‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 464 sur 519 · Arch. nat., même dossier · texte numérisé non relu

Arch. nat., même dossier

3. « Les en l'an Is de l’hospice général do bienfaisance d’Auxerre, ayant été informés que deux villages voisins venaient d etre submergés par un orage affreux et que les habitants avaient tout perdu et étaient réduits au plus alTreux désespoir, firent pari à leur chef de 1 intention dans laquelle ils étaient d’employer au soulagement de ces infortunés le peu d’argent qu’ils avaient amassé, provenant d’encouragements qu'ils avaient reçus et montant à la modique somme de cinquante et quelques sous. En conséquence, ils adressèrent une pétition au citoyen Champeaux, leur digne et vertueux économe, qui,

Etat de la tiiéopiiilanthropie a la fin de l’an IX. — En somme, lien en apparence ne faisait présager la chute prochainede la théophilanthropie à la fin de l’an IX. Elle avait résisté victorieusement à la crise de prairial, s’était réorganisée à Paris et en province. Les progrès de la réaction catholique, loin de l’alTaihlir, lui rendaientau contraire bien des sympathies patriotes, qui s’étaient éloignées d’elle en l’an Vil et en l’an YI11. Les 'clubs étaient fermés, le culte décadaire enterré, elle apparaissait comme le seul groupement philosophique resté debout. Le premier consul jusque-là avait semblé l’ignorer. Le ministre de la police à Paris, certains préfets dans les départements, s’efforçaient de garder envers elle une neutralité bienveillante, en empêchant les catholiques de troubler ses assemblées. Le Sénat étendait sa protection sur la secte et lui faisait obtenir la jouissance d’une chapelle à Saint- Sulpice1. Pour prévenir ou arrêter les désordres, il avait

touché des sentiments d’humanité de ces jeunes gens, confiés à ses soins, leur fit sentir tout le mérite d’une si belle action et ajouta luimême à cct acte de bienfaisance. Ces jeunes gens sont élevés dans le culte de la religion naturelle dite des théophilanlbropes. Les intolérants d’une autre religion sont-ils plus humains et plus charitables? On peut donc avoir des vertus sans en être et donner même un démenti au grand saint Augustin, qui prétend que les vertus des païens sont des crimes parce qu’elles ne sont point rapportées au vrai Dieu et sanctifiées par la grâce... » ( Citoyen français du 7 fructidor an VIII.)

r. Ainsi qu’il résulte du document suivant que me communique M. Gerbaux, archiviste aux Archives nationales:

« Paris, le 12 messidor an IX

« La Société de la Religion Naturelle du temple de la Victoire (Sainl-Sulpice),

« Aux citoyens composant la commission administrative du Sénat conservateur,

« Citoyens sénateurs, envoyés vers vous par les Amis de la Religion Naturelle du temple de la Victoire, nous venons vous témoigner notre reconnaissance de la cession (sic) momentanée, que vous nous avez faite, de la fermeture d’une des chapelles de ce Temple. Par là, citoyens sénateurs, vous avez adouci les dégoûts dont on cherche souvent à nous abreuver et que nous ne méritons cependant pas ;

ROXAPARTE ET TES TIIEOPIII E \NTIIROPES

suffi le plus souvent de donner à chaque culte un local séparé. Que le pouvoir ne se départît pas de sa neutralité, qu’il s’efforçât de maintenir l’ordre, etla théophilanthropie, sans fournir jamais une carrière brillante, aurait du moins survécu.

Bonaparte et les théophilanthropes. — Quand il négocia le Concordai, Bonaparte n’avait pas encore décidé dans son esprit la suppression de l’église déiste. Pour faire une sorte de contrepoids au catholicisme restauré, il songeait à organiser solidement les cultes protestants et il est vraisemblable qu’au début tout au moins, il entrait dans ses vues de laisser subsister, à côté des vieilles églises chrétiennes, mais à une distance respectueuse, la nouvelle secte philosophique.

Ce qui le donne à penser, c’est que la théophilanthropie n’est pas oubliée dans un rapport, que soumit au premier consul, le commis de Talleyrand, d’Hauterive, sur la nécessité de déterminer par un règlement les rapports entre l’État et les cultes non catholiques : « Il est peu de cultes hors du christianisme, écrivait d’IIauterive le 18 ventôse an IX, qui aient des établissements en France ou bien ces établissements sont maintenus par un nombre peu considérable de citoyens. Ils doivent cependant jouir de la même indépendance que les autres cultes...' ». Ayant posé le principe, d’Hauterive passait à l’application. Dans un premier projet d’arrêté, il lixait les

car notre sociétéo, composé d hommes amis dos lois et aussi éloignés du fanatisme révolutionnaire tpi'ils le sont du fanatisme .religieux, vous invite à la considérer et à la compter au nombre de ces institution bienfaisantes, cpii font la gloire d’un gouvernement lort et juste. Salut et Respect. Drouet, Laurisset, Parteney. » Arch. nat., (.C 112, dr 292. . . .

1. Public par Boulay (de la Meurthe), Documents sur ta négociation (tu Concordat , If, p. 86. Dans b original du rapport (Arch. nat., VF1' io44)> on lit ce passage, barré d’un gros trait vertical, probablement de la main de Bonaparte : « Un État ne peut substituer sans unité de lois auxquelles tous les citoyens soient soumis, mais il peut subsister sans cuite, on avec une grande diversité de cultes. D oh suit le droit assuré à tous les individus de s’abstenir de tel culte, de pratiguci tel autre ou de n’en pratiquer aucun. »

M.vthiez. Fl

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règles du fonctionnement de ces cultes non chrétiens, dont l’indépendance devait être respectée :

« Art. I. — Toute association religieuse, sous quelque dénomination quelle soit connue, présente au gouvernement dans le délai de... le tableau delà hiérarchie de ses ministres et celui des règles de sa discipline ecclésiastique. Elle lui fera connaître en même temps la circonscription des diverses agences de son ministère et les édifices destinés à la pratique de son culte.

Art. II. — Sur la reconnaissance que le gouvernement aura acquise de l’utilité sociale de ces associations et de leur comptabilité, avec l’observation des lois, il déterminera le degré de tolérance et de protection qu’il pourra accorder à leur existence1... ».

Bonaparte, ne s’étant pas montré satisfait de cette rédaction, d’Hauterive en modifiait la forme dans un second projet, mais sans toucher au fond2.

Ainsi, à cette date de ventôse an IX, la théophilanthropie conservait sa place dans le plan de réorganisation religieuse.

Peu à peu cependant et comme par la force des choses, Bonaparte fut amené à changer d’attitude. Irrité par la résistance formidable que rencontrait le Concordat, surtout dans les hautes classes de la société, il crut qu'il ne réussirait à faire accepter le traité avec Borne qu’en bâillonnant tous les organes de l’opinion publique.

Griefs de Bonaparte contre ees tiiéopiiilanthropes. - — Le iS thermidor an IX (fi août 1801), il donnait l’ordre à Fouché de faire défense à tous les journalistes « de parler de tout ce qui peut concerner la religion, ses

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