Compte de germinal an VII. ld., V, p
RECUL DE LA THÉOPHILANTHROPIE EN l’an VII 5. >9
tous les voisins, se donnèrent rendez-vous à Saint-Germain l’Auxerrois, et ce fuL au milieu d’une « très nombreuse assemblée » que Dubroca proiîonça le panégyrique du jeune héros dans un discours sur la piété filiale. Un militaire présent déclara adopter 1 orphelin et 1 emmena chez lui *.
Ces journées-là 'étaient de plus en plus rares, sans doute, mais c’était déjà beaucoup pour la secte que d’avoir survécu, quand tant de raisons diverses et également graves contribuaient à sa ruine: la concurrence du culte décadaire, 1 abandon du pouvoir, le manque daigent. les défections, etc. . .
En APPARENCE LES 1 ÎIÉOPIIIL VNTIIROPES FONT BON ACCUEIL
AI CULTE décadaire. — Dans l’attente de jours meilleurs, Chemin et ses amis ne désespérèrent pas ; faisant contre fortune bon cœur, ils s’efforcèrent de dissiper les préventions du pouvoir et affectèrent de faire bon accueil au culte décadaire. Délaissant les noms qu’ils avaient donnés à leurs temples, ils s’approprièrent les noms nouveaux dont le département les avait baptisés. Ils continuèrent à célébrer les fêtes nationales, à prêcher l’observance du décadi, ils insérèrent dans leur Kituel cette prescription : « H faut qu’en sortant de l’exercice religieux, les citoyens puissent se rendre à la solennité civique2. » L’office théophilan thropique se donnait ainsi pour une préparation à l’olhce décadaire.
Chemin éditait un Recueil de chants philosophiques, civiques et moraux à l’usage des fêtes nationales et décadaires \ où il mêlait les chants civiques aux hymnes
i. La séance est racontée clans le Bulletin décadaire. n° i(), ire décade de ventôse an Y II.
•). P. iliô du Code (nouvelle édition, un N 11).
3 B. de la V. de P. 3a/ji. Le recueil est divisé en quatre parties: i° chants religieux ; a” chants philosophiques et moraux ; 3” chantpatriotiques; !\° chants philosophiques. On y trouve 1 hymne de Desorgues, Père de l’Univers, un hymne à l'IClerncl du citoyen Deschamps, un hymne au Printemps du citoyen Jannet.un hymne d ac lions de grâces de Rallier, un hymne à 1’ Agriculture de François de Xeufchàteau, un autre de Maire sur le même sujet, un hymne à la Liberté du théophilanthrope Paillet de Dijon, etc., etc.
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théophilanthropes, — un Évangile républicain, divisé en « leçons décadaires 1 » . Rallier, tout chaud théophilanthrope qu'il fut, composait de même un Recueil de chants moraux et patriotiques2 à l’usage du nouveau culte civique.
Haüy envoyait ses aveugles prêter leur côncours musical aux fêtes célébrées par les municipalités8.
Nouvelle évolution philosophique. — Deuxième anniversaire de la théophilanthropie. — Désireux de désarmer les critiques des « philosophes », les théophilanthropes parisiens s’éloignent maintenant de plus en plus de leurs principes. Ils admettent parmi eux des athées notoires et leur réservent même un rôle dans leurs cérémonies. C’est
1 . Evangile républicain ou la morale évangélique d’accord avec la morale républicaine, ouvrage terminé par Y Histoire abrégée des anciennes républiques et divisé en leçons décadaires ; 7° édition ; à Paris, chez Chemin, an ^ II (Bih. nat., Lb12 2001). L’ouvrage s’ouvrc par une gravure représentant à gauche Moïse tenant les tables de la Loi, à droite le Christ, la morale de l’Evangile à la main, au centre la République, présentant la charte des Droits de l'homme. Dans les airs, une Raison couronne les trois ligures
2. Bih. nat , Invent. Ye 3io65. L’avertissement informe que la musique des chants, œuvre du citoyen Beauvarlet-Charpentier, est vendue à la librairie Chemin. Je remarque parmi les principales pièces, des hymnes contre l’athéisme, sur le Droit de la nature et le Droit des gens, sur les différentes Saisons, sur la Piété filiale. l’Amitié, I Amour, la Concorde, le Malheur, la Frugalité, le Travail, la Postérité, la Solitude, la Sensibilité, etc.
3. Les aveugles prêtèrent d’abord leurs services à la municipalité du IIe arrondissement, puis, à partir de frimaire an A II, à la municipalité du Ier arrondissement qui leur (ît des propositions plus avantageuses, ainsi qu’en témoigne cette lettre d’Haüy à la municipalité du IIe arrondissement, le in frimaire an \ 1 1 (Bih nat., Nouv. acci. l'r. 2.638).
« Ç’a été avec peine et bien malgré moi que je me suis vu forcé de vous retirer le petit service de musique des Aveugles-Travailleurs. ^ 011s a\iez observé avec juste raison qu'il était faible en talents ; mais c'est tout ce que les premiers élèves aveugles formés à l'établissement avaient pu tirer en six mois de leçons de ces jeunes enfants nomellcment arrivés à l’Institution des divers départements, et l’administration municipale du 1er arrondissement ayant bien voulu s’en contenter et lui offrir des honoraires, pour l’exécution des fêtes du temple de la Concorde, l'intérêt de l’établissement m’a commandé ce sacrifice, malgré l’accueil que vous leur aviez fait Je vous prie, citoyens administrateurs, d’agréer les témoignages de leur vive gratitude pour les soixante-douze francs que votre sensibilité offre à leurs efforts ou plutôt à leur intéressante situation. Salut et respect.
Signé : Haüy.
Premier inspecteur des Aveugles-Travailleurs. »