CHEMIN
sont fermées, les adeptes dispersés 1 cl ennemis les uns des autres. 11 est difficile de reprendre la truelle et de relever les colonnes du temple de la Sagesse.
La THÉOI>5âlLANTIIROPIE SORTE DE MAÇONNERIE OUVERTE.
— Le F.-. Chemin comprend que les circonstances commandent la prudence. L’opinion est hostile aux sociétés secrètes. La maçonnerie est suspecte depuis la Terreur2. Les uns l’accusent de jacobinisme, les autres de royalisme. Aussi ne songe-t il pas à réorganiser les loges, mais à les remplacer par des réunions morales et religieuses, dans lesquelles sera enseignée la doctrine maçonnique pour l’éducation et l'édification des foules.
Dans cette entreprise il est décidé à compter d’abord sur lui-même. Sans doute, il n'ignore pas sa faiblesse; il sait qu’il n’a pas de talents brillants et il le confesse 3. Mais à défaut d’originalité cl de génie, il a une volonté ferme et avisée. « Je suis parvenu, écrira-t-il plus lard à l’heure du succès, à établir le culte, de la religion naturelle, parce que je le voulais fortement. » Il a de l’esprit de suite, il sait bien ce qu’il veut, surtout il est capable de proportionner son effort au but à atteindre. « Je crois avoir l’esprit organisateur. » C’est là en effet sa principale qualité. Il ne se contentera [tas, comme Daubermesnil, d’esquisser sur le papier de belles constructions imaginaires; il sacrifie moins à l'imagination mais davantage à la pratique.
1. D’après les Acta Latomorum, de T h or y (t. I, p. 197 et suiv.), c’est en 179O que le G O.1, reprit ses travaux. — « Cette année, il 11’y avait que 18 loges en activité en France. » La même année, La Grande Lotie, en sommeil depuis 1792, commence à se réveiller.
2. En 1796, Cli.-L. Cadet de Gassieourl publia le Tombeau de Janijues Molay,où il montrait que la Révolution était un complot préparé dans les loges supérieures d’illuminés. La môme thèse lut reprise et agrandie par l'abbé Barruel, dans scs Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, 5 vol. in-8, 1799- Le franc-maçon Plane réfuta Cadet Gassicourt dans son livre L’Apologie des Templiers des t.\ )l paru en 1797. Mounier répondit à Barruel dans un mémoire paru à Tubingue (1801), intitulé: De l'injluence attribuée aux philosophes, aux francs -maçons et aux illuminés sur la Dévolution française, in-8°, a54 p.
3. Lettre du 12 nivôse an Vil au ministre de l’Intérieur en lui envoyant la Murale des Sages; Arch. nal., Collection d’autographes de la section moderne.
8/| I.A PREMIÈRE SOCIÉTÉ TII ÉOPIIIL ANTHROPIQUE
Chemin et le protestantisme. — Il apporta clans la fondation de sa religion l’esprit d’ordre et de méthode du commerçant qu'il est. Avant de rédiger son Manuel, il étudie le protestantisme et s’en inspire. « J’ai plusieurs fois assisté au culte des protestants, exercé à Paris dans le temple de Saint-Thomas et j’y ai vu les formes simples delà théophilanthropie1 2 3. » Ses prédécesseurs, dans leurs projets, s’étaient peu préoccupés des détails d’exécution. 11 eut le mérite d’y songer et ce fut une des raisons de son succès.
Le « Manuel des tiiéoantropophjles 2 ». — C’est à la campagne, où il vivait dans une retraite philosophique, que Chemin rédigea, dans le courant de l’an IY, le Manuel des ihéoanlhropophiles , qui parut au début de vendémaire an Y (septembre 1796) 'h C’était l’évangile de « ce culte, parfaitement conforme à la religion naturelle », pour rétablissement duquel il formait depuis longtemps des vœux. Si on en croyait Grégoire4 5, ce serait Daubermesnil qui aurait inventé ce nom si peu harmonieux de ihéoanlhropophiles. Mais Chemin revendique pour lui seul la responsabilité b de l’appellation.
vVu début, il n’aurait pas eu la prétention de fonder une église; il aurait voulu seulement donner à ceux de ses concitoyens qui pensaient comme lui « un plan simple dont ils .profiteraient du moins dans leurs familles ». Il laissait à d’autres, « plus éloquents et plus hardis, le soin de transformer » ce culte familial en culte public, la gloire d’être les prédicateurs de la religion naturelle.