‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 423 sur 519 · Autant, Esprit public, V, p. Goo · texte numérisé non relu

Autant, Esprit public, V, p. Goo

2. D'après Renom ier, Histoire de l’art pendant la II évolution i863, p. to3. M. Renouvicr fait remarquer que cette expression tendue et farouche donnée au portrait de I.a llévcllière ne correspondait guère à son caractère.

heureux. A quelque distance derrière l’autel, un jeune couple s’enlace au milieu de guirlandes de fleurs l.

Les théophilantropes désavouent La Révellière. — Chansonnés, ridiculisés de toute manière, les théophilanthropes ne s’abandonnèrent pas. Contre toute attente, ils firent face au péril et en triomphèrent.

Leur premier soin fut de séparer leur cause de celle de La Révellière. Dans une Déclaration 2, où l’habileté trop visible n’exclut pas une grande part de vérité, Chemin répondit, au nom des deux principaux temples parisiens, aux accusations lancées contre son église et notamment à celles dont Boulay (delà Meurthe) et François (de Nantes) s'élaienl faits les échos à la tribune des Cinq-Cents. Il rappela que la théophilanthropie existait déjà avant que La Révellière ne jetât les yeux sur elle. Le Manuel était imprimé et rédigé dès les premiers jours de vendémiaire an Y et la société fonctionnait en nivôse. Or, le discours de La Révellière à l’Institut datait du 12 floréal ! Il affirma que, depuis dix-huit mois, les théophilanthropes avaient cessé toutes relations avec La Révellière et que ces relations s’étaienl d’ailleurs bornées à trois visites. « Si Révellière, continuait-il, a témoigné quelque attrait pour la théophilanthropie, cet attrait n’a pas duré bien long-

1 . Cette gravure a été reproduite dans la réimpression du Moniteur, t. XXVIII, sub Jinem sous ce titre « Un théophilanthrope ». La bosse très apparente, dont est pourvu ce théophilanthrope, ne laisse aucun doute sur sa personnalité.

2. La déclaration est insérée tout au long dans le pamphlet ihéophilanthropique Lettre écrite par les théophilanthropes avant de mourir (B. V. de P. 8647. 6 p., in-8), avec la date du 5 messidor an VII cl sous ce titre : Déclaration des citoyens exerçant le culte de la religion naturelle dans les temples de la Reconnaissance ( Germain l’Auxerrois) et de la Piété filiale (Etienne du Mont) à Paris. Elle est reproduite littéralement, sans indication d’origine ni guillemets, dans les premières pages d'une brochure intitulée : La religion naturelle estelle absurde, intolérante, contraire aux idées reçues et conduit-elle au fanatisme ? (24 p-, iu-8). On en trouvera à la Bib. nat. (Ld,8S 38) un exemplaire relié à la fin du mémoire de Chemin, Qu’est-ce que la Théoph. ? Chemin en est probablement l’auteur, car la dernière page porte cette signature : v par le cit. C. D. » (Chemin-Duponlès). |M. Tourncux (III, n° i6o3-) en attribue à tort la paternité à DuhrocaJ. Si on en croit Chemin, la Déclaration fut répandue à profusion et insérée dans tous les journaux (Qu’est-ce quela Théoph.?,

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temps. Bientôt on s’empressa de le prévenir contre ceux qui la professaient et de lui rendre suspectes leurs intentions. Ils lui furents peints, ainsi qu’au Directoire, comme des jacobins, des buveurs de sang, des terroristes, etc., et dès lors tout accès fut interdit aux théophilanthropes et leur culte fut soumis à une surveillance inquisitoriale, qui exprimait assez les soupçons dont ils étaient l’objet... »

C’était, en apparence du moins, les rôles renversés. Ceux qu’on accusait d’avoir été les favoris, les protégés de l’ancien Directoire en avaient été en réalité les victimes ! — 11 y avait bien dans cette prétention un peu d’ingratitude, mais le paradoxe reposait sur un fait réel. Il était vrai que depuis germinal an VI, entre les théophilanthropes et le pouvoir, la bonne entente des débuts avait fait place à des défiances réciproques et à un refroidissement à peine déguisé.

Mais, où Chemin dépassait les limites permises, c’est quand il répudiait énergiquement, quand il repoussait avec horreur « les actes arbitraires et tyranniques exercés par l’ancien gouvernement contre des prêtres qui avaient juré fidélité à la République! » Le bon apôtre verse une larme de compassion sur « ces opprimés, que ce régime détestable a exilés du sol de la liberté! » Il entame l’apologie de tous les déportés, même des clicbiens : « Leurs fers ne les flétriront pas, ils sont imprimés par la tyrannie, dont les coups honorent toujours ceux qu’elle frappe! » 11 voudrait bien rejeter sur les théophilanthropes un peu de celte pitié qu il témoigne maintenant aux proscrits. A l’entendre, lui et les siens, « n’auraient pas lardé d’expier sous le nom d’anarchistes le courage qu’ils avaient montré, en parlant de vertu, de désintéressement et de justice sous un régime corrupteur et corrompu ».

