POLITIQUE RELIGIEUSE DE BONAPARTE
veau commissaire central de la Seine, Garnier, constatait , dans son compte de nivôse an 'N III, que dans presque tous les cantons du département, les malveillants avaient voulu « abuser de la tolérance philosophique du gouvernement pour persuader au peuple que la sonnerie était une partie inhérente au culte et que, la liberté illimitée du culte étant rendue, ils pouvaient et devaient sonner les cloches1 ». Des manifestations analogues se produisaient un peu partout. En Eure-et-Loir, le commissaire central notait, dans son compte de nivôse2 : « L’arrêté des consuls sur le libre exercice des cultes, qui devait être reçu avec reconnaissance et unir les Français par les liens d'une douce tolérance, a été le prétexte de désordres dans beaucoup de cantons ; dans plusieurs, les lois sur la police des cultes ont été violées ; dans quelques-uns, les séditieux ont porté l’audace jusqu’à enlever des temples et détruire les emblèmes républicains. » Mêmes désordres dans l’Aube, que signalait en ces termes le commissaire central3 * : « Le peuple trompé par une fausse interprétation des arrêtés des consuls de la République du 7 nivôse, croyant qu’il lui était permis de sonner et d’exposer en public les signes de sa croyance, et se livrant à celte erreur flatteuse, déjà les signes religieux étaient sur le point de reparaître et le son des cloches se faisait entendre dans plusieurs communes rurales. . . La même idée, qui induit en erreur le peuple sur l’exercice des cérémonies de son culte, lui a fait croire que les fêles décadaires étaient enveloppées dans la suppression que le gouvernement a faite de quelques-unes des premières. On croit aisément ce qu’on désire. Déjà les habitants de la commune de Troyes avaient ouvert, les jours de décadi, leurs boutiques,
1. « Compte général sur la situation morale, politique et civile du département de la Seine pendant le mois de nivôse an VIII, présenté au ministre de la police générale par le commissaire du gouvernement près l’administration centrale du dit département » daté du 20 pluviôse an VIII (Arch. nat., F* 7627.