CHAPITRE I
\ Analyse du traité d’'Ibn Rochd intitulé :
Accord de la Religion et de la Philosophie.
Le problème des rapports de la philosophie et de la re- - ligion se posait donc dans les mêmes termes pour tous les faläcifa. Mais Ibn Rochd est le seul d’entre eux dont nous possédions un ouvrage uniquement {1) consacré à la conciliation de la religion et de la philosophie et développant cette question ex professo. Les textes rares et décousus que nous pourrions être tentés, pour suivre l’ordre chronologique, de recueillir dès maintenant chez les autres faläcifa, n'offriraient en ce moment aucun sens décisif (2); ils ne deviendront vraiment significatifs que par comparaison avec la théorie amplement développée dans l’ouvrage d’Averroës (3).
C'est un traité qui a pour titre : Accord de la religion et de la philosophie. Examen critique et solution (4).
(1) La question de l’accord entre la philosophie et la religion est bien le but essentiel (cf. notre thèse sur Zbn Thofaïl, sa vie, ses œuvres, pp. 63 à 66) mais non le but unique du Hayy ben Yagdhän d'Ibn Thofail.
(2) À peine y aurait-il lieu de faire exception pour Ibn Thofail et son roman philosophique : Histoire de Hayÿy ben Yagdhän. L'auteur, dans un pareil cadre, ne pouvait qu'indiquer la solution dans ses grandes lignes, la laisser deviner sous le voile léger de l’allégorie, et non l’exposer didactiquement comme fait Ibn Rochd,
(3) Voir plus loin ces textes, chap. III, vers la fin.
(4) « Aitäb facl el maqâl wa tagrir ma baïn ech-chari‘a wa ’1-hikma min el-ittiçäl ». Littéralement : « Livre de la décision de la question et de l'établissement de ce qui est entre la. loi religieuse et la philosophie en fait d'accord ».
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Dans toutes les éditions sauf une seule (1), ce traité d’Ibn Rochd est suivi de deux autres du même auteur, relatifs à des questions connexes. Tandis que celui-ci pose et résout, à un point de vue général, le problème de l'accord entre la religion et la philosophie, le second, appliquant aux cas particuliers les principes établis dans le premier, détermine les méthodes à employer pour enseigner à la généralité des hommes chacun des dogmes principaux de la religion musulmane, si l'on veut faire disparaître les sectes religieuses et éviter, en même temps, tout conflit entre la philosophie et la religion (2). Quant au troisième(3), c’est une simple note (4), afférente à un passage du premier traité, sur la facon dont Dieu connaît les choses, et spécialement les choses individuelles (5).
Le premier de ces trois traités est pour nous d'une importance capitale : nous allons en donner une analyse détaillée. Le second nous fournira plus tard, ainsi que d’autres ouvrages d'Ibn Rochd, un certain nombre de textes disséminés que nous aurons à examiner de près. Quant au troisième, il a, pour l'objet que nous nous propo-
(x) Voir plus loin, p. 33, n. 2, à la fin.
(2) I à pour titre : « Xitäb el kachf ‘an manähid} el-adilla fi ‘aqà’id el-milla wa-ta‘rif mâ waqa‘a fiha bi-hasb et-ta’wil min ech-chobah elmozigha wa-’l bida‘ el-modhilla », c’est-à-dire : « Livre de l’enlèvement du voile qui [couvre] les méthodes de preuve touchant les dogmes de la religion, et exposé des doutes dangereux et des hérésies [ou innovations} pernicieuses résultant de l'interprétation de ces [dogmes] ». — Sur le contenu de ce traité, voir plus loin, p. 85, dern. 1., à p. 87, 1. 14.
(3) Intitulé : « Dhamimat el-mas’alat ellati dhakaraha Aboû ’L-Walid fi Facl el-maqäl», c'est-à-dire : « Appendice à la question (certaines éditions ajoutent : de la science éternelle) touchée par Aboû ’1-Walid [Ibn Rochd] dans le [traité intitulé] Facl el-maqäl ».
(4) De quatre pages an plus.
(5) Aussi vaudrait-il mieux, peut-être, le placer, avec certaines éditions, immédiatement après le premier traité, dont il constitue, son titre même l'indique, un simple appendice. Cependant, ces trois traités forment, en un sens, un seul et même ouvrage; c’est pourquoi cet appendice (ou troisième traité) peut être également renvoyé après le deuxième, c’est-à-dire à la fin de l’ouvrage entier,