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3. « C’est en substituant aux farces enchanteresses <le la superstition un spectacle plus enchanteur encore que . la douce philosophie renversera les autels des préjugés. » (Procès verbal de l'inauguration du temple de la Raison à Cognac, 20 frimaire an II.') I5il>. nat., Lb11 928
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Lé»culte de la Raison consista essentiellement en un essai désordonné mais sincère de propagande patriotique, par des chansons, des discours et des spectacles. Le culte de l’Etre suprême — que les contemporains ne distinguent pas ou distinguent mal du culte de la Raison — n’en fut, à vrai dire, qu’un perfectionnement. Le décret du îS lloréal n’était pas autre chose qu’un effort pour uniformiser le culte révolutionnaire, qui était né et avait grandi jusque-là comme au hasard. Robespierre, et ses amis tombèrent avant d’avoir pu mener à bien cette œuvre d’unification, que le décret du ï8 floréal n'avait fait en somme qu’annoncer et promettre h Avec Robespierre s’écroula la Terreur, et avec la Terreur le culte de l’Etre suprême.
En l’an IV, les patriotes, aussi bien les modérés que ceux qu’on est convenu d’appeler les Jacobins, estiment qu’il faut reprendre, quitte à la modifier selon les circonstances, la tentative ébauchée par Robespierre. Ils craignent que c’en soit fait à bref délai de la République, si on ne renforce pas les institutions politiques par des institutions morales et religieuses correspondantes.
Les DANGERS DE LA RÉPUBLIQUE EN l’an IV. - En l’ail IV,
la République semble aussi menacée dans son existence qu’au début de q3. Sans doute les armées sont victorieuses et l’étranger n’est plus immédiatement à redouter. Mais à l’intérieur, la situation n’a jamais été plus critique. La guerre de Vendée dure toujours et il semble que dans toute la France de nouvelles Vendées se préparent.
Les républicains, indistinctement confondus sous les noms de Jacobins, terroristes, exclusifs, etc., sont partout traités en suspects, traqués, massacrés. La Terreur blanche couvre près de la moitié des départements. Les
i. Voir à ce sujet mon article sur Catherine Théot, La Révolution française, i !\ juin 1901.
LES DANGERS DE LA REPUBLIQUE EN I,’aN IV
grandes villes, mises en état de siège, ne sont maintenues dans le devoir que par la force. Les royalistes, à peine atteints parleur défaite de vendémiaire, se reforment, s’organisent et progressent. Plus dangereux que les royalistes déclarés, les « honnêtes gens », ceux qui s’affublent de l’étiquette de modérés, les secondent activement eL investissent les avenues du pouvoir. Ils sont légion dans les administrations et particulièrement dans les tribunaux. Le pouvoir central, mal informé, plus mal obéi encore par scs fonctionnaires, est impuissant à faire exécuter les lois.
La République n'a plus guère qu’une existence nominale. Elle ne se maintient, à vrai dire, que par l’armée.
Le péril prêtre. — Comme en q3, ses plus dangereux ennemis sont les prêtres. La Convention, bien malgré elle, a dû les mettre en liberté, et leur rendre partiellement leurs églises. En vain, se repentant de son libéralisme, au moment de Quiberon et de vendémiaire, a-t-elle essayé de remettre en vigueur les lois anciennes contre les plus dangereux des réfractaires (lois des 20 fructidor an III, 3 brumaire an IV). Ces lois ne furent pas appliquées, et, dans bien des cas, du consentement des autorités mêmes chargées de les faire respecter. — Quand le Directoire succéda à la Convention, le péril prêtre était plus menaçant que jamais. Ce ne sont pas seulement les réfractaires purs, les insoumissionnaires, qui prêchent la haine de la République, qui damnent les acheteurs de biens nationaux, et soulèvent contre eux les foules, — les réfractaires modérés, les soumissionnaires, 11c sont pas moins dangereux. S’ils feignent de reconnaître la République, ce 11’est que pour la mieux détruire, et plus sournoisement, plus habilement font la même besogne1.
L’ancien clergé constitutionnel, dont le sort avait été lié, jusque-là, au sort de la Révolution, le clergé « patriote » lui-même a lléclii et ne fournit plus à la République qu’un faible appui. Depuis qu’ils ont été persécutés pen-
1 . Voir mon article : « Les divisions du clergé réfractaire », La Iicvolation française, \\AI\, p. 69.