LE CULTE NATIONAL EN L AN IV
1. Les patriotes et les institutions. — Comment remplacer le catholicisme.? — Les eultesde la Raison et de l'Etre suprême.
2. Les dangers de la République en l’an IV. — Le péril prêtre.
3. La mission morale de l’Etat d’après les révolutionnaires. 4- Comment restaurer le culte révolutionnaire? — Le culte
révolutionnaire subsiste en principe. — Les débris du culte décadaire en l’an IV.
5. Le culte révolutionnaire sous le premier Directoire. — Les organes centraux du culte républicain. — Echec final, scs causes. — Différences de points de vue entre les patriotes.
— Affaiblissement du patriotisme.
fi. Les institutions domestiques. — La préoccupation morale.
— Signification de la théophilanlhropic.
Les patiuotes et les institutions . — Des institutions ! Des institutions ! Tel est le cri que les patriotes répètent à l’envi au début de Lan IV. Convaincus par l’expérience récente que le catholicisme est incompalibleavcc la démocratie, chaque progrès du catholicisme les alarine et leur rend plus pressante la nécessité des institutions. Malgré; la terreur, la jeune République se présente encore à leurs yeux éblouis dans toute la splendeur de son idéal et éveille toujours dans leur Ame enthousiaste l’émotion reli-j gicuse. Or, la République n’existe guère que dans les formés politiques ; œuvre de l’élite, mais de la minorité de la nation, elle n’apparaît à la masse que comme un
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expédient passager, trop souvent même comme une invention diabolique de l’impiété et du crime. La République , res le à fonder dans les âmes.
Comment conquérir ces esprits qui se refusent? Comment les ouvrira la vérité, au bien? Comment dissiper les ténèbres qui cachent aux malheureux leurs véritables intérêts ? Comment enfin leur faire aimer celle même République qu’ils haïssent et qui doit faire leur bonheur?
D’un bout du territoire à l’autre, les patriotes répondent par des institutions ! Par là, ils n’entendent pas seulement l’organisation .de l’instruction publique qui, comme le disait Daunou (27 vendémiaire an IV), doit être dans une République le « pouvoir moral », fondement indispensable du pouvoir politique.
L’instruction n’atteindra que les jeunes générations. Mais avant que celles-ci soient arrivées à l’âge d’hommes, la République peut succomber. Ce sont les hommes faits qu’il faut convertir. Comment ? Par la création d’un organisme à la fois religieux, moral et civique, capable de remplacer le catholicisme et de le supplanter. « Pour fonder une République, dit Daunou, il ne suffit pas de renverser un trône, si l’on n’abolit encore tous les ouvrages de la royauté, si l’on ne ruine ses créations morales, si l’on ne déracine les habitudes qu’elle imprima, si l’on ne s’empare enfin des idées et des mœurs politiques pour les mettre d’accord avec une constitution républicaine1. »
Comment remplacer le catholicisme? — Le catholicisme n’est fort que parce qu’il a su frapper l’imagination et les sens des fidèles par la pompe de ses cérémonies2, contenter leur besoin d’idéal par ses légendes et ses mystères, et leur besoin social par des réunions périodiques.
C’est en s’emparant des facultés sensibles de l’homme, qu’il est parvenu à endormir sa raison.
1. Daunou, Essai sur l’Inslruclion publique, 27 juillet 1793 (in Guillaume, Proces-verbaux du comité d’instruction publique de la Convention, I, p. 58i).
2. Voir à ce sujet le rapport de Fabre d’Eglanline sur le calendrier républicain (reproduit dans Guillaume, Proces-verbaux du comité d’insl. publ. de la Convention, II, p. 697).