‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 63 sur 519 · I.E CULTE · texte numérisé non relu

I.E CULTE

IY

Le culte. — On est théophilanthropëj dès qu’on sc conforme à « la loi morale ». Le théophilantlirope, c’est au fond l’honnête homme. Mais l'homme ne fait pas le bien si naturellement qu’il n’ait besoin d’y être encouragé par certaines pratiques, qui le maintiennent dans la bonne voie ou même qui développent en lui le germe des vertus. Voilà pourquoi un culte n’est pas inutile, à condition qu’il soit entièrement au service de la morale, qu’il soit une sorte de morale en action. Si Dieu n’a pas besoin de culte, les hommes, eux, ont besoin de sc rappeler ce témoin de leurs actions pour s’encourager mutuellement au bien. « Les réunions religieuses, dira plus tard un orateur théophilantlirope, sont en premier lieu un moyen d instruction simple et facile; elles sont en morale coque sonL pour le progrès des sciences et des arts des sociétés de savants et d’artistes. Elles sont encore des moyens d cncouraqc ment à la vertu, des occasions de recueillement et de méditation '... »

Comme l’adorateur de Daubcrmcsnil, le Ihéophilanthrope pratique un culte domestique et un culte public.

Pratiques domestiques. — « A son réveil, il élève son tune vers la divinité et lui adresse, au moins par la pen-

sur la morale religieuse par demandes et par réponses , qui parut peu de temps après le Manuel. Grégoire, qui n’est pas tendre pour les tliéo, philanthropes, les loue cependant d’avoir placé dans leur catéchisme la propreté au nombre des vertus (Histoire des Sectes, I. p. 3()o).

— On peut remarquer dans le chapitre sur les devoirs envers la société les aphorismes suivants : 1" « Le luxe corrompt la société entière et donne naissance à une foule d’autres vices qui causent sa perte. »

— a" « 1). L’amour de notre pays doit il nous empêcher d’aimer les autres nations i* IL Non. Notre amour doit au contraire embrasser le genre humain tout entier. Mais la reconnaissance nous porte à avoir des sentiments plus affectueux pour le pays qui nous a vus naître et qui nous a élevés. »

1 . Recueil de discours prononcés dans divers temples tles Thêophilanthroplies : Discours sur le culte extérieur prononcé en thermidor au IX. (Arch. nat., II 4<j).

() 6 F, \ PREMIÈRE SOCIÉTÉ TIlÉOPIIILAiSfTlIROPlQUE

scc, une couple invocalion », qui ne manque pas d’une certaine noblesse:

Père de la nature, je bénis les bienfaits, je le remercie de les dons.

J’admire le bel ordre de choses que tu as établi par la sagesse et que lu maintiens par la providence et je me soumets à cet ordre universel.

Je ne le demande pas le pouvoir de bien faire ; lu me l’as donné ce pouvoir et, avec lui, la conscience pour aimer le bien, la raison pour le connaître, la liberté pour le choisir. Je n’aurais donc pas d’excuse si je. faisais le mal. Je prends devant Loi la résolution de n’user de ma liberté que pour faire le bien, quelques attraits que le mal paraisse rue présenter.

Je ne l adresserai point d’indiscrètes prières: tu connais les créatures sorties de tes mains, leurs besoins n’échappent pas plus à les regards que leurs plus secrètes pensées. Je te prie seulement de redresser les erreurs des autres cl les miennes; car presque tous les maux, qui affligent les hommes, proviennent de leurs erreurs.

Plein de confiance en ta justice, en ta bonté, je me résigne à tout ce qui arrive; mon seul désir est que ta volonté soit faite 1 .

À la fin de la journée, le ihéopliilanlhrope procède à l’examen de sa conscience ; « De quel défaut t’es- tu corrigé aujourd’hui P... Quel penchant vicieux as-tu combattu?... En quoi vaux-tu mieux?, etc... » À cette invocation du matin, à cet examen de conscience du soir se réduit le culte domestique. Pendant le reste de la journée, le théophilanthrope travaille, fait le bien, mange et boit sobrement; n’esl-ce pas la meilleure manière d’honorer Dieu ?

Cu/le public. — C’est sous la voûte céleste, devant la majesté de la nature, que les Adorateurs de Dieu et Amis des hommes aiment à témoigner à l’auteur de ces merveilles leur admiration et leur reconnaissance. « Le temple le plus digne de la divinité. .., c’est l’univers. » Les jours de repos pourtant, ils se réunissent dans des temples élevés

i. Manuel des théophilanthropes, p. 29.

par la main des hommes pour entendre les leçons de la sagesse et pour se livrer à la joie de communier ensemble dans de nobles pensées1.

