CREUZÉ-LATOUCHE
Mémoires1. Depuis 1792, il était très lié avec La Révellière qu’il avait rencontré à la Haute-Cour de justice d’Orléans 2. La communauté des pensées, un caractère et des goûts semblables les avaient tout de suite rapprochés.
Comme La Révellière entrait au Directoire, Creuzé- Latouche passait aux Anciens, qui le choisirent pour président, un mois après Goupil de Préfelne3. 11 y fut un des porte-paroles attitrés du Directoire. Le soin de doter la République d’institutions morales capables de la défendre le préoccupait, a Nous sentons tous le besoin urgent des mœurs, disait-il le 3 pluviôse an IV. La République veut des mœurs. De tous côtés la vertu méconnue, outragée, i-éclame à grands cris des mœurs. » Dans sa naïveté et à l’inverse de Dupont (de Nemours), il comptait sur le gouvernement et sur la législation pour cette grande œuvre d’éducation morale. « Ce sont les lois,- disait-il , qui font les mœurs4 5. » En attendant ces lois bienfaisantes, il encourage de tout son cœur la généreuse tentative des théophilanthropes pour y suppléer. Le 8 fructidor an IV, au moment même où Chemin rédigeait le Manuel, il faisait à la tribune un tableau saisissant des crimes des prêtres. Il répétera les mêmes accusations devant l’Institut dont il était membre, le 27 messidor an V 3. Il est probable qu’il vit dans le nouveau culte une machine de guerre contre l’Eglise autant qu'un instrument d’instruction sociale.
Rallier. — Plus jeune et moins influent dans les Conseils que les précédents, le « modeste et vertueux
1 . Mme Roland loue les « mœurs patriarcales, les vertus domestiques, la douceur et la bonté de la famille Creuzé- Latouche ».
2. La Révellière était juré, Creuzé-Latoucbe juge près la llaute- Cour. ( Mémoires de La Révellière, I, p. ii3).
Yves Besnard nous a laissé de Creuzé- Latouche ce portrait : « Un des plus intimes amis du citoyen La Révellière, il réunissait à la simplicité des mœurs antiques une vaste instruction, une profonde conviction des opinions républicaines qu’il avait embrassées » ( Souvenirs d’un Nonagénaire, t. Il, p. 12 i).