‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 475 sur 519 · LÉ PROBLÈME DE LA DÉMOCRATIE JOO · texte numérisé non relu

LÉ PROBLÈME DE LA DÉMOCRATIE JOO

les autres cultes révolutionnaires, ne mérite les oublis ni les dédains de l'histoire.

Après Chaumette et Robespierre, les ihéophilanthropes \ ont essayé de résoudre le problème de la démocratie. Ils ont pensé que la démocratie ne serait une réalité que le jour où le peuple serait capable de se gouverner lui-même et suivant les principes de la raison. Ils ont vu l’incompatibilité foncière et irréductible de la République et des religions révélées et ils se sont efforcés de créer une « institution », un « culte », qui fut de nature à remplacer avantageusement les anciens cultes mystiques et à refaire l’imité morale de la France.

Le problème, qu’ils ont attaqué, subsiste. Les plus nobles esprits du xixe siècle ont dénoncé après les tbéophilanthropes le divorce fatal entre l’Eglise et la Révolution. Saint-Simon et son disciple Auguste Comte ont cherché à leur tour à fonder la religion raisonnable, qui ramènerait l’harmonie entre les institutions et les mœurs, entre le passé et l’avenir. La religion de l'humanité des positivistes avec son calendrier des sages et ses fêtes morales est un produit direct des cultes révolutionnaires1.

Michelet a dit justement que ce qui distingue Saint- Simon de Babeuf et de Fourier, a c’est qu’il crut que nul changement social ne serait sérieux sans changement de religion’2 ». On sait que le P. Enfantin essaya de fonder cette religion de la société future.

Quinel regrette que les jacobins n’aient pas été jusqu’au bout de leurs principes et n’aient pas décrété en q3 l’abolition absolue du catholicisme 3. Il raille les ménagements

1. Les seconds théophi Ianthropes considèrent ta religion positiviste d’Auguste Comte comme une réédition de la théophilanthropie.

■>.. Michelet, Histoire du xix° siècle, édition du Centenaire, I. p. ao.

3. Quinet vise surtout l’opposition que firent Robespierre et Danton à la suppression de la constitution civile du clergé, réclamée par Cambon : « Par le décret du fi décembre 1 7y3 (qui conservait au catholicisme un caractère olficiel) Robespierre et ceux du comité de Salul Public eurent la gloire de sauver la contre-révolution et de la déclarer inviolable. M. l)c Maistre n'eùt pas libellé autrement le décret, ce jour-là ils firent plus pour I ancienne religion que les saints Dominique et les Torquemada » (Quinet, éd. du centenaire. II,

Matiiiez.

70G i.es derniers .tours de la théoptiilaattiropie

cio Robespierre et do Danton pour les préjugés du moyen âge. Suivant lui, c’étaient les girondins qui avaient raison, eux qui considéraient la liberté religieuse connue incompatible avec l'ordre nouveau : « Les girondins, comme \ ergniaud, voulaient, au moins pendant quelques années, l’interdiction de l’ennemi pour former une France nouvelle comme Luther avait formé l’Allemagne, Calvin Genève, Zwingle la Suisse1... » On sent que Quinet appelle toujours de ses vœux l’heure bénie qui sonnera la chute du catholicisme et annoncera l’avènement d’une religion nouvelle, qui est dans sa pensée un protestantisme rationaliste.

Michelet aussi a regretté, comme Quinet, l’échec religieux de la Révolution. « Le plus avancé des révolutionnaires, écrit-il, n’ose loucher ni la religion, ni l’éducation, ni le fond même des doctrines sociales... La Révolution n’augmentait pas le patrimoine d’idées vitales, que lui avait léguées la philosophie du siècle. Elle réalisait en institutions une partie de ces idées, mais elle y ajoutait peu. Féconde en lois, stérile en dogmes, elle ne contentait pas l'éternelle faim de l’âme humaine, toujours affamée, altérée de Dieu... Je m’explique. Elle devait montrer que sa négation d’une religion arbitraire, de faveur pour les élus, contient l’affirmation de la religion de justice égale à tous, montrer que sa négation de la propriété privilégiée contient l’affirmation de la propriété non privilégiée, étendue à tous... La Révolution réserva justement les deux questions où était la vitalité. Elle ferma un moment l'éylise et ne créa pas le temple. Elle changea la propriété de mains, mais la laissa monopole2... »

Qu’est-ce à dire ? sinon que Quinet et Michelet pensent avec les théophilanthropes, que la Révolution n’est pas faite, qu’il faut la compléter par une refonte des esprits. Les uns et les autres diffèrent sur les moyens. Les théophilanlhropes comptent davantage sur la morale,

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