‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 76 sur 519 · DUPONT DE NEMOURS · texte numérisé non relu

DUPONT DE NEMOURS

de sept ans a ordinairement plus appris de choses à la maison paternelle, même la moins instruite, qu’il ne pourra en apprendre ensuite dans le cours entier de sa vie... »

Il faut donc organiser l’éducation familiale. Tout est là. L’avenir du pays en dépend.

« Mais comment un père de famille, souvent peu éclairé, toujours occupé de son travail et de ses affaires, parviendra-t-il à donner avec peu de peine à ses jeunes enfants, à leur faire aisément entrer dans la tète, à leur fixer dans le cœur de bons principes de morale ? » Ici Dupont (de Nemours) emprunte à la religion ses procédés. Il répond : « Par quelques formules bien courtes et bien d’accord avec leurs sentiments naturels de justice et de bienfaisance, qu’il s’assujettira lui-même à prononcer devant eux gravement, régulièrement et avec quelque onction. Il faut des rites sans quoi tout se perd ou dans la paresse ou dans les variétés incohérentes de la logomachie. Les rites delà famille, qui frappent les yeux et les oreilles de la première enfance, sont les seuls qui profitent à son éducation... »

Il trouve les deux prières théophilanthropiques du matin et du soir insuffisantes. L’office domestique doit à son avis comprendre quatre prières ; outre les deux du matin et du soir, deux à chaque repas. Voulant contribuer lui-même à l’institution de ce culte familial qu’il croit plus indispensable encore que le culte public, il traduit à sa manière « l’admirable prière de Jésus-Christ, l’oraison dominicale » « d’une ineffable beauté 1 ».

i. Yoiei sa traduction, bien filandreuse et bien abstraite:

« Notre Père céleste,

Que ton nom, prononcé avec reconnaissance, amour et respect, soit notre consolation et notre appui.

Que notre volonté soit soumise à la tienne, et que, s’appliquant à rechercher ta lumière, elle y conforme nos actions avec autant d’exactitude, s’il est possible, que les astres en ont à suivre les lois prescrites par ta sagesse et par ta puissance.

Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; nous tâcherons de le mériter par un travail utile à nous et aux autres.

Préserve-nous de causer à personne le mal que nous ne voudrions pas éprouver.

Mathiez.

I 1 [\ LA PREMIÈRE SOCIÉTÉ TIIÉOPHIL ANTHROPIQUE

Ayant apporté ce complément à sa chère lliéophilanthropie, il se laisse aller à ses espérances : « Pour avoir une Eglise nationale, s’écrie-t-il, pour se mettre sur la voie d'une Église universelle, il faut que chaque famille soit une Eglise dirigée par le pontife que Dieu lui a donné, le père, avec le concours de son vicaire aimable et chéri, la mère. »

On voit de quel cœur Dupont (de Nemours) s’était associé à l’œuvre de Chemin et qu’il mérite largement ses éloges.

Creuzé-Latouche. — Si le sensible Dupont de Nemours, si le vénérable Goupil de Préfelne purent être soupçonnés d’être en coquetterie avec les royalistes, le sage1 Creuzé- Latouche au contraire fut toujours un des plus fermes soutiens du Directoire, un des ennemis les plus déterminés deClichy2. Constituant, il avait écrit contre les réfractaires une brochure qui eut un certain retentissement et que les jacobins répandirent à profusion3. Conventionnel, il vola dans le procès du roi, contre l’appel au peuple, pour la réclusion jusqu’à la paix et pour le sursis. Ami de Bosc, il recueillit la fille de Mme Roland pendant la Terreur et mérita les éloges que celle-ci lui adresse dans ses

Soutiens-nous dans ta disposition active et perpétuelle de faire à autrui le bien que nous désirerions qui nous fût fait.

Étends notre bienfaisance sur les animaux et sur les plantes, à l'imitation de la tienne.

Que la contemplation de la bonté nous conserve la force de résister aux tentations et nous éloigne de tout vice.

Agrée le repentir que nous inspirent nos fautes; fais qu’il ne demeure pas stérile ; accordc-nous l’occasion et les moyens de les réparer ; s’il en est temps encore, ou de les compenser autant que le peut notre faiblesse ; et que ta miséricorde en nous faisant pardonner à ceux qui nous ont offensés daigne nous pardonner ensuite.

Adoucis les malheurs inévitables ; que notre confiance entière en loi nous aide aies supporter patiemment dans l’espérance d’un avenir plus heureux.

Nous te remercions de ce que tu permets à tes enfants de s’améliorer en élevant leurs pensées jusques à toi.

Ainsi soit-il ! »

1. « Sage et vertueux », dit La Réyellière ( Mémoires , I, p. n3).

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