NOUVELLE ÉVOLUTION PHILOSOPHIQUE
vous désiriez que certains hommes, avec lesquels j'ai des relations, eussent plus de ménagements envers ceux de leurs concitoyens qui n’avaient pas la même opinion qu’eux sur telle question dont s’est occupé la philosophie; et c’était bien aussi le vœu de mon cœur. Vous verrez sans doute avec plaisir, par le rapport ci-inclus, que l’on est parvenu à remettre ces hommes dans une voie plus conciliatrice.
Lisez seulement l’alinéa cinq pères de famille, etc... 'N ous comprendrez facilement que sous la bannière de la Morale on a caractérisé la Philosophie, litre dont on a évité de se servir parce que les fanatiques continuent à le prendre en mauvaise part. Et ce soûl les philosophes qu’on a désignés par ces expressions du discours tenu par le premier père de famille dans l’un des alinéas suivants : ... Soit que n'exposant aux regards du public aucuns signes visibles de la religion, ils se contentent, etc...
.le désire que cette circonstance vous réconcilie avec les théophilanthropes.
Salut et fraternité.
Haüv 1 . »
Chemin et François ue N eufch vtf.au. — Vers le même temps, Chemin, envoyant à François de Neufchâteau le Code de la Religion naturelle, insistai I sur le caractère « philosophique » de l’œuvre que ses amis cl lui avaient entreprise, et lui demandait de protéger la secte, de donner des emplois à ses lecteurs et orateurs.
« Vous êtes philanthrope, vous êtes ministre, vous pouvez tirer de cette institution un grand parti pour la France. Ce n’est pas l’argent qu’il lui faut, elle n’a besoin «pie de professeurs dignes de ses principes.
Que le gouvernement voie la théophilanthropie telle qu’elle est, c’est-à-dire non comme une secte, mais comme une institution de morale universelle, qu’il emploie ses professeurs suivant leurs talents; une foule d'hommes probes et instruits s'y consacreront, les autels de la superstition tomberont avec fracas, la morale de la Nature retentira partout et vous aurez un peuple sage, un peuple vraiment républicain2... »
i . Arch. nat. , F'9 3 1 1 .
•a. Arch. nat , Collection d'autographes de la section moderne. La lettre de Chemin est datée du nivôse an ô II (ier janvier 1799). François de Neufchâteau répondit à Chemin le 17 nivôse, mais sa réponse manque au dossier.
Les théophilanthropes célèbrent lne fête en l’honneur des PLÉNIPOTENTIAIRES ASSASSINÉS A RaSTADT. - Même
à la veille du 3o prairial, les théophilanthropes s’efforçaient encore de reconquérir les bonnes grâces du Directoire. Ils décidèrent de célébrer une fête funèbre en l'honneur des plénipotentiaires assassinés à Rasladt, et ils ne craignaient pas de solliciter à cette occasion « l’offrande volontaire » des membres du Directoire1. Gomme autreiois la fête funèbre de Hoche, la fête funèbre de Roberjot et Bonnier fut célébrée successivement dans les différents temples de la secte, à Saint Germain l’Auxerrois (temple de la Reconnaissance), le 5 prairial an VII, à Saint-Sulpice (temple de la Victoire), le 3o prairial, etc.
Défiances du pouvoir. — Les théophilanthropes en furent pour leurs complaisances intéressées. Il ne semble pas qu’ils aient réussi à désarmer complètement les défiances du Directoire et de ses agents.
ÏN’élant plus subventionné, L’Ami des théophilanthropes disparut avec son numéro 22 (10 messidor an VI), juste au moment où les Conseils organisaient le culte décadaire.
Comme si elles obéissaient à un mot d’ordre, les feuilles olîicieuses cessaient de tenir l’opinion au courant des faits et gestes des théophilanthropes. Quelques-unes même inséraient des entrèlîlets moqueurs à leur adresse. C’est ainsique Y Indépendant du i5 fructidor an VI consacrait une note à l’anniversaire de la mort de Catherine Théos où les lecteurs n’avaient pas de peine à saisir une allusion à la théophilanthropie.
