Arch. nat., F'C111 Yonne
2. Cité par Sauzay, Histoire de In persécution religieuse dans le Doubs , X, p. 5 10.
LES DERMERS JOURS DE CULTE DECADAIRE 09g
nager. Malgré le zèle de quelques administrations républicaines, les temples décadaires restaient déserts. Depuis brumaire, on n’y lisait plus le Bulletin décadaire ' qui avait cessé de paraître. Les fonctionnaires s’y rendaient seuls ou presque seuls, quand ils s’y rendaient. Il parut encore quelques brochures décadaires; par exemple une nouvelle édition du Catéchisme français de La Chabeaussière2, mais cette littérature passait inaperçue et s’éteignait rapidement.
A Paris, le commissaire central constatait, en nivôse, « le peu d’éclat des fêtes décadaires ». « La lecture froide d’un bulletin 3, la rigueur de la saison ont contribué, expliquait-il, à rendre ces fêtes peu intéressantes pour le peuple qui n’y joue qu’un rôle passif. Cette belle et utile institution semble anéantie. Sans les mariages et les familles qu’ils attirent, les temples seraient presque totalement, déserts1. » Dans certains cantons ruraux cependant, la cérémonie présentait encore une certaine animation. Les élèves des écoles y récitaient des morceaux d’histoire, de morale et les parents venaient applaudir aux succès de leurs enfants. Aussi le commissaire central proposait il de généraliser ces récitations publiques3. Il est à remarquer aussi que le repos décadaire continuait à être
1 . L’exemplaire de la Bib. nat. (Le2 1000) s’arrête avec le n° 5 de la deuxième année (2e décade de brumaire an VIII).
2. Catéchisme français ou principes de morale en vers à l’usage des écoles, nouvelle édilion, par La Cbabeaussière. Paris, an VIII (fonds Gazier). On peut y remarquer les définitions suivantes :
Qu’est-ce que Dieu ?
« Je ne sais ce qu'il est, mais je vois son ouvrage,
Tout à mes yeux surpris annonce sa grandeur ;
Mon esprit Irop borné n'en peut tracer l’image.
Il échappe à mes sens, mais il parle à mon cœur. .
Quest-ce que Pâme?
Je n’en sais rien ; je sais que je sens, que je pense
Mais j’ignore où je vais, et ne sais d’où je viens. . »
3. Quel bulletin ? Faut-il comprendre que les administrations relisaient d’anciens numéros du Bulletin décadaire ? ou ne faut-il voir dans ce membre de phrase qu’une formule toute faite, habituée depuis longtemps à venir sous la plume du policier.
4. Compte de nivôse an VIII, daté du 20 pluviôse (Àrcli. nat., F7 7627).
5. Compte de pluviôse an VIII, daté du i3 ventôse (Arch. nat., F7 7627).
CHl'TE m et ETE DECADAIRE
respecté à Paris, et, ce semble, sans trop de peine. « Les décadis sont bien observés et les contraventions à cet égard sont rares. Dans la plupart des cantons il en est de même... » Le commissaire concluait naïvement : «Cette belle institution ne s’effacera qu’autant que le gouvernement voudrait l'abroger, et il ne le veut pas1 2. » On lit encore dans le Bulletin de police du ier messidor an VIII : « Le Décadi, le jour destiné au repos par institution républicaine, est observé dans Paris avec exactitude. L’influence des prêtres est nulle sur ce point. On en juge par les rassemblements considérables, qui se forment dans les lieux publics, les spectacles, les promenades, les campagnes voisines de la capitale. L 'affluence n'est pas la même aux dimanches et anciennes fêtes catholiques'. » Et certes, ce résultat n’était pas méprisable.
Dans les départements, même dans les plus républU cains comme l’Yonne, les institutions républicaines ne faisaient pas aussi bonne contenance. Dans chacun de ses numéros, L’Observateur de l’Yonne signalait de nombreuses infractions aux lois sur « l’annuaire républicain ». Dans plusieurs communes, on annonçait la messe et les vêpres au son des cloches. Les fêtes décadaires ne se célébraient plus du tout, ou elles se célébraient « avec une mesquinerie, faite plutôt pour inspirer le mépris que le respect3». On n’emploie plus le mot de citoyen, on ne porte plus la cocarde, on proclame, malgré la loi, malgré les circulaires du ministre de la police, que « les maires sont libres de faire les mariages tous les jours, à la maison commune et même dans leurs domiciles ». A Sens, cette ville sainte du culte civique, la cérémonie décadaire du 3o pluviôse fut tellement tumultueuse qu'il fut impossible aux autorités de faire lecture des lois et nouvelles4. Et le journal ne pouvait que gémir en vain :