‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 44 sur 519 · LES PRÉLUDES DE LA TTIÉOPIIILANTUROPIE · texte numérisé non relu

LES PRÉLUDES DE LA TTIÉOPIIILANTUROPIE

patriotes sont prêts à se faire de mutuelles concessions.

Les mêmes préoccupations essentielles se retrouvent dans les projets de cultes civiques, dont il nous reste à parler.

Autres projets. — Les Réflexions d'un pauvre diable. — En floréal an IV, peu de jours après la découverte de la conspiration de Babeuf1, un écrivain anonyme qui pourrait bien être Goupil de Préfelne2 * et qui signe Un pauvre diable, jetait sur le papier des Réflexions politiques et philosophiques sur les Révolutions en général , sur celle de la France, sa Constitution de 95, et la nécessité d’entourer d'idées religieuses le système décadaire. — « Ennemi juré » de l’anarchie et des sociétés populaires, le pauvre diable pense qu’on <( n’eût jamais dû parler de République » dans un pays sans morale comme la France. La République n’est le gouvernement idéal qu’autant que chacun s’y dévoue à l’intérêt général, est moral. Or, il n’est besoin que de promener les yeux autour de soi, « chaque membre du souverain s’approprie et regarde comme son patrimoine tout ce qu’il peut arracher à la chose publique. »

Les Français ne sont pas mûrs pour la République. Est-ce à dire qu’il faille revenir à la royauté ? Non, car cette réaction offrirait trop de dangers. Et puisqu’il n’y a pas moyen de rétrograder, il faut, bon gré mal gré,

1. Cette date nous est donnée par une note de la page 3i de la brochure analysée ci-dessous.

2. La brochure est précédée d’une préface composée plus tard et intitulée: « Faut-il un Roi, faut-il une République? Réjl exions d’un pauvre diable » (Bib. nat., Lb4- 45o). Elle est signée G... et parait avoir été écrite après le i8 fructidor.

G... « le pauvre diable » fait des réflexions amères sur la politique du Directoire qui a trompé ses espérances, qui s’est moqué de ses amis et s’est « comporté à son égard pis qu'un sultan ». Ce dernier trait s’applique assez bien à Goupil de Préfelne, qui fut inscrit sur la liste des déportés de fructidor et rayé ensuite.

Les opinions du pauvre diable conviennent d’ailleurs parfaitement à Goupil de Préfelne.

LES RÉFLEXIONS n’uN PAUVRE DIARLE

s’accommoder de la République el la rendre supportable.

Comment ? « En lui donnant des formes sages et austères, qui puissent garantir le bonheur et la liberté de la nation eL la préserver d’un éternel pillage », c’est-à-dire en la rendant morale. — Mais les idées morales reposent sur les idées religieuses. Idées morales et idées religieuses sont nécessaires à l’existence d’une société quelconque. « Je ne connais aucun gouvernement qui n’ait eu une religion pour appui. Si le système d’une divinité, d’un être suprême vengeur du crime el rémunérateur de la vertu, a paru nécessaire aux législateurs mêmes, qui n’ont eu qu’à former un peuple sorti des mains de la nature, il est sans doute bien plus indispensable chez un peuple corrompu, à demi éclairé et susceptible de toutes les impressions. » Il faut donc lier la République à un système religieux. A quel système religieux ? « Beaucoup de personnes pensent que si l’on avait adopté pour religion d’Etat celle du Christ, comme étant la plus étendue el presque la seule pratiquée en F rance, les principes républicains auraient fait plus de progrès et trouvé moins d’obslaclcs : je le pense aussi jusqu’à un certain point ; mais, outre que les sectes en général tendent à l’intolérance el que la religion chrétienne n’est pas à beaucoup près exempte de ce reproche, il faut avouer que cette conception eût été bien petite, bien étroite, dans le grand plan de la réforme générale qu’on a faite. D’ailleurs le pas est fait et il serait peut-être dangereux de rétrograder. »

On est donc obligé de remplacer le christianisme par un autre système religieux, « plus analogue à notre régénération ». La religion nouvelle sera dépouillée des erreurs, des superstitions des anciennes. Elle ne gardera que « le principe primitif de toutes les autres », la croyance en Dieu. Les athées, les matérialistes, s’ils ne croient pas à un Dieu personnel, ne peuvent nier, en voyant le mouvement des choses et des êtres, qu’il est en eux un principe de mouvement.

Dieu, pour ces dissidents, sera le premier moteur;

GS

L1ÎS PRÉLUDES DE L\ TIIÊOPIIILA.NTIIROPIE

qu’importe? L’union de tous les hommes peut se faire autour de la croyance en Dieu, et sur cet unique dogme seront construites la morale el la religion nouvelles.

Une commission de dix vieillards, « distingués parleurs lumières, leur talent, leur sagesse et une bonne conduite soutenue », recevront du gouvernement la mission de rédiger le code religieux de la France. On ne peut plus remettre ce soin à un seul homme, car les temps sont passés où un législateur pouvait se dire prophète, envoyé de Dieu et feindre des communications avec l’essence divine. Le pauvre diable doute fort qu’un Daubermesnil puisse avoir beaucoup de sectateurs. Retirés et recueillis dans une retraite isolée, ces dix vieillards s’appliqueront à « extraire ce qu’ils trouveront de meilleur dans les lois de Confucius, de Moïse, du Christ, de Mahomet et autres sages » .

Ils régleront ensuite, avec précision et en se pénétrant de la grandeur du sujet, le cul te extérieur, les cérémonies, l’organisation du clergé, etc... « Des temples plus majestueux que riches » ramèneront parmi nous les sentiments religieux et moraux que le vandalisme a failli faire disparaître.

Au fond du temple, s’élèvera la statue de la divinité « sous l’allégorie de l’âge viril tenant d’une main un globe représentant le monde et de l’autre un niveau pour rappeler aux hommes que chez elle il n’est acception de personne... » D’autres figures représenteront la justice de Dieu (une balance), sa toute puissance (la foudre), son éternité (un cercle), etc.

Les prêtres du nouveau culte, « qui doivent être absolument dépendants du civil », seront à la nomination du gouvernement. Ils expliqueront la morale, les lois, dirigeront les cérémonies, les chants civiques et religieux, les jeux athlétiques et seront aussi chargés de la première éducation de la jeunesse. Au-dessus des prêtres ordinaires, il y aura, « dans la ville où siègent les premières autorités », un « grand prêtre ou gymnasiarque », qui veillera à la stricte exécution du code religieux.

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