Chemin est-il l’auteur de la Lettre écrite par les théophilanthropes avant de mourir') On le croirait. Les arguments, le style, tout concorde avec la Déclaration. « La Révellière, répétait la lettre, n’a jamais été ni directement ni indirectement le pontife des théophilanthropes. » La

62!? I.ES DERNIERS .TOI US DE LA. TTI EOPUI 1, ANTIIROPIE

vé ri té c’est (|ue La Révellière est un « avocat sans caractère, à qui l’élévation du poste a fait certainement tourner la tète... », « un bien petit homme qui les a abandonnés dès le premier moment et leur a fait môme l’honneur de les craindre, quand ils ont été organisés... » La Lettre mettait les républicains en garde contre les attaques imprudentes et injustes lancées de la tribune clés Conseils contre les théophilanthropes ; vraiment, le moment était bien choisi pour attaquer « ces hommes calmes et paisibles, qui prêchent sans cesse la tolérance », quand la République est aux prises avec les plus graves périls, les finances épuisées, les armées presque détruites, les ennemis sur les frontières !

L’avertissement fut entendu et, le 9 messidor, dans un manifeste aux Français, la commission des Onze inséra un éloge indirect de la théophilanthropie, « de ces paisibles sociétés qui professent la morale la plus pure et répandent les bonnes semences d’un rapprochement fraternel et d’une bienveillance universelle ».

Non contents de désavouer leur ancien patron, les théophilanthropes le calomnièrent, l’injurièrent, se mirent à aboyer avec la meute, déjà déchaînée contre le vaincu. Un pamphlet anonyme, mais qui est sûrement d’un de leurs chefs, Comité secret dans la vallée de Montmorency 1 , peignit La Révellière comme l’ennemi implacable des théophilanthropes et l’allié machiavélique des catholiques.

Sur son lit de mort, La Révellière appelle à son chevet le curé de Montmorency, lui déclare qu’il veut mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine et lui fait sa confession :

«... Ma tête était trop rétrécie pour que la philosophie d’un Voltaire et la philanthropie d’un Rousseau aient jamais pu s’y introduire. Une tète faite en forme de virgule ne tut jamais

1. Cornilé secrel dans ta vallée de Montmorency par le directeur Révellièrc et un personnage tris connu. Révélations faites par ce directeur de choses surprenantes qui étonneront la France entière', s, d . , in-8 ; Bib. nul., Lb'1'3 2254- La Révellière avait une maison de campagne à Montmorency.

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celle d’un penseur. Je poursuis. Le pamphlet somnifère, que j’ai publié en faveur de la liberté des opinions religieuses1, était un leurre adroit qui me fut conseillé par l’évêque de Blois2 3, une espèce de nasse à laquelle sont venus se prendre tous les théôphilanthropes. Qu’on se rappelle ici le rapport de Boissy d’Anglas sur la liberté des cultes. Eh bien ! c’est ce grand homme que j'ai voulu imiter, en saupoudrant d’une râpure de muscade philosophique ce ragoût réchauffé que l’institution ;! eut la complaisance de citer dans le temps comme un chef-d’œuvre de morale et de politique ; mais dans le fond, je n’étais pas plus philosophe que Laharpe, pas plus mécréant que Sicard et l’on m’accuse d’être le pape des théophilanthropes... moi, à qui l’on avait persuadé cpie les réunions des théôphilanthropes étaient des conciliabules de jacobinisme... moi, qui ai fait voleter inutilement et morfondre à ma porte les zélateurs de cette secte nouvelle... moi, qui ai refusé constamment d’accorder les secours et la protection 4 5 que réclamait celle religion philosophique, ce culte impie des Voltaire, des Rousseau et des Helvétius, ce culte qui, seul parmi tous les cultes, était en harmonie avec le gouvernement républicain, avec ce gouvernement qui, sans le 28 prairial, aurait bientôt été grossir la foule des républiques imaginaires. Ah ! mon père, vous exigez de moi que je fasse une rétractation de mes erreurs. Ce n'est pas moi qui ai erré, mais ce sont ceux qui ont répandu que j’étais le pape des théophilanthropes. Non seulement, il me sera facile de démontrer que je n’ai jamais favorisé ces novateurs impies, ces sectateurs d’une philosophie antichrétienne, mais j’établirai que mes conseils (conseils qui, il est vrai, ue sortent pas de mon estoc) ont fait rétrograder d’un siècle la monstrueuse théophilanthropie. Je m’explique. Ce culte que l’Angleterre et l'Europe enviait à la République française, faisait des progrès si rapides que le grand patriarche des Gaules 6 en fut effrayé. 11 vint un matin me trouver dans mon lit. Il versa un torrent de larmes, nomma les théophilanthropes, laissa un écrit sur une table et disparut. A peine était-il sorti de mon antichambre que les membres du comité des théôphilanthropes entrèrent dans mon cabinet. Us m’exposèrent, ipic trop resserrés dans leur salon de la rue de Thion-

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