I . Moniteur
cru TE DE CULTE DECADAIRE
avec tou 5 ses abus, croyez-vous qu'ils n'opteraient pas encore pour ce dernier ? Croyez-vous qu'ils n'aimeraient pas mieux demeurer exposés à être déportés à l'ile d’Oléron ou à l’ile de Rhé en vertu de la latitude laissée au Directoire, exécutif par la loi du 19 fructidor, que de s’exposer à une translation sur la côte Ouest de l'Afrique depuis le 2ou Sud jusqu'au 28e en vertu de la désignation expresse portée par la loi du 29 vendémiaire an II?... »
Politique religieuse du nouveau directoire. — Contre les prêtres, le nouveau Directoire resta donc en possession du même pouvoir que l’ancien, mais il avait reçu des Conseils ce double mandat quelque peu contradictoire, de protéger les prêtres constitutionnels et les théophilanthropes, et de vivifier en même temps le culte décadaire, ce qui le mettait fort à l’aise pour agir comme il l'entendrait. Or, il ne semble pas que la politique religieuse du troisième Directoire ait été sensiblement différente de celle du second. Soit que Sieyès ne mérite pas les éloges, dont les constitutionnels l’avaient comblé avant prairial, soit qu’il ait craint de compromettre le succès de ses intrigues en y mêlant la religion, soit encore qu’il n’ait pas réussi à faire partager à ses collègues du gouvernement ses idées en faveur des prêtres, on ne voit pas que le catholicisme ait reçu du pouvoir un traitement plus favorable. Rendant compte d’un arrêté « persécuteur » du département de l’Oise en date du 26 lructidor, les Annales de la Religion le firent précéder de ces réflexions mélancoliques et désenchantées : « Avant que cet acte parût, la France commençait à se rétablir des plaies profondes que lui avait faites l’administration fanatique du philosophe La Révellière-Lépeaux... Toutes ces belles apparences de sagesse et de clémence n’auraient-elles donc été tpie de vaines illusions ou des pièges qui servaient à tromper les souffrances et en préparaient de nouvelles dans le silence de la plus perfide tyrannie? Nous ne pouvons croire (juc les figures qui siègent au Directoire aient seulement changé et que les principes soient restés les
QUIXETTE, FOLCHÉ ET LES PRÊTRES .>7!
mêmes'... » Ces plaintes étaient en grande partie fondées. Quinette et Fouché, les deux nouveaux ministres de l'inlérieur et de la police étaient deux « philosophes » con vaincus, qui s’efforcèrent dans la limite du possible de soutenir le culte décadaire et d’arrêter les progrès de la superstition .
Qeixette, Foi ciié et les prêtres. — L administration centrale de l’Indre, ayant écrit à Quinette, le 19 thermidor an MI, pour lui signaler le changement d’attitude des prêtres constitutionnels, qui depuis le 3o prairial refusaient de l'cler le décadi comme avant cette journée, en reçut cette réponse, qu’aurait pu signer François de Neufchàteau :
« Les ministres des cultes, dont la liberté est consacrée par la Constitution, ne peuvent être contraints à. l’exercer seulement les décadis et les jours de fetes nationales, mais il convient de les exhorter à suivre pour cet exercice l’annuaire républicain. S ils sont patriotes, ils déféreront à celte invitation; s’ils y résistent, si par leur obstination ils donnent lieu à des agitations séditieuses et au mépris des institutions républicaines, le ministre pense que dans ce cas ils pourront être empêchés d’exercer1 2 3 ».
Quant à Fouché, il secondait Quinette de son mieux. Par des circulaires répétées, il stimulait le zèle des administrations, leur enjoignait de célébrer le décadi et d’exécuter strictement les lois relatives à l’exercice des cultes0. Il proposait au Directoire de transférer dans les départe inents de l’intérieur les prêtres détenus dans les départements frontières4 * *! Bref, il continuait sa mission philosophique de l’an 11 .