges, les sexes et les grades. Le chef de l’asile par exemple « sera vêtu de blanc, sa ceinture sera rouge et descendra jusqu’à terre, sa robe sera plus basse que ses pieds par derrière, ses cheveux seront couverts d’un bandeau bleu, dont les extrémités seront renouées derrière la tête » .

Daubermesnil donnait des détails les plus minutieux sur la forme de Y asile (le temple), sa disposition, sa décoration, etc... 11 sera ovale, du Nord au Sud, deux fois plus long que large, couvert d’une voûte épaisse, éclairé par quatre fenêtres rondes, situées aux quatre points cardinaux, dominé par un observatoire, d’où les savants étudieront le cours des astres et qui renfermera les instruments et les livres de la nature. Les signes du zodiaque seront peints sur les murs intérieurs de l’édifice et audessous de chacun d’eux, on figurera « trente papillons, symboles des moments fugitifs que Dieu nous donne ! »

De grandes fresques représenteront les saisons: l’hiver « ...des arbres dépouillés, des monts couverts de neige, des vastes mers de glace et le génie de la nature dans l’engourdissement... ». Au milieu de l’asile, sur l’autel ovale, brûle le feu sacré, « nourri éternellement 3 » par les

1. C’est à peu près à la même époque île l’année que la loi du 3 brumaire avait placé la tète de la Jeunesse.

2. Les Théophilanthropes reprendront ce costume presque sans rien y changer.

3. Le Ier frimaire an IL la section des Quinze-Vingts avait demandé que dans l’église Saint- Antoine consacrée à la Liberté, il lut élevé un autel sur lequel brûlerait un feu perpétuel. La Commune s’y

’)/| l.ES PRELUDES DE LA TIIÉOPIIILANTIIROPIE

soins des familles, qui se relaient à tour de rôle pour sa garde.

Les observances. — Le neuvième jour est consacré au repos. L’adorateur se rend à l’asile avec sa famille. L’un de ses frères, âgé de (rente ans au moins, prononce un discours de morale. Avant et après la cérémonie, matin et soir, les adorateurs se livrent aux danses saintes qu’ouvrent les plus anciens.

Deux jours par an se célèbrent les mariages, tous à la lois, « le lendemain du premier jour de repos du 2e et du 8e mois de l’année ».

Le baptême des enfants a lieu trente jours après leur naissance, afin de permettre à la mère de prendre part à la réjouissance. L’enfant reçoit le nom « d’un adorateur mort en défendant sa patrie ou de celui qui s’est rendu respectable par ses vertus ».

A côté du culte collectif et public, il y a le culte domestique, le plus important. Chaque père de famille est prêtre dans sa maison. Matin et soir, il réunit autour de lui sa famille et ses serviteurs près du foyer allumé, ou, s’il fait beau, dans son jardin ; il jette un grain d’encens dans le feu et prononce une courte invocation morale à l’Etre suprême. Toute la maison entonne ensuite un hymne1.

L’Instruction. — Sous ce titre, Daubermesnil résume les connaissances essentielles que doit posséder l’adorateur. Dans un style sentencieux el quelque peu biblique, il trace à grands traits une cosmogonie2 et une sorte

opposa. Mais il faut retenir que le symbole du feu sacré était déjà populaire en 93 (Àulard, Culte de la Raison, p. 66).

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