Quinet, Édition du centenaire. II, p
a. Voir entre autres témoignages sur l’irréligion régnante : le rapport du préfet de la Seine au conseiller d’Etat Lacuée (an lX)dans F. Rocquain, Etal de la /''rance au 18 brumaire, i8"4, p a^aetsuiv.; les aveux désolés des Annales de la Religion, t. \, n° i : « Autrefois tout le monde se piquait d’honorer Dieu à sa manière et de remplir les devoirs extérieurs de sa religion. A présent, le plus grand nombre 11’y pense même plus..., etc. » ; les Souvenirs de Cliaptal, 1893, p. 3aC : « L’opération la plus hardie qu’ait faite Bonaparte pendant les premières années de son règne a été le rétablissement du culte sur ses anciennes bases. Pour bien juger de l’importance et de la dilliculté de celle entreprise, il faut se reporter à cette époque où la haine la plus acharnée et le mépris le plus profond pesaient sur le clergé... ».
3. Le préfet d’Indre-et-Loire, Pommereul, constatait avec satisfaction que les églises étaient fermées dans le tiers de son département : « Le tiers de ce département est sans ministres du culte. Ce tiers paie exactement ses contributions, jouit d'une tranquillité parfaite et offre peutêtre moins de délits que les deux autres tiers, où des ministres dirigent les opinions, les familles, et souvent pour des intérêts fort temporels. . . » (Arch. nal , K 1 9 80(5 . Lettre du préfet en date du jour complémentaire an IX).
Matiiiez.
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CIIl TE DU CULTE DECADAIRE
avaient donc pour une grande pari rempli leur objet, qui était de déchristianiser la France. L’œuvre était en bonne voie quand le Concordat donna le signal de la réaction. Alors les saints de village recommencèrent à être adorés, mais Qui net n’eût été que juste en reconnaissant qu’ils avaient été auparavant ébranlés, « déplacés ».
Il n’est même pas absolument exact qu’il ne soit rien resté des symboles et des fêtes révolutionnaires. Les trois couleurs, dont le culte avait commencé aux fédérations, continuèrent à exciter dans l’âme de beaucoup de républicains une sorte d’émotion religieuse. La Restauration fut honnie parce qu’elle avait proscrit le drapeau tricolore. Les devises révolutionnaires, que les carbonari de 1820 gravaient sur leurs sabres, la Déclaration des droits continuaient à servir d’Evangile, de mots de ralliement aux fidèles de la Révolution.
Dans toute la France, on planta des arbres de la Liberté en 48. On en plante encore de nos jours1. Sous le premier empire, les derniers jacobins, l'éfugiés dans les loges maçonniques, y célébraient les fêtes du calendrier révolutionnaire 2. La troisième République restaura la fête nationale du 1 4 juillet. N’a-t-on pas célébré enfin, dans ces derniers temps, les anniversaires des grands hommes, de ceux qui ont conservé ou agrandi le patrimoine de la Révolution, le centenaire de Hugo, de Michelet, de Quinet? Certains
1. Récemment le député Tourgnol en plantait un dans la Haute- Vienne.
2. « D’après le rapport d’un commissaire de police au préfet du Léman (18 mars 1 8 1 1 ) Buonarotli était devenu, sous le nom de Camille, vénérable de la loge maçonnique des Amis sincères, qui servait à grouper des hommes ayant participé à la Révolution, v 11 m'est dit, continuait le commissaire, que celte loge célèbre chaque mois une des fêtes périodiques qui furent établies par les jacobins, comme la Liberté, l'Egalité, la Sagesse, etc., qu’à chacune d’elles il est fait un discours analogue et presque toujours par Buonarotli » (G. Weill, l’h. Buonarotti, Revue historique, t. LXXVI, p. '260).
Un Almanach de la Franc-Maçonnerie paru à Angers en 1886 (Bib. Nat. H. 5o54) débute par un calendrier des grands hommes, des martyrs et des bienfaiteurs de l’humanité parmi lesquels je relève les noms de Boudha, Zoroastre, Bernardin de Saint-Pierre, I olney, Kant,
I alenlin Haüy, Chaumelte, Babeuf, Dupont de Nemours, Moreau, Dupuis, Necker, etc.