‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 400 sur 519 · Arch. nat., F* Cff" Doubs il · texte numérisé non relu

Arch. nat., F* Cff" Doubs il

\. Vrch. du Calvados. Comptes décadaires. Compte de la troisième décade de brumaire.

CUITE m CULTE DECADAIRE

Le Bureau central de Paris, après avoir signalé au ministre de la police le prône séditieux de l’évêque Royer, lui faisait observer « que si le fanatisme religieux s’unissait aux sarcasmes réactionnaires des pièces dramatiques, les journées mémorables des 18 et 19 brumaire tourneraient bientôt au profit des ennemis de la République » et il terminait en invitant les consuls à intervenir : « Le Bureau central pense qu’il serait utile de déclarer aux prêtres catholiques que l’intention formelle des consuls est de ne pas permettre que les ministres du culte abusent de leur influence pour arrêter la marche du gouvernement, et le triomphe des principes républicains. Il a fait part de son opinion au ministre, lui ajoutant que cette déclaration paraît d’autant plus nécessaire que déjà les catholiques de divers quartiers de cette commune demandent la réouverture de plusieurs églises fermées par ordre des autorités '. »

Plus que jamais, les républicains proclamaient la nécessité des <( institutions » pour sauver la République. Dans un curieux projet de constitution, qu’il adressa d’Evreux aux consuls, le 20 frimaire an VIII, Robert-Thomas Lindet conseillait la prompte réorganisation des « institutions civiles ». Dans le système de fête qu’il rêvait d’établir « le vieillard et l’enfant, l’époux et l’épouse, la mère et la fille trouveraient l’instruction et l’amusement, le plaisir avec l’exemple et les leçons de la vertu3... » La grande majorité des républicains était d’accord pour réclamer le maintien du culle décadaire, connue indispensable au maintien de la République elle-même.

Les partisans de l’apaisement. — Le projet du citoyen Lambert. — Néanmoins, comme au 3o prairial, il se

1 Arch. nat., AF,V 1,^29. Rapport cité 2. Arcli. nat., AFJV 1060.

LES PARTISANS DE l’aPAISEMENT 58j

trouva (les anciens républicains désabusés pour préconiser une politique religieuse tout opposée : l’abandon du culte décadaire, l’indulgence pour les catholiques. Parmi ces partisans de l’apaisement, il n’en est peut-être pas, dont les opinions soient plus importantes à connaître que celles du citoyen Lambert, ex-conventionnel, qui déposa, le 21 frimaire, sur le bureau de la comYnission législative des Cinq-Cents « un projet de loi pour donner plus de latitude à la liberté des cultes, sans blesser les principes républicains1 ». Lambert proposait de permettre l’exercice des cultes, « comme avant la Révolution », dans les communes, où une seule religion serait représentée. Dans les autres communes, les cérémonies seraient limitées à l’intérieur des édifices. Tous les prêtres de toutes les églises seraient tenus de réciter une prière publique pour la prospérité de la République et du gouvernement. 11 leur serait expressément défendu « de former aucune congrégation ou confrérie et tout rassemblement de l’un ou l’autre sexe sous quelque nom ou quelque prétexte que ce soit, ailleurs que dans les temples et aux heures indiquées ».

Dans une lettre explicative jointe à son projet de loi2, Lambert exposait les raisons toutes réalistes qui l’avaient conduit à celle solution. Il s’était aperçu qu’on ne peut modifier par la loi des mœurs, des usages, des habitudes séculaires. Il avait compris que la vraie cause de l'échec du culte décadaire n’était pas tant les menées des prêtres (pie la résistance inerte des populations : « Toutes les fautes de la Convention et du dernier Directoire, disaitil, ne sont ducs qu’à l’ignorance absolue des mœurs et des habitudes des gens de la campagne, dont on leur a toujours déguisé les vraies dispositions, et encore aujourd’hui je vois tous les jours dans des arrêtés d’administrations centrales combien elles sont induites en erreur, en disant que ce sont les royalistes et les prêtres insoumis seuls, qui opposent toute la résistance qu’on éprouve au sujet de la célé-

i. Arcli. nat., F19 ^17.

a Arch. nat., nicmo dossier.

CHUTE DI CULTE DECADAIRE

bralion des décadis, de l’introduction du système métrique, etc. Rien n’est plus vrai qu’ils y participent de tout leur pouvoir, mais aussi rien n’esl plus constant que tous les patriote! font avec eux cause commune à cet égard ; en sorte que je puis vous affirmer, dans ma conscience et dans ma conviction intime, que les obstacles et la résistance seront invincibles et que tous les efTorls que l’on fera, comme ceux qui ont été déjà laits à différentes reprises jusqu’ici, ne serviront qu’à avilir les fonctionnaires publics chargés, sans moyens coactifs (vous remarquez bien que je parle de la campagne seulement, mais qui fait les quatre cinquièmes de la France), de faire exécuter ces lois qui répugnent à tout le monde... » Ce langage rempli de fermeté et de bon sens fit impression et la commission législative des Cinq-Cents transmit le projet de Lambert au Conseil d’Etat, section de l’intérieur. Lambert en envoya une copie à son compatriote Marmont et exprima le vœu que la question fût soumise « au jugement seul du vainqueur de l’Egypte et de l’Italie ». « Personne, disait Lambert, n’a plus que lui appris à connaître l’empire de l’habitude et des opinions religieuses ; cela vaut mieux que d’avoir étudié les hommes dans Anacharsis et de vouloir faire de nous des Grecs ».

Politique religieuse de Bonaparte. — L’apaisement. — J’ignore si ces réflexions tombèrent sous les yeux de Bonaparte, mais je ne doute pas que, s’il les a lues, il a dû y applaudir. En tout, cas, il orienta dès le début sa politique religieuse dans le sens de l’apaisement. Sans doute, il ne put aller aussi vite dans cette voie qu’il l’aurait voulu. Il avait à compter avec ses alliés et ses complices de la veille, avec ses collègues du Consulat provisoire, avec ses propres ministres, avec les commissions législatives, puis avec les nouveaux Conseils, etc... Il dut ménager les transitions, procéder par demi-mesures. L’op-

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