La Révellièrc, Mém., J I, p. i6y
DERNIERES PROTEST VTIONS 6f)5
tendon fies consuls eût été d’interdire ce culle, ils auraient dit que les théophilanthropes ne pourraient plus se réunir et n’auraient pas ajouté ces mots dans les édifices nationaux.
Depuis cet arrêté néanmoins, les amis de la religion naturelle n’ont pu obtenir acte d’une déclaration qu’ils ont laite de l’intention où ils étaient de continuer l’exercice de leur culte dans un local qu’ils se proposeraient de louer. Toutes leurs réclamations à cet égard, qu’ils ont faites avec la modération que leur commandent leurs principes, ont été inutiles. . .
Les magistrats chargés de l’exécution des ordres de la première autorité de la République croiraient-ils que l’exercice de la théophilanthropie n’est pas un culte?...
Le gouvernement consulaire lui-même l’a reconnu (que la théophilanthropie était un cidte], puisqu’il a soumis les lecteurs et orateurs du culte à faire, comme ministres, la promesse de fidélité à la Constitution.
... Cette institution n’est point un instrument révolutionnaire; elle est au contraire le calmant le plus efficace de l'effervescence et des passions perturbatrices. Elle n’est point non plus entre des mains révolutionnaires. Les citoyens, qui en ont été les ministres pendant cinq années, se sont fait connaître au ministre de la police générale et au préfet de police, en invitant ces magistrats à prendre sur leur conduite passée cl présente les renseignements les plus sévères 1 . «
^Nlais il y avait longtemps déjà que l’opinion publique ne pouvait plus se manifester et que I Institut lui-même se montrait docile. La protestation suprême des théophilanthropes ne trouva pas d’écho.
Pétition des théistes adressée aux consuls. — En floréal an \1, ils tentèrent encore, sans se rebuter, une dernière démarche auprès du gouvernement. S’intitulant cette fois théistes, ils réclamèrent le droit de « donner à la religion naturelle un culte extérieur et public ». Portalis soumit leur pétition au premier consul. Celui-ci, pour toute réponse écrivit en marge de la feuille des cultes du jour: « Le gouvernement ne veut pas de nouveaux
i. Sur l'interdiction du culte de In religion naturelle dite théophilanthropie, in-8 de 6 p. Bib. nat., Ld188 34- L’écrit, qui est probable ment de Chemin, est daté à la dernière ligne du a'i \entôse an V Grégoire mentionne l’opuscule, mais en le datant à tort du ai ventôse an \11 (Histoire des Sectes, 1, p. 433).
LES DERNIERS JOURS DE LA Tll ÉOl’Ill LA NT 11 ROPIE
cultes1. » Portalis aurait provoqué ce refus en faisant observer à son maître « que le théisme était du pur domaine do la philosophie, qu’il n’était point de la classe des religions positives, que chacun pouvait sans doute, en fait d’opinion philosophique, adopter celle que bon lui semblait, mais qu’il n’y aurait plus que confusion et chaos, si on établissait un culte public pour chaque opinion philosophique ». Il aurait fait remarquer en outre « que la loi sur la liberté des cultes ne pouvait autoriser l’admission indéfinie de tous ceux auxquels l’amour du merveilleux, la superstition ou l’imposture pourraient donner le jour2 ». La théophilanthropic resta enterrée sous ce sophisme.
L’année suivante, le 20 pluviôse an XII, dans une circulaire aux préfets, le grand juge Regnier disait brutalement : « 11 entre dans les principes du gouvernement de reconnaître les religions anciennement établies, mais ni la secle des prétendus Théophilanthropes, ni les ecclésiastiques qui ont refusé de se réunir à la communion de leur évêque et de se soumettre au Concordat ne doivent compter sur sa tolérance. C’est sur ces principes que vous devez régler votre conduite à leur égard3. »
Suppression de la théopiiilanturopie dans les départements. — Dans les départements, la résistance des tliéophilanthropes fut aussi vaine qu’à Paris. A Auxerre, sur
1. Feuille des cultes du a3 floréal an XI. Arch. Hat., AFIV g3i, pièce a85.
2. Mémoires historiques sur les affaires ecclésiastiques de France pendant les premières années du xixe siècle, p. 246-7. Paris, Leclère, 1819, sans nom d'auleur (par l’abbé Jauffret, d’après Quérard). Je n’ai retrouvé nulle part le prétendu arrêté par lequel le préfet de police aurait interdit formellement la tbéophilanthropie, le 11 ventôse an X. M. l’abbé Sicard, qui y renvoie dans son livre A la recherche d’une religion civile (i8g5, p. 224, note 1) ne dit pas où il a puisé celte indication que j’ai lieu do croire erronée.