Boulay, II, p
2. L’arlicle G du second projet, daté du 21 ventôse an IX, fortifiait au contraire la position des cultes non chrétiens : « Les citoyens français non chrétiens et professant un culte quelconque, feront dans le délai de trois mois, la déclaration du nombre d’individus attachés à la même croyance, de l’état hiérarchique de leurs ministres et la désignation des lieux destinés à leur culte, pour qu’il puisse être pris par le gouvernement les mesures qui leur assurent la même indépendance dont jouissent les autres religions » (Boulay, II, p. ijo).
BONAPARTE ET I.ES TIlÉOPHI L ANTI1 ROPES fi()l
ministres et scs cultes divers1 2 * * ». Les assemblées des Ihéophilanthropcs, dans lesquelles on discutait de plus en plus des questions théologiques, durent lui paraître sinon suspectes du moins gênantes. Il fallait faire taire ces voix qui résonnaient dans le silence comme un reproche.
Thibaudeau nous dit qu’à « une séance du Conseil d’Etat, où était présent le ministre de la police, le premier consul fit une sorlie très vive au sujet d’un discours imprimé, qui avait été prononcé chez les lliéopliilant h ropes 5 ». « Us se plaignent, dit-il, de ce que le pape va gouverner la France et de ce que nous retournons au ive siècle. » Sans transition, il énumérait d’autres griefs et notamment la fête funèbre organisée par les théophilanthropes en l’honneur du capitaine Julien : « Us ont pris le prétexte de l’oraison funèbre d’un brave militaire » et il concluait en reprenant à son compte l’accusation banale: « Je l’avais prédit, j’avais dit que ces gens-là n’avaient pas la marche d’une secte religieuse, mais celle d’un club. Us commencent par flatter les militaires pour les attirer à eux. Je ne veux tourmenter personne pour des opinions religieuses, mais je ne veux pas que sous ce prétexte ils se mêlent des affaires publiques. Us ont six ou sept églises à Paris et ils ne sont que deux cents. Qu’on leur donne une chapelle1 ! Si l’on avait mandé les chefs et qu’on leur eût bien lavé la tête, tout cela ne serait pas arrivé. Us crient: Vive la fîévellière ! Certainement je, n’ai rien à dire contre lui ; ce peu l être un honnête
1. Correspondance de Napoléon, t. VII, p. 272. Dès le 12 prairial an I\, le préfet do la Seine- Inférieure avait fait avec défense analogue aux journalistes du département ( Annales de la religion, XIII,
2. De quel discours s’agit-il ? Du discours sur les Bienfaiteurs de l'humanité? Sur la Tolérance ? Sur V Instruction ? etc.
15. Déjà le préfet de la Seine, Frochot, dans un rapportai! conseiller d’Etat Lacuce, avait demandé pour les théopliilanthropes un édifice particulier (rapport publié par F. llocquain. L’état de la France au 18 brumaire). Chemin déclarait au même moment que les théophilan¬
thropes « aimeraient beaucoup mieux avoir la jouissance exclusive du temple le plus modeste, que d’être dans les plus beaux édifices pour y soutenir des luttes auxquelles ils ne devaient pas s’attendre d’après la douceur et la pureté do leur morale... » (Qu’est-ce que la Théoph. ?
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homme... C’est lui et Chénier qui font ces discours... Ils sont bien faits. Les autres 11e savent pas écrire. Nous entendons le français’. »
C’est dans la même séance du Conseil d’Etat, d’après Thibaudeau, que Bonaparte aurait décidé la ferme lu rê des temples des tliéophilanthropês. La chose est vraisemblable, mais ce que Thibaudeau 11e dit pas, probablement parce que Bonaparte lui-même ne l’avait pas dit, c’est que la suppression de la théophilanthropie fut ordonnée pour d’autres raisons encore, qu’elle fut prononcée sur la demande formelle du nonce Spina.
Le nonce réclame la suppression de la théopiiilan- THROPiE . — Le 3o septembre 1801 (8 vendémiaire an X), le nonce avait eu un long entretien avec le premier consul. Celui-ci, lui ayant fait part de son désir de voir diminuer le nombre des fêtes catholiques, le nonce répondit en exprimant l’espoir que le décadi serait supprimé auparavant et que les églises, rendues au culte du vrai Dieu, ne seraient plus profanées par les dédicaces sacrilèges qu’elles portaient encore : « Au Génie », « A l’Abondance»". Il ajouta qu’il jugeait plus important de faire cesser le plus tôt possible la profanation sacrilège, que commettaient journellement les lliéophilanlbropes, en exerçant leur culte dans les églises1. Bonaparte reprit: « je vous promets que les théophilanthropes cesseront absolument cette profanation 1 ».