‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 39 sur 519 · Le 25 germinal au.J«, Bib. uat., Le · texte numérisé non relu

Le 25 germinal au.J«, Bib. uat., Le

LES PRÉLUDES DE LA. THEOPHIL VNTUROPIE

Ainsi donc la religion, une religion saine et éclairée, est, en dernière analyse, le principe et la source du bonheur commun. Il faut donc une religion, il faut un culte, mais un culte approprié à la raison, au gouvernement actuel et à l’utilité publique. Un tel culte existe-t-il aujourd’hui parmi nous? je ne le crois pas. Tous les bons citoyens doivent donc s’empresser de former des réunions saintes et patriotiques, d’établir un culte social, dont les principes et le bon exemple confondraient bientôt tous les ennemis de la raison, de la vérité et de la patrie.

Rites et cérémonies du culte social.

Tous les décadis et même tous les quintidis, vers 10 heures du matin, les membres du culte social se réuniront dans un local convenable, choisi à cet effet. L’objet de cette réunion sera d’honorer l’Etre suprême et de ranimer dans tous les cœurs l’amour de la patrie, qui est une partie essentielle de ce culte.

La réunion sera dirigée par un syndicat composé de cinq membres, dont l’un sera le principal ministre et les quatre autres ses assistants ; le principal ministre sera vêtu d’une robe violette ou bleu céleste avec une écharpe blanche ; les assistants porteront une robe blanche avec une ceinture violette ou bleu céleste.

Les citoyens de la réunion occuperont la droite du ministre, les citoyennes et les enfants seront à sa gauche.

En face de l’estrade, où seront placés le ministre et ses assistants, sera la chaire des lecteurs ou orateurs1.

Entre l’estrade et la tribune, sera dressé un autel à quatre faces sur lequel sera un soleil d’or, honoré comme l’image de la divinité bienfaisante, qui anime tout, qui voit tout. Aux quatre coins de l’autel, seront placés d’un côté le livre de la loi et, quand les circonstances le permettront, le pain de la fraternité, de l’autre côté un vase à brûler des parfums et un vase d’eau lustrale.

Au pied de l’autel et en face du soleil, sera un grand candélabre avec un cierge qui restera allumé pendant les offices de la réunion.

Ces offices commenceront par un chant d’invocation à l’Être suprême ; puis, un des assistants lira les lois et nouvelles les plus intéressantes du jour ; ensuite le ministre bénira l’assemblée, prononcera en français l’oraison du sage de la Galilée,

i. C’est précisément le terme dont les Théophilanthropes se serviront pour désigner leurs prêtres.

BENOIST -LAMOTHE ET l,E GUI, TE SOCIAL 5f)

dite l’oraison dominicale; un dos assistants lira quelque beau trait d’histoire, analogue à la fête indiquée dans le calendrier républicain ; une citoyenne pourra alors offrir le pain de la fraternité. Les nouveaux époux, mariés dans le décade, se présenteront au pied de l’autel, le ministre les bénira ou plutôt appellera sur eux les bénédictions célestes. Les époux, à qui le ciel viendra d’accorder un enfant, présenteront le nouveau-né devant le ministre qui le bénira ; ils feront le serment de l’élever dans la soumission aux lois de la République et dans la pratique des vertus sociales. Des chants religieux et patriotiques suivront ces diverses cérémonies, après lesquelles tout citoyen, membre de la réunion, pourra entretenir l’assistance sur tout objet d’utilité publique : mais auparavant il se présentera en silence devant le ministre, qui lui remettra un ruban tricolore, attribut de l’orateur et signe que la parole lui est accordée. S’il s’écarte du principe de la réunion, le ministre le rappellera à l’ordre en frappant sur le livre de la loi, l’orateur pourra continuer en se rétractant; mais s'il persiste dans son erreur, le ministre enverra un des assistants qui, en lui montrant le livre de la loi, lui fera signe de descendre de la tribune. S’il osait résister, le ministre lèvera la séance en éteignant le cierge qui doit brûler devant l’autel ; c’est par ce signal qu’il annoncera toujours au peuple que l’office est achevé, il pourrait y joindre cetteformule : allez et vivez en pair.

Le citoyen, qui aurait scandaliés l’assemblée par sa résistance ou autrement, sera exclu de la réunion.

À part quelques différences de forme, des réminiscences du catholicisme (par exemple le cierge allumé, le pain de la fraternité, l’oraison dominicale), des emprunts faits au culte décadaire (la lecture des lois), des symboles naturalistes (le soleil), le culte social procède tic la même inspiration que la théophilanth copie.

Les principes généraux sont identiques ; l’organisation assez semblables, puisqu’on y voit déjà figurer des lecteurs et des orateurs, et un ministre assisté d’un conseil. Mais ce qui est le plus digne de remarque encore, c’est que l’auteur du culte social, à l’exemple de Daubermesnil, deviendra, avant peu, un des propagateurs de la théophilanthropie.

Consacrons lui quelques mots de biographie.

Benoist-Lamotiie. — Benoist Lamothe, c’est ainsi- que

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