Arch. liât., F” 7760 Yonne
AUXERRE
YONNE
Les THÉOPHILANTHROPES CONFINÉS DANS UNE CHAPELLE.
— Le préfet fil venir le maire et lui demanda de désigner la partie de l’église qui pourrait être réservée aux théophilanthropes. Le lendemain, 3 nivôse, le maire avait fait choix d’un emplacement dans l’église et il en donnait avis au préfet :
« Par suite de nos conférences, je me suis transporté au temple île Saint-Eusèbc pour y reconnaître les lieux qui peuvent comenir à l’exercice du culte des théophilanthropes, sans nuire aux cérémonies du culte catholique.
Les théophiles se sont emparés dans ce temple d’une chapelle collatérale, tirant ses jours du côté du ci-devant cimetière, et l’ont fermée du côté intérieur pour leur servir de sacristie ou vestiaire. Cette chapelle a assez d’étendue pour l’exposition de l’autel et de tous les signes du culte théophilanthropique et pour l’usage de ceux qui concourent aux actes dudit culte. En lui rendant l’ouverture qu’elle a toujours eue sur le bascôté de la nef du temple, cette chapelle peut suffire aux théophilanthropes, pour la réunion des sectaires tic ce culte. Elle est au surplus le seul endroit qui doive être mis à leur disposition exclusive, sauf l’usage du bas-côté de la nef du temple.
Je vous propose en conséquence, citoyen préfet, de consacrer cette disposition dans un arrêté et vous prie de compter sur mon zèle pour la faire exécuter '. »
Divisions dans la société. — Nominations de nouveaux commissaires. — Le même jour, le citoyen Tenain, juge de paix, donnait sa démission de trésorier des théophilanthropes, pour manifester son mécontentement de n’avoir pu amener à une attitude plus conciliante les nouveaux commissaires de son culte, les citoyens Gourliau, menuisier, Mathieu, cabaretier et Voirin, charpentier2. Il semble bien que celte défection lut suivie d’autres et que nombre de bourgeois se retirèrent alors de la société par peur de se compromettre.
Mauvaise humeur du préfet. — Les tiiéophilan-
THROPES ENNEMIS DU GOUVERNEMENT. - Le ~] ÎUNOSC, le
préfet se décidait à imposer par voie administrative ce i . Àrch. mun. d’Auxerre.
2 D’après le dossier des Arch. mun. d'Auxerre.
CSG LES DERNIERS ,IOl US DE LV TIlÈOPIII L VNT1I IIOPIE
qu’il n'avait pu obtenir à l’amiable. 11 rendit l’arrêté suivant sur le partage de l’église :
« Le préfet de là onne, après avoir tenté inutilement depuis trois mois de concilier par la voie de la douceur l’exercice des cultes catholique et théophilanlhropiquc dans le temple Eusèbe, après avoir réservé aux sectaires du culte théophilanlhropique, par l’arrêté du t5 vendémiaire dernier et notifié par le maire aux commissaires de ce culte, la faculté de faire choix dans ledit temple d’un endroit exclusivement affecté à leur culte ou à leur autel ;
Considérant qu’au mépris de l’invitation faite aux commissaires du culte par le maire d’Auxerre, tant en sa qualité de maire qu’au nom du préfet qui l’en avait chargé et sans aucuns égards ni pour les magistrats, ni même pour la convention positive et formelle du principal commissaire du culte théophilanthropique, des sectaires se sont portés, le 3o frimaire (jour d’exercice du culte catholique), avec violence et emportement à l’autel catholique et ont continué de s’en servir avec une affectation, qui brave à la fois la décence, l’ordre public et le respect dû aux autorités constituées ;
Considérant que celle entreprise hardie et provocatrice du désordre nécessite une prompte mesure qui prévienne de semblables troubles ;
Considérant que les médiations des commissaires même de ce culte et d’autres personnes qui le suivent et les plus dignes d’égards par leur moralité, leur âge et leurs fonctions, ont été ce jour-là scandaleusement méprisées;
Considérant enfin que cet acte de violence tend à jeter la division entre les citoyens de l’un et l’autre culte, à exciter des rixes qui pourraient troubler l’ordre public,
Arrête ce qui suit :
I. Le maire d’Auxerre fera disposer dans le cours de cette décade une partie du temple Eusèbe, pour être exclusivement affectée au service du culte théophilanthropique. 11 en déterminera les limites cl fera mettre au-dessus une inscription pour désigner l’affectation spéciale du lieu audit culte.
II. Il est formellement défendu aux sectateurs du culte théophilanthropique de se servir de l’autel des catholiques et à ceux qui suivent le culte catholique de disputer en aucune manière du lieu où sera l’autel affecté au culte théophilanthropique, à peine de la part des uns ou des autres d’être dénoncés comme provocateurs au désordre et perturbateurs du repos public et poursuivis comme tels, conformément à
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l’article 26 de la loi du 7 vendémiaire sur la police des cultes dans l’exercice de l’usage commun des édifices.
III. 11 n’est rien innové aux heures déjà prescrites pour l’exercice des deux colles.
IV. Le maire d’Auxerre et par suite le commissaire de police sont chargés d’assurer et de suivre l’exécution du présent arrêté cl d’en rendre compte '. »
Comme s’il tenait à justifier sa conduite auprès de Fouché, le préfet lui adressait avec son arrêté une note explicative :
« J’ai l’honneur de vous transmettre,* citoyen ministre, un arrêté que j’ai cru devoir prendre pour réprimer et prévenula violence de quelques sectaires du culte tliéophilanthropique.
J’ai vainement épuisé tous les moyens de conciliation et employé la médiation des citoy ens les plus raisonnables parmi ceux qui suivent ce culte. 11 existe dans le nombre de loris mauvais sujets qui, dupes de certains meneurs, sont toujours prêts à se porter à des excès, qui, toujours en scène quand il s’agit de désordre, n’attendent que l’occasion de signaler leur haine ou leur vengeance contre les magistrats d’un gouvernement qui leur déplaît -. »
Le grand mot était lâché. Les lliéophilanlhropes étaient représentés comme les adversaires du gouvernement.
Le calme se rétablit sans doute dans la suite, car notre dossier 11e conlienl plus rien jusqu’au début de l’an \.
Il est à noter que les lliéophilanlhropes d’Auxerre comptaient parmi leurs lidèles « les enfants de 1 hospice général île bienfaisance ». Ceux ci méritèrent lesélogesdu Citoyen français pour un bel exemple qu ils avaient donne de leurs sentiments d’humanité*.