‹ La Théorie d'Ibn RochdChapitre 16 sur 41 · TO LE · texte numérisé non relu

TO LE

Partout où l’auteur emploie le mot kikma, qui est un xom d'action, c’est qu'il s’agit, en principe, de l’action de philosopher, à guesoeav, de la philosophie en général. Le seul passage où apparaît le mot falsafa est celui où il se demande si la philosophie est permise. Laquelle? La seule qu’il faille défendre, d’abord parce qu'étant la seule qui compte en pays d’Islâm, elle se trouve seule en butte aux attaques des théologiens étroits, ensuite parce qu'elle est la seule vraie : la philosophie grecque ou falsafa. C'est, si l'on veut, la falsafa seule qui est chère à l’auteur et qu'il défend; mais il ne la défend et il ne pos la défendre,

nous allons le voir, qu’en tant que Aïkma, qu’en Re sant sa thèse.

Notons, en outre, qu’'Ibn Rochd nomme ici les «sciences logiques.» à côté de la philosophie, il les joint à la philosophie sans les confondre avec elle, et nous allons le voir argumenter séparément sur la logique et sur la philosophie. La logique, nous l’avons dit, était, pour les penseurs arabes, une propédeutique universelle. Beaucoup de théologiens lui accordaient donc droit de cité, en particulier comme instrument de spéculation religieuse (1), qui condamnaient en même temps, comme impie ou hérétique, toute philosophie proprement dite, ou tout au moins la falsafa (2). Les apologistes de la philosophie pouvaient donc être tentés d'établir, séparément et successivement, d’abord la légitimité de la logique, puis celle de la falsafa, avec l’arrière-pensée de gagner au moins, devant presque

(x) Voir El-Ghazäli, El-monqidh min edh-dhaläl, texte arabe, dans Schmülders, Ess, sur les Ecoles philos. chez les Arabes, p. 19, L 4, et pour la traduction : Traduction nouvelle du traité de Ghazzali intitulé Le Préservatif de l'erreur.…., par C. Barbier de Meynard, Extrait du Journ. AS. (janv. 1877, 7° série, t, IX). Paris, 1877, p. 31, 1. 1 : « Il n’y a done rien de blämable dans cette science, et elle est mise à contribution aussi bien par les théologiens que par lee philosophes ».

(2) Tel est, par pates le cas d'El-Ghazäli : Voir le Or dans le texte A édité par Schmôülders, p, 10, 1. 14, à p.71, L. 4, + dans la traduction Tor de Barbier de Monod p.25 au de à p. 41, L. 12.

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tous les théologiens, le procès de la première, s’ils ne réussissaient pas à obtenir également gain de cause pour la seconde. Cette tactique, prudente jusqu’à la pusillanimité, n'est point celle d’'Ibn Rochd; et tel n’est point le motif pour lequel il semble admettre, en débutant, la possibilité de séparer le sort de la falsafa et celui des sciences logiques, puisqu’au contraire il va établir d’abord la légitimité de la falsafu, et ensuite celui de la logique, à titre d’instrument, de condition de la première. La seule raison qu’il ait de les distinguer dans son argumentation est donc ürée de l’usage, où étaient les faldcifa, de classer les sciences spéculatives en : logique (1) (propédeutique, instrument : Hl 4la, — épyavov), et philosophie proprement dite, subdivisée en physique (2) et métaphysique (3).

I ne reste plus pour nous aucune obscurité dans l’énoncé du théorème qui fait l’objet du traité. En voici maintenant la démonstration.

La philosophie a pour objet l'étude réfléchie de l'Univers en tant qu'œuvre d’art, pour arriver à la connaissance de Dieu qui en est l’Artisan.

Or la Loi religieuse ordonne de s’instruire [au sujet de Dieu] par la considération de l'Univers.

(x) (he manthiq.

(2) Colis pe ‘ilm eth-thabt‘iyyät, la science des choses naturelles,

(3) lag pe ‘ilm el-ilahiyyât, la science des choses divines. Les Arabes ajoutent parfois à cette classification des sciences spéculatives la mathématique Coleakæt)| 2e lm et-ta limat (CAR = rù pafuura), qu'ils placent tantôt entre la logique et la physique (quand ils ont surtout égard au degré de généralité), tantôt entre la physique et la métaphysique (quand ils considèrent plutôt le degré d'immatérialité); le plus souvent, ils la considèrent comme un exercice préliminaire (DLL de ‘ilm er-riâdhiyyät, la science des exercices) et la rejettent en dehors de la classification ou, ce qui revient au même, avant la logique. Voir pour ce dernier cas El-Ghazäli, Æl-monqidh, texte arabe dans Schmülders, p.11, L. 14; trad. franç. de Barbier de Meynard, p. 27, l. 7 (début du chapitre intitulé : Division des sciences philosophiques), — La classification des sciences philosophiques se complétait par le groupe des sciences pratiques : morale, économique, politique.

Re DOUTE

Donc la philosophie, de par la Loi religieuse, est ordonnée, c’est-à-dire ou bien méritoire ou.bien obligatoire (1).

La première prémisse, c’est-à-dire la mineure (2), se passe de preuve, puisqu'elle consiste en une définition. Pour prouver la seconde, c’est-à-dire le majeure, Ibn Rochd n'a pas le choix du procédé. Il a déclaré se placer, dans sa démonstration, au point de vue de la spéculation religieuse. Il ne peut donc qu’invoquer des textes sacrés portant qualification de cet acte : l’étude réfléchie de l'Univers. Ainsi fait-il. Pour prouver que la Loi religieuse déclare obligatoire l'étude rationnelle et approfondie de l'Univers, il allègue entre autres passages, innombrables, dit-il, tirés du Qoran, plusieurs versets tels que ceux-ci : « N’ont-ils pas réfléchi sur le royaume des cieux et de la terre, et sur toutes les choses que Dieu a créées. ? » (3). « Ne voient-ils pas les chameaux, comment ils ont été créés [pour l'utilité des hommes], et le ciel, comment il a été élevé! » (4). Ou encore : « Tirez enseignement [de cela], à vous qui êtes

(1) Ce syllogisme se présente, dans le texte, sous forme hypothétique : « Si..., et si..., il est dès lors évident que... » Il constitue en réalité un épichérème; seulement la preuve de la majeure, seule prémisse qui ait ici besoin d’être prouvée, est rejetée après la conclusion. Et c’est justement pour cette raison qu'Ibn Rochd énonce le syllogisme sous forme hypothétique : il ne deviendra catégorique que lorsque la majeure aura été prouvée.

(2) Sur cet usage des logiciens arabes dénoncer, dans le syllogisme, la mineure avant la majeure, et sur les raisons de cette pratique, voir La logique du fils de Sina communément appelé Avicenne, Prince des philosophes et des médecins arabes, Nouvellement traduit d’Arabe en François, Par P,. Vattier, Conseiller et Médecin de Monseigneur le Duc d'Orléans, À Paris... M DC LVIII, Préface (non paginée), les huit dernières pages.

(3) Qoran, VII, 184. Le verset continue ainsi: « et que, peut-être, leur terme est proche ». Il s’agit de ceux qui refusent de croire à la mission de Mohammed. Le spectacle de la création doit les convaincre de la toutepuissance d’Allah, et de l'efficacité des menaces qu’il profère contre eux par la bouche de son Envoyé. Voir le commentaire d'El-Baïdhâwi.

(4) Qoran, LXXX VIII, 17 et 18. Les versets r9 et 20 ajoutent : « les montagnes, comme elles ont été [solidement] plantées, — Et... la terre comme elle a été étendue, » k

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