Le commissaire central Dupin espérait que les réunions décadaires feraient disparaître la théophilanthropie et il
1 Arch. nat , Reg. d’enregist. delà correspondance du Directoire AplR* 2296 à la date du 23 prairial an VII.
DÉFIANCES Dl POUVOIR. - CONNUT A NOTRE-DAME 54 T)
s’en réjouissait en ces termes : « Les lliéopliilant liropcs, comme les catholiques, auraient bien désiré jouer un rôle dans les fêtes décadaires ; mais la haine mutuelle qu’ils se portent les en exclut plus sûrement encore que les arrêtés du département. La religion civile me paraît devoir bientôt détruire toutes les autres, si l’on sait rendre les cérémonies attrayantes »
Conflits entre les municipalités et les tiiéopiiilanturopes. — Les municipalités entrèrent fréquemment en conllits avec les sociétés théophilanthropiques de leurs arrondissements au sujet de l’usage des églises.
Conflit à Notre-Dame. — En s’installant au temple de l’Etre suprême (Notre-Dame), la municipalité du IX11 arrondissement expulsa les ihéophilanthropes du chœur qu’ils occupaient et les relégua dans la nef ainsi que les catholiques. En vain les théophilanthropes protestèrent auprès de La Révellière, leurs pétitions restèrent sans résultat \ Les raisons invoquées de part et d’autre dans ce conllit ne manquent pas d’intérêt.
Une première fois, les lliéophilanlhropes firent valoir ipic la loi ne donnait pas aux municipalités le droit de s’emparer de la jouissance exclusive des édifices ou de partie des édifices consacrés aux cultes. Ils protestèrent qu’il « était dans leur caractère comme dans leurs principes d’avoir un respect religieux pour les emblèmes civiques et pour les grands hommes, qui par leurs lumières ont été utiles à la Patrie ou qui on concouru à l’aft’ermissement delà République... » et ils demandèrent en conséquence l’autorisation de célébrer leurs offices dans la partie de l’église aménagée pour les fêtes décadaires.
Ils firent observer enfin qu’ils avaient déjà lait des dépenses dans le chœur cl qu’ils seraient obligés d’en faire de nouvelles pour s’installer ailleurs. Leurs raisons, si bonnes qu’elles fussent, ne parurent pas convaincantes. L’administration municipale invoqua, pour maintenir sa
i . Compte de vendémiaire an VII (Aulard, Esprit public, N , p. 171). a. Le dossier complet de cette allairc est aux Arcli. nat., I-Ifl Î70.
Mathiez. 35
5/|6 CUITE UÉCUIAinr. ET THÉOPHH.AXTllROPIE
décision, des nécessités pratiques: elle ne pourrait pas, à chaque séance, faire déplaceras objets du cidle décadaire, cela coûterait beaucoup de soins et de dépenses : il y aurait à craindre les dégradations. Puis, il manquait un local pour les resserrer. Sans doute, les ihéophilanlhropes déclaraient ne pas exiger que les objets du culte civique fussent déplacés ni môme voilés, mais il n’était pas possible non plus de leur permettre de se servir des chaises, fauteuils, etc., de l’administration. Si on les laissait pénétrer dans le chœur, les catholiques, qui en avaient été chassés, pourraient crier à la partialité. « En admettant les théophilanthropes concuremment avec le peuple à la jouissance des mêmes portions de l’édifice de Notre-Dame, n’introduirait-on pas un privilège en leur faveur? attendu que les catholiques, qui pourraient avoir la même faculté, n’en profiteront pas, parce qu’ils penseront peut-être que leur religion s’y oppose, et sullit-il qu’ils puissent en jouir pour que toute idée de privilège cesse? » L’administration centrale consultée donna gain de cause à la municipalité. Les théophilanthropes insistèrent, en appelèrent à François de Neufchâteau et à La Révellière, accusèrent la municipalité de favoriser secrètement les catholiques. « Ils ne pensent pas, s’écriaient-ils dans une lettre à La Révellière, le ‘2 ~ frimaire an VII, que, pour prix de leur zèle et des efforts qu’ils ont fait jusqu’à présent pour terrasser le fanatisme qu'ils abhorrent, ne pouvant trouver dans le temple aucune partie convenable pour exercer leur culte, étant en outre par leur position dans l’impossibilité de faire de nouvelles dépenses pour cet objet, puisqu’ils doivent encore 685 francs aux ouvriers qui ont rétabli le chœur, en érigeant un nouvel autel et en y faisant une clôture ; qualifiés de scélérats par beaucoup de fanatiques qui chantent déjà victoire, le Directoire exécutif, négligeant la théophilanthropie dans le premier temple de la capitale, veuille les mettre à l’écart de préférence aux autres, et les voie sans intérêt supporter les caprices d’une municipalité qui n’a point d’imitateurs. » Et ils terminaient, en déclarant qu’ils se verraient forcés de cesser définitivement