Le pore de famille meurt en chantant un hymne
O mes fils ! O femme chérie !
Cessez vos pleurs et vos regrets ;
C’est Dieu qui me donna la vie C’est Dieu qui répand scs bienfaits.
Quand le flambeau de mes journées Pâlit et tend vers son déclin,
Dieu couronne mes destinées En me rappelant dans son sein...
LES PRÉU DES HE LA TllÉOPHILANTHROPIE
des ailles , ne venait il pas de lui rendre comme un regain d’actualité ?
L’évangile de Daubermesnil ne parul pas si grotesque. Le journal « philosophique », par excellence, La Décade, en fit un compte rendu bienveillant, dans lequel on chercherait vainement une trace de moquerie 1 . Le critique, qui signe R. D. F., félicite Daubermesnil de ses efforts pour constituer un « culte fondé sur les lois de la saine morale qui, sans avoir les inconvénients attachés au sacerdoce hiérarchique, à la prééminence exclusive, à l’inquisition des consciences, consacrerait les rapports de l’homme à l’homme, de l’homme à la patrie, de l’homme à la divinité ».
Un pareil culte serait « un des plus puissants moyens d’ordre social ». — Le livre de Daubermesnil vient donc à point. « Les hommes sages, éclairés et honnêtes, le liront avec plaisir et souvent avec attendrissement... » La cérémonie de l’inhumation est « très touchante », etc.
Lus dans un journal, qui faisait habituellement profession de mépriser toutes les formes religieuses, et qui n’épargnera pas à la théophilanthropie ses épigrammes, ces éloges ne laissent pas d’être significatifs2.
1. Décade philosophique littéraire et politique, n° du 10 germinal an IV (3o mars 1796).
2. il tant pourtant remarquer que les projets de Daubermesnil provoquèrent les railleries d’un homme aussi sincèrement déiste que Sébastien Mercier, qui sera l’un des premiers Théophilanthropes. — Mercier reproduit dans son Nouveau Paris, 1798, in-8(t. VI, ch. ccxxxn, p. 4-1 et suiv.), le discours qu’il prononça sur ce sujet aux Cinq-Cents, le 2 1 brumaire an V. — « Eh ! que veut-on aujourd’hui? Nous redonner les dieux lares, les autels domestiques, les urnes cinéraires, les fioles, les Iacrymatoires des anciens ; ou bien refaire les momies d’Egypte, nous recouvrir de bandelettes, et nous repousser ainsi dans les erreurs et les extravagances du paganisme?... Les grossiers plagiaires des coutumes anciennes vont bientôt nous apporter ici les ridicules usages de tous les peuples de la terre, qu’ils auront puisés dans les dictionnaires... Les sépultures privées sont un attentat envers le calme et le repos de la société. La loi effroyable qui laisserait les cadavres au pouvoir des individus et de leurs fantaisies, condamnerait ces corps à être profanés... On verrait l’un enlever le muscle qu’on appelle le cœur et, grossièrement trompé par ce mot, il croirait posséder autre chose qu’un viscère. Lin stupide admirateur enlèverait la cervelle à un savant et il s'imaginerait avoir ce qui fut son intelligence... Idolâtrie, veut-on rclahlir tes autels ?. .. »