Ces réunions sont des « fêtes religieuses et morales3 ». « Quelques inscriptions morales, un autel simple, srir lequel ils déposent, en signe de reconnaissance pour les bienfaits du Créateur, quelques fleurs ou quelques fruits, suivant les saisons 3 ; une tribune pour les lectures ou discours, voilà tout l’ornement de leur temple. »

Les inscriptions sont au nombre de cinq :

La première, placée au-dessus de l’autel, résume les dogmes de la nouvelle religion : « Nous croyons à l’existence de Dieu, à l’immortalité de l’âme. »

Les quatre autres, placées de chaque côté de l’inscription principale, résument les principaux points de la morale.

2° « Adorez Dieu, chérissez vos semblables, rendezvous utiles à la patrie. »

3" « Le bien est tout ce qui tend à conserver l’homme ou à le perfectionner. Le mal est tout ce qui tend à le détruire ou à le détériorer. »

4° « Enfants, honorez vos pères et mères. Obéissez-leur avec affection-. Soulagez leur vieillesse. Pères et mères, instruisez vos enfants. »

5° « Femmes, voyez dans vos maris les chefs de vos maisons. Maris, aimez vos femmes et rendez-vous réciproquement heureux4. »

i. Les théophilanthropes se rendent parfaitement compte île l’importance de la religion dans l’histoire de l’humanité : « Le culte religieux a passé de tout temps pour 1’afï'aire générale de l'humanité et pour le devoir indispensable de toutes les conditions (dit le même orateur cité plus haut, p. g5, note i), il en résulte, en effet, de très grands avantages pour les nations connue pour les individus, et l’on peut regarder l’institution du culte comme un des premiers bienlaits do la société. »

C’est le titre olficiel de la messe tfaéophilanlhropique.

3. Dans le temple de la liaison de la section Guillaume Tell,

« l’autel principal, réduit à sa plus grande simplicité, se présentait au milieu d’un bosquet de lauriers roses et d’orangers, comme au sein de la nature » (Section Guillaume Tell, assemblée générale, séance du 20 frimaire an 11). A rch. nat., 4ç)-

4. Le mode des inscriptions morales datait des premiers temps de la Révolution. On gravait des phrases de Rousseau, des vers de Voltaire, sur les autels de la patrie. Les murs des temples décadaires

Mathiez 7

f)8 TA PREMIERE SOCIETE THÉOPIIII.ANTIIROPIQUE

A ccs maximes sc borne Ionie la décoration intérieure du temple. Les ihéopliilantlnopes proscrivent toute sculpture, peinture ou gravure, qui aurait pour but « de représenter soit la divinité ou quelqu’un do ses attributs, soit quelqu’une des vertus humaines, ou tous autres objets purement intellectuels, qui ne peuvent être figurés que par des allégories et par conséquent d’une manière toujours infidèle. » Ils proscrivent aussi impitoyablement les rcprésentations de personnages historiques. Les bustes dos martyrs de la liberté, des bienfaiteurs de l’humanité, qui peuplaient naguère les temples de la raison, sont consignés à la porte des temples lliéopbilanlbropes. Pourquoi? Parce que « les hommes les plus vertueux ont eu leurs faiblesses et que l’image d’aucun mortel n’est digne d’être placée dans le temple de la divinité1. »

Cérémonies. — La cérémonie est très simple : « un chef de famille2 » proprement et simplement vêtu, la tête découverte et debout du côté de l’autel, récite à haute voix l’invocation Père de la Nature.

L’invocation terminée, les assistants procèdent en silence à leur examen de conscience. Le père de famille aide à cet examen par des questions auxquelles chacun se répond tacitement.

étaient couverts de sentences analogues à celles qui figureront sur les murs des temples des théophilantliropes. On lisait, par exemple, dans le temple décadaire de Commercy, en prairial an II, les inscriptions patriotiques suivantes : Au grand Etre — à l’existence de l'Être suprême — à l’immortalité de l’àme — au peuple souverain — à l'amour conjugal — aux armées de la République, etc... (Adresse du Conseil général de la commune de Commercy à la Convention nationale et Proces-verbal de la J'èle de l’Etre suprême célébrée le 20 prairial an II ; Fonds Gazier).

1. Déjà, sous la Terreur, plusieurs patriotes avaient protesté contre le culte des images introduit dans la religion révolutionnaire. — Par exemple à Melun, en nivôse an II, le citoyen Deheurte, membre de la Société populaire, reproche à ses collègues do remplacer les idoles de la religion par d’autres idoles, telles que Lepellelier et Marat (Communiqué par M. Campagnac).

2. C’est une idée favorite chez les révolutionnaires que le père de famille était un prêtre-né, un pontife naturel. Voir entre autres ; Michel-Edm. Petit, Opinion sur l’éducation (dans Guillaume, Procèsverbaux du coin, d’inst pub. de la Convention , IT, p. 54i, Ier octobre

— Silvain Maréchal, Culte sans prêtres ; Paris, i^qo (Bib. nat., L& 865o), etc...

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