RÉGION DU CENTRE. - NIÈVRE
avait réservé le banc d’œuvre aux magistrats, les bancs placés sous la tribune aux vieillards, les bancs placés à la gauche des magistrats, aux militaires blessés cl aux écoliers. L’autel de la patrie était élevé dans la grand’nef entre le banc d’œuvre et la tribune. Les droits et devoirs de l’homme étaient affichés sur deux piliers au cenlre du temple. La municipalité avait nommé deux chantres pour exécuter les hymnes patriotiques, et « deux joueurs de violon pour faire chorus et réjouir le peuple dans la soirée 1 ».
Dans la petite commune de Noyers, on donnait lecture, au milieu de la séance décadaire, des lettres adressées par les militaires à leurs parents. Le 10 germinal an \ II, l’une de ces lettres écrite par Charles Bonny, caporal de grenadiers au 2° bataillon de la 7e demi-brigade, prisonnier en Angleterre, retraçait la cruauté et les barbaries que les prisonniers français avaient à souffrir de la part des Anglais. En terminant, Charles Bonny invitait ses parents à se montrer attachés à la République et « à 11c plus souffrir dans leur société des aristocrates et des royalistes" ».
Région du Centre. - — - On peut dire d’une manière générale que le décadi lut de moins en moins fêté à mesure qu’on s’éloignait de la Loire et qu’on se rapprochait du Plateau central.
Nièvre. — Dans la Nièvre, le coup d'Etat de fructidor avait ramené au pouvoir le parti jacobin. La nouvelle administration centrale, dont le secrétaire était l’ancien conventionnel Lefiot, décréta, le G vendémiaire an NI, que dans tous les chefs lieux de cantons du département, une grande fête serait célébrée le jour anniversaire du i3 ven-
1, \rrètc du a(» frimaire au Ntl (Arch. nat., F'Cffil Yonne 8).
‘2. Procès- verbal de la séance décadaire du io germinal an ^ II dans le temple de loyers (Archives de 1 tonne).
5oS Cl I TE DÉCADAIRE ET TIIÉ0PH1EANTHR0PIE
démiaire. Les ora leurs étaient invités à rappeler au peuple les moyens perfides employés pour le séduire par les conspirateurs, déjoues en fructidor. Un festin civique de douze couverts serait servi dans chaque canton à six. volontaires et à six parents pauvres de volontaires actuellement en activité.
A Nevers, la fête eut de la pompe. Les troupes donnèrent au public « le spectacle cl’une petite guerre ». On fit un feu de joie avec des « feuilles royales » et on couronna de chêne le buste de Jean-Jacques Rousseau \
L’administration centrale jacobine fut destituée après les élections de germinal, et la nouvelle ne mit qu’un entrain relatif à faire vivre le culte décadaire. Les jacobins l’accusèrent même de favoriser secrètement le catholicisme1 2. Néanmoins, dans le chef-lieu tout au moins, les fêtes nationales firent quelque figure. A la fête du 1 4 juillet (26 messidor an VI), sur la place Bru tus, on avait élevé une Bastille en miniature3. Les soldats s’en emparèrent au bruit d’un canon et un orchestre célébra leur exploit. Le président de l’administration centrale prononça un discours contre la tyrannie et contre l’anarchie.
A la fête clu iS fructidor de la même année, sur la même place Brut us, on figura la prise des Tuileries par le peuple. Un château en miniature, gardé parles vétérans nationaux, fut emporté d’assaut par les soldats.
À la fête du 21 janvier (2 pluviôse an VI), le temple décadaire fut orné des bustes de Brutus, Guillaume Tell, Sydney, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire et le président de l’administration centrale les couronna au milieu des chants de victoire. Deux citoyens, Barjon et Coumiot, reçurent ensuite une couronne en récompense du courage qu’ils avaient montré, en sauvant au péril de leur vie un enfant qui se noyait.
1. Arcli. de la Nièvre. Registre des délibérations de l'administration centrale.
2. Arch. de la Nièvre. Registre des délibérations de l’administration centrale, à la date du 7 thermidor an VII.
3. D’après les procès-verbaux conservés aux Archives de la Nièvre, ainsi que ce qui suit.