LA CUISE DE L’AN V
Dès son entrée au Directoire1, il avait compris que pour consolider la République, le meilleur moyen était de la rendre populaire ; comment ? En 11e heurtant pas de front les préjugés des masses, les préjugés religieux surtout ; — en proscrivant soigneusement toutes les mesures politiques qui paraîtraient continuer la Terreur, la Terreur, dont le seul nom faisait frémir la grande majorité de la nation ; — enfin, en terminant une guerre glorieuse à la vérité, mais ruineuse. Avec la paix renaîtrait l’abondance, prendrait fin l’agiotage, la misère. La paix ferait bénir un gouvernement réparateur 2.
Poursuivant la pacification religieuse, il prêchait d’exemple et ne manquait aucune occasion de donner aux prêtres des gages de son libéralisme; il faisait faire maigre le vendredi à ses invités catholiques3. Ses domestiques étaient devenus dévots et ils étourdissaient La Révellière, qui habitait l’étage au-dessus, par les chants de la messe et des vêpres qui avaient remplacé, dans leur bouche, les chants patriotiques4. Il recevait à sa table de francs aristocrates, comme BeflVoy de Reigny, « le cousin Jacques », qui criblait de plaisanteries les jacobins. Il faisait plus : il accordait par centaines les congés aux prêtres appelés à l’armée et par centaines aussi rayait les nobles de la liste des émigrés5.
Au Directoire, il mettait toute son autorité au service de la cause de l'apaisement. L institution des fêtes nationales paraissait sacrilège aux catholiques. Sous prétexte d’économie, Carnot s’efforçait de réduire à rien le culte
1. « Carnot, depuis notre installation, avait proclamé le premier que le Directoire devait gouverner et s’affermir par la sagesse et la modération » (Barras, Mém., Il, p. 122).
2. « Regagner l’opinion en donnant la paix au dehors et lu prospérité au dedans, tel était son programme » {Mém. sur Carnot par son Jils, édit. 1898, t. II, p. iii).