‹ La Théorie d'Ibn RochdChapitre 10 sur 41 · DO · texte numérisé non relu

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geront à peu près complètement les ouvrages des écoles qui s’écartent franchement de sa dires : Antésocratiques, Demi-socratiques, Sophistes, Sceptiques, Épicuriens, Stoiciens.

Une dernière influence, non plus grecque mais persane et peut-être aussi hindoue (1), encore aryenne par conséquent, mais venue d'Orient, ne tarda pas à s’exercer sur la philosophie musulmane. Elle était propre à renforcer l'influence mystique et panthéistique (2) que subissaient déjà les falâcifa de la part du néoplatonisme : il s’agit de la tendance connue sous le nom de coûfisme. Chez le second en date des grands falâcifa, El-Fârâbi, qui était turc d'origine mais savait le persan (3), le coûfisme apparaît déjà d’une façon manifeste. Cette tendance se déploie avec toute son ampleur chez son successeur, persan d’origine, Ibn Sinà (Avicenne).

Le système de philosophie reçu des Grecs par les faläcifa comme l’expression de la vérité pure est donc essen-

(x) Voir Renan, Averr. et l’averr., p. 94, 1. 5 et 1.6. et n. r). — De Boer,; Gesch, der Philos. im Isl., p. 16, 1. 26 à 1. 29.

(2) Cependant les falâcifa, à peu près comme les Alexandrins, évitent le panthéisme proprement dit. Les notions d'un et de plusieurs sont, déclarent-ils, des concepts imaginatifs, abstraits par l’entendement discursif des représentations sensibles, et ne valent que pour les choses corporelles : elles ne sauraient s'appliquer aux substances séparées (de toute matière}, aux essences immatérielles, (C’est ainsi que, selon Leibniz, des substances immatérielles, des « monades », ne sauraient former un nombre). On ne peut dades par conséquent, si l' Intellect divin et les autres intellects ne font qu’un ou sont plusieurs : la question du panthéisme est une question indiscrète, c'est-à-dire qui néglige de faire les distinctions nécessaires, une ee mal posée, à laquelle on ne peut répondre ni par oui ni par non (Voir, par exemple, le Hayy ben Yaçdhân d’Ibn Thofaïl, dans notre traduction, pp. 92 à ror). — Mais sile système hypostatique des Alexandrins et des falâcifa, diffère du panthéisme pur, qui n'admet qu’une substance unique (Spinosa et certains Coûfis), il procède cependant d'une {endance panthéistique, qui aboutit aux mêmes conséquences mystiques, et il s’oppose, au même titre, au monothéisme proprement dit,

(3) De Boer, ibid., p. 99, 1. 16; ef, ibid., même page, I, 8,

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tiellement un système à tendance panthéistique et mystique (1), fondé sur l’évidence de la raison.

Or la religion musulmane en prend exactement le contrepied. La caractéristique fondamentale de l’islâm est, on le sait, un monothéisme farouche. « !l n'y a de dieu qu'Allah et Mohammed est son prophète », telle est la formule de la profession de foi chez les Musulmans (2). Ils entendent par là non seulement qu'il n’y a qu’un Dieu, mais que Dieu est un, simple, exempt de toute multiplicité : aussi'le Qoran taxe-t-il d'association, c'est-à-dire de polythéisme, crime suprême de lèse-majesté divine, ceux qui, comme les Chrétiens {ou comme les philosophes néoplatoniciens), distinguent en Dieu trois personnes (ou trois hypostases) (3).

D'autre part, aucune des grandes religions n’est, en son fond, plus éloignée que celle du Qoran de la tendance idéaliste et mystique (4). La morale et l’eschatologie de ce livre sacré, sensualistes ou toutau moinsterre-à-terre (5), offrent un contraste frappant avec l’ascétisme et la « folie mystique » des Alexandrins et des Coüfis.

Enfin, la religion musulmane n’est pas seulement fondée, comme le judaïsme et le christianisme, sur une révélation divine, qui dépasse la raison et qui doit être acceptée sans discussion : elle est moins favorable qu'aucune

(1) Une morale idéaliste et mystique est la conséquence naturelle d’une conception panthéistique des choses, Si tout découle de Dieu par une « émanation » continue, tout doit « retourner » à Dieu, et tendre à s’absorber en lui,

(2) C’est un lieu commun chez les théologiens de l’islâm que tous les articles successifs du dogme musulman se déduisent de cette formule.

(3) Qoran, IX, 31; XXLI, 93-94; etc. Cf. IV, 169; V, 77, etc.

(4) Cette tendance ne s’est introduite que plus tard dans l’isläm, précisément par une réaction des peuples vaincus, en particulier de race aryenne, Voir Carra de Vaux, Le Mahométisme, le génie sémitique et le génie aryen dans l'Islam, pp. 89 et 90, p. 188.

(5) Polygamie, concubinage légal, divorce ad libitum pour le mari, descriptions sensualistes des joies de l'autre vie (le « Paradis de Mahomet »), etc.

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